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Le premier film de Nader T. Homayoun sort en salles le 7 avril. Un polar qui nous emmène dans les rues de «Téhéran», à la rencontre de la société iranienne. Le réalisateur nous fait partager son amour pour la ville et les difficultés d'un tournage pas comme les autres.
Téhéran, votre premier film, est basé sur l’histoire d’un trafic d’enfants, loués pour faire la manche. Cette forme de mafia est-elle une réalité en Iran ?
Nader T.Homayoun : Ce trafic existe en effet. Il y a une véritable mise en scène de la mendicité. C’est une profession très organisée. On donne par exemple aux bébés des narcotiques pour qu’ils dorment. Comme tout outil de travail, il ne doit pas devenir gênant. Mais j’ai évidemment grossi le trait dans le film. Ce concessionnaire qui loue à la fois des voitures et des enfants n’est qu'une fiction. J’ai néanmoins voulu éviter que cela paraisse trop glauque et cynique. C’est pour cela qu’Ebrahim [le personnage principal ndlr] n’est pas très dégourdi avec ce bambin. La scène de jardinage était très importante pour moi également. Cela montrait qu’il voulait travailler et non pas devenir un mendiant professionnel. Il avait d’autres ambitions mais la société ne lui a pas donné sa chance.
Nader T.Homayoun : Ce trafic existe en effet. Il y a une véritable mise en scène de la mendicité. C’est une profession très organisée. On donne par exemple aux bébés des narcotiques pour qu’ils dorment. Comme tout outil de travail, il ne doit pas devenir gênant. Mais j’ai évidemment grossi le trait dans le film. Ce concessionnaire qui loue à la fois des voitures et des enfants n’est qu'une fiction. J’ai néanmoins voulu éviter que cela paraisse trop glauque et cynique. C’est pour cela qu’Ebrahim [le personnage principal ndlr] n’est pas très dégourdi avec ce bambin. La scène de jardinage était très importante pour moi également. Cela montrait qu’il voulait travailler et non pas devenir un mendiant professionnel. Il avait d’autres ambitions mais la société ne lui a pas donné sa chance.
Le genre du polar est plutôt rare pour les films iraniens…
Nader T.Homayoun : C’est bien cela qui m’a poussé ! Je voulais absolument faire un film de genre car le cinéma iranien considère cela comme quelque chose d’occidental. Je voulais les décomplexer en leur montrant que c’était possible. Et c’était plus facile pour moi qui possède la double culture…
Etait-ce également plus facile de briser certains tabous grâce au genre ?
Nader T.Homayoun : Il est certain que le polar m’a permis de montrer des facettes de la société iranienne que je n’aurai pas pu toucher autrement : le polar m’a permis de raconter sans être accusé. Par exemple, montrer des prostituées dans un polar, c’est normal, cela fait partie des codes du genre. De même pour un cambriolage. Mais plutôt qu’une banque attaquée par des hommes cagoulés, en Iran c’est un appartement privé qui est pris d’assault par des hommes en costume de gardiens de la Révolution, ça a évidemment une toute autre portée.
Nader T.Homayoun : C’est bien cela qui m’a poussé ! Je voulais absolument faire un film de genre car le cinéma iranien considère cela comme quelque chose d’occidental. Je voulais les décomplexer en leur montrant que c’était possible. Et c’était plus facile pour moi qui possède la double culture…
Etait-ce également plus facile de briser certains tabous grâce au genre ?
Nader T.Homayoun : Il est certain que le polar m’a permis de montrer des facettes de la société iranienne que je n’aurai pas pu toucher autrement : le polar m’a permis de raconter sans être accusé. Par exemple, montrer des prostituées dans un polar, c’est normal, cela fait partie des codes du genre. De même pour un cambriolage. Mais plutôt qu’une banque attaquée par des hommes cagoulés, en Iran c’est un appartement privé qui est pris d’assault par des hommes en costume de gardiens de la Révolution, ça a évidemment une toute autre portée.
Avez-vous eu des difficultés durant le tournage avec des séquences si polémiques ?
Nader T.Homayoun : Tout était compliqué. Les scènes entre hommes et femmes particulièrement. Les acteurs ne voulaient déjà pas se toucher alors être dans le même lit, imaginez ! J’étais toujours dans la négociation et le compromis. J’ai ainsi dû tourner la scène de la soirée en deux fois car les hommes ne voulaient pas être dans la même pièce que des femmes dévoilées…Mais le pire était les tournages extérieurs. Dans la rue, tout pouvait dégénérer très vite si un passant posait une question. Alors on tournait dans l’urgence. Or, pour faire un film, surtout le premier, il faut prendre le temps. Mais on le savait en partant !
Comment aviez-vous préparé ce tournage qui prévoyait donc d’être mouvementé ?
Nader T.Homayoun : Déjà, nous devions partir «léger». D’où les caméras numériques, l’équipe restreinte et les seulement 18 jours de tournage. Je savais également qu’il faudrait s’adapter. Je ne pouvais donc ni partir sans scénario, ni avec un trop écrit…Nous avons donc choisi l’option «scénario flottant» et cela a été d’une grande aide pendant le tournage de pouvoir transformer le jour en nuit ou l’intérieur en extérieur.
Nader T.Homayoun : Tout était compliqué. Les scènes entre hommes et femmes particulièrement. Les acteurs ne voulaient déjà pas se toucher alors être dans le même lit, imaginez ! J’étais toujours dans la négociation et le compromis. J’ai ainsi dû tourner la scène de la soirée en deux fois car les hommes ne voulaient pas être dans la même pièce que des femmes dévoilées…Mais le pire était les tournages extérieurs. Dans la rue, tout pouvait dégénérer très vite si un passant posait une question. Alors on tournait dans l’urgence. Or, pour faire un film, surtout le premier, il faut prendre le temps. Mais on le savait en partant !
