Away we go, le nouvel film de Sam Mendes, réalisateur d'American Beauty et des Noces rebelles, est encore un film sur le couple, mais Timothée Gérardin ne s'en lasse pas.
Un comique français célèbre avait l’habitude de commencer ses sketches par un «c’est l’histoire d’un mec... ». Dans le cas de Sam Mendes, l’accroche rituelle serait plutôt: «c’est l’histoire d’un couple... » - et son nouveau film, Away we go, ne déroge pas à la règle. C’est l’histoire d’un couple, donc, qui avant la naissance de son premier enfant décide de partir en voyage, à la rencontre d’autres couples, pour décider de la vie qu’ils veulent pour leur famille à venir.
Premier choix, marqué, du cinéaste: les acteurs. Elle, Maya Rudolph, dont le visage typé est relativement neuf au cinéma et lui, John Krasinski, dont l’allure de barbu à gros pif n’est pas banale non plus, et qu’on connaissait surtout pour son interprétation de Jim, le personnage officiellement sympathique de The Office version US. Le but, on l’a compris, est de donner à ce couple d’américains l’image la plus simple et la plus singulière possible.
Le même parti pris est adopté pour la galerie de portraits des couples visités (je ne suis pas sûr qu’il faille tenter la comparaison avec l’épisode biblique de la Visitation, ou alors sur un mode désenchanté, voire un peu ironique). Chaque famille que découvre notre couple en recherche a beau représenter une catégorie de personnes, un mode de vie particulier, aucune n’est pour autant résumée à un type. Et c’est justement la bizarrerie des choix de vie, la folie, la joie et la tristesse de tous ces gens qui donnent au film son énergie. L’une assume en perpétuels fou rires sa vie déprimante d’américaine de base, l’autre élabore des théories sur l’éducation naturelle, quand chez d’autres encore, le bonheur affiché cache une douleur plus profonde. Ce n’est pas tant que ce pot-pourri «fasse vrai» - quoiqu’il se trouve justement qu’il fait assez vrai -, c’est surtout qu’il est l’occasion de sauts entre les registres - la comédie, le drame, la satire - et le prétexte à des scènes plutôt jubilatoires.
Il y a enfin une certaine naïveté dans cet Away we go, surprenante de la part du réalisateur d’American Beauty. Ce n’est pas tous les jours qu’un cinéaste censément spécialiste en démythification de la vie de couple nous fait entendre de telles déclarations d’amour, nous met ses personnages dans une « si belle maison... », avec des fenêtres qui donnent sur la mer sans aucun complexe. C’est tout à son honneur, car il est toujours plus facile de croquer le couple bourgeois que de rendre justice au sentiment amoureux.
Ceci concédé, il faut préciser que, dans la mise en scène de nos deux amoureux, Sam Mendes tombe dans plusieurs travers du cinéma américain « indépendant ». On a les couchers de soleil opportuns, filmés de manière vaguement artsy. On a surtout, dans les moments de vérité, l’enclenchement fatidique de la guitare acoustique, qui sert à accompagner des chansonnettes fades. C’est dommage - car le film n’est pas pour cela raté -, mais ce n’est pas cette fois-ci que Sam Mendes aura réussi à ré-enchanter son cinéma.
Retrouvez les articles de Timothée Gérardin
Premier choix, marqué, du cinéaste: les acteurs. Elle, Maya Rudolph, dont le visage typé est relativement neuf au cinéma et lui, John Krasinski, dont l’allure de barbu à gros pif n’est pas banale non plus, et qu’on connaissait surtout pour son interprétation de Jim, le personnage officiellement sympathique de The Office version US. Le but, on l’a compris, est de donner à ce couple d’américains l’image la plus simple et la plus singulière possible.
Le même parti pris est adopté pour la galerie de portraits des couples visités (je ne suis pas sûr qu’il faille tenter la comparaison avec l’épisode biblique de la Visitation, ou alors sur un mode désenchanté, voire un peu ironique). Chaque famille que découvre notre couple en recherche a beau représenter une catégorie de personnes, un mode de vie particulier, aucune n’est pour autant résumée à un type. Et c’est justement la bizarrerie des choix de vie, la folie, la joie et la tristesse de tous ces gens qui donnent au film son énergie. L’une assume en perpétuels fou rires sa vie déprimante d’américaine de base, l’autre élabore des théories sur l’éducation naturelle, quand chez d’autres encore, le bonheur affiché cache une douleur plus profonde. Ce n’est pas tant que ce pot-pourri «fasse vrai» - quoiqu’il se trouve justement qu’il fait assez vrai -, c’est surtout qu’il est l’occasion de sauts entre les registres - la comédie, le drame, la satire - et le prétexte à des scènes plutôt jubilatoires.
Il y a enfin une certaine naïveté dans cet Away we go, surprenante de la part du réalisateur d’American Beauty. Ce n’est pas tous les jours qu’un cinéaste censément spécialiste en démythification de la vie de couple nous fait entendre de telles déclarations d’amour, nous met ses personnages dans une « si belle maison... », avec des fenêtres qui donnent sur la mer sans aucun complexe. C’est tout à son honneur, car il est toujours plus facile de croquer le couple bourgeois que de rendre justice au sentiment amoureux.
Ceci concédé, il faut préciser que, dans la mise en scène de nos deux amoureux, Sam Mendes tombe dans plusieurs travers du cinéma américain « indépendant ». On a les couchers de soleil opportuns, filmés de manière vaguement artsy. On a surtout, dans les moments de vérité, l’enclenchement fatidique de la guitare acoustique, qui sert à accompagner des chansonnettes fades. C’est dommage - car le film n’est pas pour cela raté -, mais ce n’est pas cette fois-ci que Sam Mendes aura réussi à ré-enchanter son cinéma.
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