Marianne2

une idée pas si lumineuse

Rédigé par Anne-Sophie MICHAT le Samedi 16 Mai 2009


Recyclable, cinq fois moins gourmande en énergie que son aînée à incandescence pour une durée de vie dix fois plus longue: la lampe fluocompacte est présentée comme le Saint-Graal de l'écologie, l'écogeste minimal. A côté d'elle, l'invention d'Edison fait figure d'hérésie environnementale puisque la gloutonne restitue 95% de l'énergie électrique en chaleur- à l'heure de Kyoto, ça fait tache. Nous voilà donc priés de troquer nos bonnes vieilles ampoules contre cette lumière blafarde qui plonge le salon dans une ambiance de parking. Dès septembre prochain, les modèles à incandescence de plus de 80 W et les ampoules dépolies seront privés de rayon. Et, chaque année jusqu'en 2012, une catégorie de plus se verra refuser l'accès à nos supermarchés. Dans l'intérêt de la planète.

Mais pas si vite! Car la lampe fluocompacte recèle de nombreuses zones d'ombre. Bien que «verte», elle pollue. Elle est même classée «déchet dangereux», car elle contient du mercure. Certes, 5 mg au maximum, soit 100 fois moins qu'un ancien thermomètre. Mais 5 mg multipliés par des millions d'ampoules jetées chaque année, cela ne fait pas très propre. Alors, en 2005, plus de vingt ans après les premières «basse conso», on a créé Récylum www.recyclum.com, un organisme chargé de gérer la filière de recyclage.

Selon Récylum, 93% du poids total de l'ampoule est recyclé... mais pas le mercure ni les poudres fluorescentes qui, eux, sont «neutralisés», c'est-à-dire enfouis dans des installations de stockage de déchets ultimes et stabilisés! Plus inquiétant encore: en 2008, 31% seulement des lampes fluorescentes mises sur le marché ont été traitées. Ce qui laisse une bonne dose de mercure et de poudres dans les poubelles, dans la nature... Peu de consommateurs savent en effet qu'il existe des points de collecte Points de collecte surwww.malampe.org dans les déchetteries et dans certains supermarchés. De même, à chaque fois qu'on achète une nouvelle ampoule, le magasin est censé reprendre l'ancienne - un peu comme la collecte des piles usagées. Sauf que... ces lampes ne peuvent être recyclées que si elles sont entières! Doit-on emmailloter nos luminaires dans du coton ou dans du film à bulles pour éviter la casse? Et que fait-on quand on brise une ampoule?




On ouvre les fenêtres et on aère. Sans rire. «A titre de précaution, il est conseillé de ventiler la pièce, de ramasser les débris avec un balai - et non un aspirateur, qui pourrait diffuser les particules collées sur le filtre -, et de les déposer dans un sac plastique», confirme Récyclum. Mais pas d'inquiétude pour la santé, répondent en choeur l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et l'Association française de l'éclairage (AFE). Pourtant, le mercure et les poudres ne sont pas les seuls reproches faits aux lampes basse consommation. En 2007, le Centre de recherche et d'information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem) a révélé qu'elles émettaient un champ électromagnétique qui pourrait provoquer maux de tête, états dépressifs et difficultés de concentration, voire le dysfonctionnement de certains pacemakers. Une étude contestée par l'AFE mais qui a poussé l'Ademe à se pencher sur le sujet. Les résultats devraient être rendus publics ces jours-ci, mais Bernard Duval, délégué général de l'AFE, se dit «confiant, car, même si on constate la présence d'ondes, eues sont presque inexistantes au-delà de 30 cm et, en toute logique, on se tient rarement aussi près d'une ampoule». Il n'y a pas de lampes de bureau à l'AFE?

Pas aussi vertes et inoffensives qu'on veut bien le dire, les «basse conso» sont en outre chères (entre 8 et 10 Euros pièce), elles ne supportent ni le froid ni les cycles d'allumage courts (toilettes, couloirs...) et la plupart ne tolèrent pas les variateurs de lumière. Elles sont la majeure partie du temps importées d'Asie, avec tous les problèmes d'émission de CO2 que comporte le transport, alors que leurs ancêtres sont fabriquées en Europe. Pas étonnant que les Français s'accrochent aux ampoules à incandescence comme les ours polaires à ce qui reste de la banquise: selon l'Ademe, les fluocompactes ne représentent que 15% des ventes. On se demande bien pourquoi l'Europe est si pressée de condamner les ampoules à incandescence alors que la relève n'est pas satisfaisante. Pourquoi les autorités se préoccupent des ampoules avec autant de zèle, sachant que l'éclairage ne représente que 9% de la facture d'électricité des ménages. N'y avait-il pas d'autres chantiers prioritaires comme les chauffages et les chauffe-eau électriques, sujets sur lesquels l'Europe vient à peine de commander une étude préparatoire?




La relève est assurée
La réponse tient en un mot: lobbying. Les fabricants de lampes qui cherchaient à renouveler leur marché en introduisant un produit économe en énergie mais boudé par les consommateurs ont trouvé une oreille attentive auprès des députés européens ravis de brandir une mesure facile à mettre en place et allant dans le sens des accords de Kyoto. Car, comme l'explique Georges Zissis, spécialiste de la technologie des sources de lumière à l'université de Toulouse, «un produit rapporte un maximum quand il entre sur le marché mais, quand il devient mature, il a moins d'intérêt». Après cent trente ans de bons et loyaux servi ces, l'invention d'Edison avait dépassé la maturité.

Et quand on sait que le marché français des ampoules pesé 337 millions d'euros Source: institut d'études marketing GfK., on comprend mieux les pulsions écolos des industriels... En réalité, si les fabricants vont plus vite que la lumière pour nous faire adopter les «basse conso», c'est aussi pour être certains de rentabiliser les recherches investies dans cette technologie depuis vingt ans. Car une nouvelle solution d'éclairage prometteuse pointe déjà le bout de sa douille: la LED (light emetting diode). Aussi économe en énergie que la fluo, elle peut fonctionner jusqu'à quarante ans (contre quinze au maximum pour la fluocompacte) et supporte parfaitement le froid ainsi que les cycles d'allumage courts et les variateurs de lumière. Pour l'instant, Osram a sorti un modèle de 5Wéquivalent aune ampoule de 25 W, et Philips prépare le sien pour la rentrée. «A terme, la LED supplantera toutes les autres ampoules», promet Weena Lemoine, chef de produit ampoule à Philips. Certains annoncent qu'elle sera prête à prendre la relève dans trois à cinq ans, d'autres prévoient prudemment une petite dizaine d'années. Inutile de se précipiter sur les rares modèles déjà en vente: la technologie doit encore améliorer sa robustesse, sa puissance et la qualité de sa lumière, pour l'instant très crue.

Et d'ici là? On s'éclaire à la bougie? Non, il existe une solution pour passer de l'incandescence à la LED sans perdre son âme d'écolo et sans passer par la fluo: l'ampoule halogène à économie d'énergie. Une lumière identique à celle d'une ampoule classique et une durée de vie de deux à trois fois plus longue, sans compter une économie d'énergie de 30 à 50%, le tout pour 2 ou 3 Euros: l'halogène nouvelle génération a tout pour nous séduire. Même le look, puisqu'elle ressemble comme une soeur à l'ampoule classique. Toutefois, n'oublions pas, comme le rappelle Georges Zissis, que «l'impact environnemental d'une lampe, c'est aussi et surtout la production de l'énergie nécessaire à son fonctionnement». La lampe la plus écologique est encore celle qui est éteinte.



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