Comment aviez-vous préparé ce tournage qui prévoyait donc d’être mouvementé ?
Nader T.Homayoun : Déjà, nous devions partir «léger». D’où les caméras numériques, l’équipe restreinte et les seulement 18 jours de tournage. Je savais également qu’il faudrait s’adapter. Je ne pouvais donc ni partir sans scénario, ni avec un trop écrit…Nous avons donc choisi l’option «scénario flottant» et cela a été d’une grande aide pendant le tournage de pouvoir transformer le jour en nuit ou l’intérieur en extérieur.
C’est étonnant de voir comme vous vous sentiez libre dans cette absence de liberté que vous imposait le régime iranien…
Nader T.Homayoun : Mais vous savez, les contraintes sur les cinéastes n’existent pas qu’en Iran ! en Europe, vous avez toutes ces pressions de la production, des acteurs que vous n’avez pas choisi vous sont imposés car ils sont «bankable». La liberté, c’est de savoir transformer ces contraintes. Et c’est vrai qu’à Téhéran, j’étais libre, sans vraiment l’être.
L’impression d’impuissance est oppressante à la fin du film. Les Iraniens que vous décrivez ont l’air si désabusés…
Nader T.Homayoun : Je voulais montrer ça. En Iran, la société tourne en rond, les gens ne croient plus en rien. C’est comme si l’espoir avait disparu, surtout depuis Ahmadinejad. La scène finale montre bien que malgré tous leurs efforts, les personnages ne parviennent pas à sortir la tête de l’eau. Chaque tentative n’est qu’une goutte d’eau dans la mer. J’ai fortement ressenti cela en retournant en Iran. Le tournage s’est déroulé quatre ou cinq mois avant les émeutes mais nous n’avons quasiment pas parlé de politique dans l’équipe. Là-bas, ils ont la tête trop dans le guidon, ils sont blasés par tout ça.
Votre manière de filmer la ville témoigne de votre amour pour Téhéran. Pourtant, on ressent chez vous une profonde nostalgie, comme si le Téhéran que vous aimiez était sur le point de disparaître…
Nader T.Homayoun : C’est le cas. Il est très compliqué de faire comprendre aux Iraniens que ce qui est vieux peut avoir du charme. Pour eux, la beauté passe par le neuf, l’occidental. C’est assez épouvantable de voir des quartiers entiers être rasés, surtout pour moi qui vit en France où l’on ne peut même pas toucher à un balcon ! Les membres iraniens de l’équipe de tournage ne comprenaient pas pourquoi je voulais absolument tourner dans le vieux Téhéran. Pour eux, c’était juste «moche».
Téhéran a obtenu le prix de la semaine de la critique au festival de Venise en 2009 et le grand prix du jury du festival Premiers Plans d'Angers en 2010. Les récompenses sont importantes pour vous ?
Nader T.Homayoun : C’est essentiel pour une raison simple : le Perse est fier. Le fait qu’un film sur l’Iran obtienne un prix va amener le regard des Iraniens sur le film. Je ne sais pas si un film peut faire bouger les choses mais, en tout cas, chercher pourquoi cela fonctionne à l’étranger permet de créer le débat en Iran.
Nader T.Homayoun : Mais vous savez, les contraintes sur les cinéastes n’existent pas qu’en Iran ! en Europe, vous avez toutes ces pressions de la production, des acteurs que vous n’avez pas choisi vous sont imposés car ils sont «bankable». La liberté, c’est de savoir transformer ces contraintes. Et c’est vrai qu’à Téhéran, j’étais libre, sans vraiment l’être.
L’impression d’impuissance est oppressante à la fin du film. Les Iraniens que vous décrivez ont l’air si désabusés…
Nader T.Homayoun : Je voulais montrer ça. En Iran, la société tourne en rond, les gens ne croient plus en rien. C’est comme si l’espoir avait disparu, surtout depuis Ahmadinejad. La scène finale montre bien que malgré tous leurs efforts, les personnages ne parviennent pas à sortir la tête de l’eau. Chaque tentative n’est qu’une goutte d’eau dans la mer. J’ai fortement ressenti cela en retournant en Iran. Le tournage s’est déroulé quatre ou cinq mois avant les émeutes mais nous n’avons quasiment pas parlé de politique dans l’équipe. Là-bas, ils ont la tête trop dans le guidon, ils sont blasés par tout ça.
Votre manière de filmer la ville témoigne de votre amour pour Téhéran. Pourtant, on ressent chez vous une profonde nostalgie, comme si le Téhéran que vous aimiez était sur le point de disparaître…
Nader T.Homayoun : C’est le cas. Il est très compliqué de faire comprendre aux Iraniens que ce qui est vieux peut avoir du charme. Pour eux, la beauté passe par le neuf, l’occidental. C’est assez épouvantable de voir des quartiers entiers être rasés, surtout pour moi qui vit en France où l’on ne peut même pas toucher à un balcon ! Les membres iraniens de l’équipe de tournage ne comprenaient pas pourquoi je voulais absolument tourner dans le vieux Téhéran. Pour eux, c’était juste «moche».
Téhéran a obtenu le prix de la semaine de la critique au festival de Venise en 2009 et le grand prix du jury du festival Premiers Plans d'Angers en 2010. Les récompenses sont importantes pour vous ?
Nader T.Homayoun : C’est essentiel pour une raison simple : le Perse est fier. Le fait qu’un film sur l’Iran obtienne un prix va amener le regard des Iraniens sur le film. Je ne sais pas si un film peut faire bouger les choses mais, en tout cas, chercher pourquoi cela fonctionne à l’étranger permet de créer le débat en Iran.
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