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Mon amie chômeuse nous propose de découvrir « Premier Amour », une oeuvre de Samuel Beckett mise en scène et interprétée par Sami Frey, en ce moment au théâtre de l'Atelier.
Ton amie chômeuse, qui croyait pourtant avoir fait ses classes en matière de théâtre et de cinéma, était parfaitement ignorante des talents de Sami Frey. C’est la preuve que je suis bien loin de l’érudition sur ces sujets ; tant mieux, puisque ça me vaut de belles découvertes.
Si j’allais au théâtre de l’Atelier ce soir-là, c’était bien entendu pour répondre à une requête, mais aussi et surtout parce que la lecture de Molloy de Beckett il y a près d’un an m’a fait entrevoir la possibilité de trouver un compagnon à Marcel Proust et à Henri Michaux au Panthéon des écrivains qui ont retourné le cerveau de ton amie chômeuse. Ainsi donc, j’allais au théâtre le cœur en fête, si je puis dire.
Faut-il que Sami Frey soit doué pour qu’il arrive, seul en scène et avec un décor épuré, à m’emporter à ce point du haut du siège merdique que j’occupais. Car, excellente surprise, le théâtre de l’Atelier propose des places à 8€. À ce prix-là, on est pendu à la balustrade comme un poulpe entrain de sécher, et l’on n’aperçoit le comédien qu’à de très rares occasions, mais ça n’a pas d’importance : la voix nous parvient dans toutes ses nuances.
Sami Frey s’empare du texte au point de se confondre totalement avec le personnage : c’est lui, là, sur son banc, qui s’adresse à l’auditoire, et qui lui décrit de la manière la plus terre-à-terre sa première histoire d’amour. Il ne présage de rien (« Elle était triste, du moins, je le suppose, parce qu’au fond, je n’en sais rien »), s’en tient aux faits, ce qui lui confère une forme de pureté. C’est le propre de Beckett de nous raconter des histoires sordides (ici le personnage fait livrer ses repas dans sa chambre par Lulu qui se prostitue pour subvenir aux besoins du ménage, et finit par se faire la malle lorsqu’elle accouche de leur premier enfant) d’un point de vue pragmatique, dénué de morale ou de convenances, drôle et terrifiant de justesse.
Comme dans Molloy, le personnage est toujours sur le fil du rasoir, entre la folie et la sagesse. Est-ce ceci que la mise en scène a voulu suggérer ? Sami Frey évolue dans une bande étroite (elle ne doit pas faire plus d’un mètre), qui traverse la scène de cour à jardin. Il ne dépasse jamais la ligne blanche qui semble marquer la limite de son territoire autorisé. Parfois, une sonnerie d’alarme retentit quelques secondes en même temps qu’une lumière rouge clignote et aveugle Sami/Samuel. Il serait en liberté surveillée, fou ou simplement prisonnier, il aurait été rattrapé par la justice pour ses méfaits, ou il serait dans l’antichambre d’un autre monde… À vrai dire, peu importe : le banc, Sami Frey et son chapeau suffisent à faire le spectacle.
Si j’allais au théâtre de l’Atelier ce soir-là, c’était bien entendu pour répondre à une requête, mais aussi et surtout parce que la lecture de Molloy de Beckett il y a près d’un an m’a fait entrevoir la possibilité de trouver un compagnon à Marcel Proust et à Henri Michaux au Panthéon des écrivains qui ont retourné le cerveau de ton amie chômeuse. Ainsi donc, j’allais au théâtre le cœur en fête, si je puis dire.
Faut-il que Sami Frey soit doué pour qu’il arrive, seul en scène et avec un décor épuré, à m’emporter à ce point du haut du siège merdique que j’occupais. Car, excellente surprise, le théâtre de l’Atelier propose des places à 8€. À ce prix-là, on est pendu à la balustrade comme un poulpe entrain de sécher, et l’on n’aperçoit le comédien qu’à de très rares occasions, mais ça n’a pas d’importance : la voix nous parvient dans toutes ses nuances.
Sami Frey s’empare du texte au point de se confondre totalement avec le personnage : c’est lui, là, sur son banc, qui s’adresse à l’auditoire, et qui lui décrit de la manière la plus terre-à-terre sa première histoire d’amour. Il ne présage de rien (« Elle était triste, du moins, je le suppose, parce qu’au fond, je n’en sais rien »), s’en tient aux faits, ce qui lui confère une forme de pureté. C’est le propre de Beckett de nous raconter des histoires sordides (ici le personnage fait livrer ses repas dans sa chambre par Lulu qui se prostitue pour subvenir aux besoins du ménage, et finit par se faire la malle lorsqu’elle accouche de leur premier enfant) d’un point de vue pragmatique, dénué de morale ou de convenances, drôle et terrifiant de justesse.
Comme dans Molloy, le personnage est toujours sur le fil du rasoir, entre la folie et la sagesse. Est-ce ceci que la mise en scène a voulu suggérer ? Sami Frey évolue dans une bande étroite (elle ne doit pas faire plus d’un mètre), qui traverse la scène de cour à jardin. Il ne dépasse jamais la ligne blanche qui semble marquer la limite de son territoire autorisé. Parfois, une sonnerie d’alarme retentit quelques secondes en même temps qu’une lumière rouge clignote et aveugle Sami/Samuel. Il serait en liberté surveillée, fou ou simplement prisonnier, il aurait été rattrapé par la justice pour ses méfaits, ou il serait dans l’antichambre d’un autre monde… À vrai dire, peu importe : le banc, Sami Frey et son chapeau suffisent à faire le spectacle.
Rédigé par Mon amie chômeuse - Blogueuse associée le Lundi 11 Janvier 2010
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