Demis Roussos ? Rocker ? Incroyable, mais vrai. « Demis », son nouvel album, se pose en véritable disque blues-rock. Celui qui était devenu un chanteur de variété se glisse avec bonheur dans son vieux blouson de cuir. Et ça lui va bien.


(photo: mike warren - Flickr - cc)
(photo: mike warren - Flickr - cc)
On était resté au Demis Roussos taille XXXL, barbe de pâtre hippie, chantant d'une voix de castrat des bluettes sur le plateau de Maritie et Gilbert Carpentier. C'était oublier que le Grec a contribué, avec son trio les Aphrodite's Child, à la bande-son des années 60, et que ces sonorités pop psychédéliques ne l'ont jamais quitté. Artemios Ventouris Roussos les avait juste refoulées, livré à lui-même et à la moussaka depuis vingt ans, recomptant, dans sa villa surplombant la Méditerranée, ses 100 Disques d'or et 50 millions d'albums vendus en quarante ans. Le refoulé fini toujours par resurgir... Et, cette fois, il a pris les traits de Marc Di Domenico. Pour ce producteur, déjà artisan de la renaissance d'Henri Salvador, Demis Roussos est la quintessence de ce rock mélodique qui a accompagné Mai 68. Cette année-là, fuyant le putsch militaire en Grèce, le trio Aphrodite's Child s'embarque pour Londres. Stoppés par les douaniers puis par la révolution estudiantine, Evangelos Papathanassiou (Vangelis), Loukas Sidéras et Demis Roussos restent bloqués à Paris. Ils enregistrent, presque par hasard, Rain And Tears, une variation psychédélique sur le Canon de Pachelbel. Le disque se vend à 1 million d'exemplaires rien qu'en France et se classe numéro un partout en Europe ! Trois albums plus tard, le trio se sépare. Vangelis devient le compositeur préféré d'Hollywood. Loukas rentre en Grèce. Et Demis Roussos devient ce poids lourd de la variété française. « Marc Di Domenico m'a réveillé. Je suis un rocker, je l'ai toujours été. Les chanteurs de ma génération sortent des compils de reprises. J'ai préféré y aller seul », affirme Demis Roussos. Son nouvel album, Demis, étonnant, reprend l'histoire où elle s'était arrêtée, en 1970. Il se pose en vrai disque de blues-rock. Le patriarche de 63 ans s'est mué en une sorte de Joe Cocker hellénique, à la voix grave et éraillée. Avec ses cordes acoustiques, ses choeurs soul, ses orgues vintage, Demis réinvente Demis Roussos par un digne retour à ses racines. Qui aurait cru que l'interprète de Quand je t'aime se paie un jour le luxe de chanter un Who Gives A Fuck (« Rien à foutre ») en écho aux récentes émeutes d'Athènes provoquées par la mort d'un adolescent de 15 ans abattu par la police ? Demis rocker, donc éternellement rebelle.



Rédigé par Myriam Perfetti - Marianne le Dimanche 5 Juillet 2009 | Commentaires (3)

Profil
Rédaction Marianne

Le Mag

A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique

S'abonner