Le blogueur Didier Goux a ressorti de ses cartons les disques de Jacques Bertin, musicien français. Une conclusion : l'artiste a vielli.


Pochette d'album - 2007
Pochette d'album - 2007
On n'en fait plus, des comme ça, en tout cas je le crois. C'était le modèle “chanteur-poète-artisan-engagé” et bien entendu de gauche, typique des années soixante-dix de consternante mémoire. Notons que “chanteur engagé de gauche” a des allures d'authentique pléonasme : comme chanteur engagé de droite, on n'avait que Philippe Clay, ce qui faisait un peu maigre pour constituer une écurie.

Revenons donc à Jacques Bertin. Je l'ai découvert à la fin de 1975, dans le studio qu'occupaient Monique et France-Hélène, rue Porte-Saint-Vincent, à Orléans. Il venait alors de sortir son sixième disque (il avait débuté en 1967, à 20 ans, sitôt sorti de l'école de journalisme de Lille). Ces six disques de l'époque, je les ai écoutés en boucle durant plusieurs années. Au point, 35 ans plus tard, de savoir encore plusieurs dizaines de leurs chansons par cœur. Puis, je m'en suis détaché.

J'y suis revenu au début des années quatre-vingt-dix, lorsque les six albums sont ressortis, métamorphosés en trois CD. Que j'ai récoutés assez distraitement et avec une déception certaine : les chansons qui m'avaient soulevé d'enthousiasme avaient vieilli, ou bien moi, ou bien elles et moi.

À tel point que, lorsqu'il s'est agi, voilà deux ou trois ans, de désengorger la discothèque du salon, Jacques Bertin s'est retrouvé exilé au sous-sol, avec les Rolling Stones, Led Zeppelin, Genesis et autres conneries rock que j'avais eu la faiblesse de racheter également.

Et puis, il y a quelques mois, un soir d'alcoolisme solitaire et tranquille, une nuit d'ivresse douce et raisonnée, comme disait Juan Carlos Onetti, j'ai été pris, poussé dans les reins par cette nostalgie particulière et factice que fait naître une libation un peu appuyée, d'une impérieuse envie de me remettre Bertin dans l'oreille.

J'ai retourné la moitié de la cave sur l'heure, et je n'ai jamais réussi à mettre la main sur le carton contenant les disques ostracisés, discriminés, etc. C'est depuis ce jour que l'on pouvait me voir, errant et titubant dans les bars du Kremlin-Bicêtre, un brassard noir à la manche : je portais le deuil de Jacques Bertin.

Or, voilà qu'hier après-midi, me trouvant seul dans la maison de ma sœur – pour des raisons qui seront dévoilée dans le journal aux alentours du 31 mars prochain –, j'ai eu envie d'écouter un peu de musique. C'est alors qu'inspectant la discothèque locale je suis tombé sur les trois CD de Bertin, ainsi que sur tous les autres disques que j'avais encavés.

Ni l'Irremplaçable ni moi ne nous souvenions avoir donné ces rondelles réprouvées, à Isabelle pour une part et à Adeline pour une autre. Du coup, j'ai récupéré les trois disques du chanteur rennais (oui, Nicolas : en plus c'est un Breton !) avec la fébrilité d'un Harpagon retrouvant sa cassette.

Pour illustrer ce billet primordial, je suis allé flâner sur Goux gueule, et j'ai pu constater que Jacques Bertin avait vieilli, figurez-vous. C'est pourquoi j'ai mis une deuxième photo pour vous le montrer tel qu'il était à l'époque où j'allais religieusement l'écouter chanter, à la MJC d'Orléans d'abord, puis à la Cour des miracles de Montparnasse.

Et je me demande si Bertin se souvient qu'un soir de 1982 ou 83, je lui ai renversé un gobelet de vin rouge sur le pantalon.

(Rajout à l'attention de Dorham : Jacques Bertin a enregistré tous ses disques avec le contrebassiste Didier Levallet, que vous devez connaître, et qui sortait lui aussi de l'école de journalisme de Lille. Levallet a très longtemps accompagné Bertin sur scène, tout comme l'ont fait d'autres musiciens de jazz, tels Michel Graillier ou Siegfried Kessler.).

Redécouvrir Jacques Bertin, 35 ans après



Rédigé par Didier Goux - Blogueur associé le Samedi 13 Février 2010 | Commentaires (3)

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