Le mythe de Phèdre est revisité par Sarah Kane et mis en scène par William Astre au théâtre du Temps. La blogueuse « mon amie chômeuse » nous donne son avis sur la version 2010 de Phèdre.
Curieuse expérience que celle d’entrer dans une petite salle de théâtre quand un comédien est déjà en scène. La lumière est allumée, les spectateurs discutent encore entre eux, et pourtant il y a bien un homme assis sur les planches. Il a les yeux rivés sur une télévision dont on ne perçoit que le son, se tient vautré dans un tas d’immondices et mâche bruyamment des bonbons crocodiles.
Ton amie chômeuse regardait, puisque merde c’était bien une scène et que ce type ne pouvait pas être là par hasard, mais je me sentais aussi mal à l’aise que si j’avais traîné une chaise devant un SDF pour l’observer. C’est alors qu’il s’est mis à se masturber, sans quitter l’écran imaginaire des yeux, et après avoir choisi une chaussette qui pourrait accueillir son foutre (encore cette histoire de chaussette, et toujours pas d’explication rationnelle). Bien bien bien, me dis-je.
Hippolyte passe ses journées à dormir, à s’empiffrer et à recevoir des femmes ou des hommes avec qui il ne couche qu’une fois. Rien de tout cela n’entame l’amour que lui porte Phèdre, sa belle-mère. Pendant que la télévision charrie en fond sonore son lot d’incestes, d’infanticides, de meurtres en tout genre, Phèdre saute sur le fils de son mari. Rejetée, elle se donnera la mort un peu plus tard en laissant une note qui accuse Hippolyte de l’avoir violée.
Impossible de rester insensible face à ce spectacle. Le texte de Sarah Kane est drôle et violent ; elle aussi, comme Giraudoux, dépoussière les bustes des personnages des mythes, elle frotte même si fort qu’elle les laisse nus et écorchés. La mise en scène nous livre en pâture des comédiens nus eux aussi, ensanglantés, impuissants face à leurs pulsions sexuelles, tellement vulnérables qu’on a envie d’aller les serrer dans ses bras à la fin de la représentation et de leur dire à l’oreille « voilà c’est fini ».
Hippolyte déclenche des passions amoureuses et destructrices autour de lui, il fascine parce qu’il refuse la comédie du monde, il est adulé et détesté au point d’être lynché par une population volatile et vengeresse. Il a le courage des extrémistes, comme le comédien qui l’incarne et qui s’expose sans écran au regard gêné du public. Ton amie chômeuse a trouvé ça dur, mais il y a de la beauté là-dedans, et en tout cas de la matière à réfléchir. « Je déteste l’idée que le théâtre ne soit que le passe-temps d’une soirée. Il devrait être une exigence émotionnelle et intellectuelle. Une représentation est quelque chose de viscéral. Elle provoque en vous un contact physique direct avec la pensée et les sentiments », disait Sarah Kane. Gagné.
Ton amie chômeuse s’est promenée sur Internet pour en savoir un peu plus sur cette dramaturge sans concession qui s’est pendue à l’âge de 28 ans, et a trouvé ironique d’apprendre que des critiques qui avaient fustigé son œuvre de son vivant revenaient aujourd’hui sur leurs jugements pour la placer parmi les dramaturges britanniques les plus importants du 20ème siècle. Le doigt d’honneur sur l’affiche, ça doit être le sien.
Ton amie chômeuse regardait, puisque merde c’était bien une scène et que ce type ne pouvait pas être là par hasard, mais je me sentais aussi mal à l’aise que si j’avais traîné une chaise devant un SDF pour l’observer. C’est alors qu’il s’est mis à se masturber, sans quitter l’écran imaginaire des yeux, et après avoir choisi une chaussette qui pourrait accueillir son foutre (encore cette histoire de chaussette, et toujours pas d’explication rationnelle). Bien bien bien, me dis-je.
Hippolyte passe ses journées à dormir, à s’empiffrer et à recevoir des femmes ou des hommes avec qui il ne couche qu’une fois. Rien de tout cela n’entame l’amour que lui porte Phèdre, sa belle-mère. Pendant que la télévision charrie en fond sonore son lot d’incestes, d’infanticides, de meurtres en tout genre, Phèdre saute sur le fils de son mari. Rejetée, elle se donnera la mort un peu plus tard en laissant une note qui accuse Hippolyte de l’avoir violée.
Impossible de rester insensible face à ce spectacle. Le texte de Sarah Kane est drôle et violent ; elle aussi, comme Giraudoux, dépoussière les bustes des personnages des mythes, elle frotte même si fort qu’elle les laisse nus et écorchés. La mise en scène nous livre en pâture des comédiens nus eux aussi, ensanglantés, impuissants face à leurs pulsions sexuelles, tellement vulnérables qu’on a envie d’aller les serrer dans ses bras à la fin de la représentation et de leur dire à l’oreille « voilà c’est fini ».
Hippolyte déclenche des passions amoureuses et destructrices autour de lui, il fascine parce qu’il refuse la comédie du monde, il est adulé et détesté au point d’être lynché par une population volatile et vengeresse. Il a le courage des extrémistes, comme le comédien qui l’incarne et qui s’expose sans écran au regard gêné du public. Ton amie chômeuse a trouvé ça dur, mais il y a de la beauté là-dedans, et en tout cas de la matière à réfléchir. « Je déteste l’idée que le théâtre ne soit que le passe-temps d’une soirée. Il devrait être une exigence émotionnelle et intellectuelle. Une représentation est quelque chose de viscéral. Elle provoque en vous un contact physique direct avec la pensée et les sentiments », disait Sarah Kane. Gagné.
Ton amie chômeuse s’est promenée sur Internet pour en savoir un peu plus sur cette dramaturge sans concession qui s’est pendue à l’âge de 28 ans, et a trouvé ironique d’apprendre que des critiques qui avaient fustigé son œuvre de son vivant revenaient aujourd’hui sur leurs jugements pour la placer parmi les dramaturges britanniques les plus importants du 20ème siècle. Le doigt d’honneur sur l’affiche, ça doit être le sien.
Infos utiles :
http://www.theastre.com/lamourdephedre/
Théâtre du Temps
9, rue du Morvan
75011 Paris
Réservations : 01 43 55 10 88
Jusqu’au 31 janvier 2010
Places : 16 € | 12 €
Rédigé par Mon amie chômeuse - Blogueuse associée le Dimanche 7 Février 2010 à 16:16
|
Commentaires (0)
Profil
Rédaction Marianne
Dernières notes
Le règne de l'image
10/03/2010
A quand une burqa pour la Vénus de Milo ?
06/03/2010
Le fantastique Mr Fox en Liberté
05/03/2010
«Fantastic, Mr Fox» : tout est dans le titre
17/02/2010
Redécouvrir Jacques Bertin, 35 ans après
13/02/2010
Théâtre : Phèdre, icône trash
07/02/2010
-
Cette révolution qu’il faudra faire
11/03/2010 05:01 - Jean François Kahn -
Wen Jiabao vante le miracle chinois... et ses fragilités
11/03/2010 05:01 - Valérie Niquet - Chercheuse -
Régionales: la gauche débarrassée du «péril orange»?
11/03/2010 05:01 - Gérald Andrieu - Marianne -
Une alliance MoDem-écolos face au duo PS-UMP
10/03/2010 17:01 - C.Grudler - tête de liste MoDem en Franche-Comté -
Donnez du travail aux pompiers: mettez le feu
10/03/2010 17:01 - Slovar - Blogueur associé
Mots-clés
amour
audiard
biographie
cinema
Cinéma
cinéma
concert
crise économique
critique
cuisine
culture
etats-unis
exposition
famille
film
gallimard
gastronomie
hadopi
hommage
inglorious basterds
japon
lecture
littérature
livre
livres
marianne
mauriac
michael jackson
mon amie chomeuse
mondialisation
musique
philosophie
polar
recette
restaurant
restaurant paris
roman
résistance
saint-pierre et miquelon
salinger
seconde guerre mondiale
staline
stephen daldry
tarantino
théâtre
tignous
télévision
un prophète
vin
économie
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

