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Timothée Gérardin est allé jeter un oeil à la la dernière collaboration cinématographique du tandem Greengrass-Damon. Il espérait un coup de coeur, raté: il a plutôt eu mal au coeur.
Mots qu’on entend souvent autour des films de Paul Greengrass: « action », « urgence », « efficacité » . Green Zone n’échappe pas à la règle : on célèbre un Jason Bourne définitif, guerrier, pas tendre avec les Etats-Unis – de l’action intelligente, de l’investigation subtile!
C’est faux. Franchement : est-il vraiment nécessaire, pour signifier l’urgence, de saucissonner les séquences en petits morceaux indigestes ? Suffit-il de faire trembler la caméra pour immerger dans l’action ? Est-on vraiment obligé, pour filmer la guerre, d’avoir cette esthétique indistincte d’enregistrement clandestin ? En fait, concrètement, on commence par ne rien comprendre à ce qui se passe, on plisse les yeux pour y voir quelque chose, puis on termine écœuré d’avoir été trimballé avec la caméra pendant ces deux longues heures. Green Zone n’est pas efficace, ou alors un film trépidant nous aura rarement autant emmerdés.
Et c’est doublement faux : divertissement indigeste, Green Zone n’est pas pour autant un film subtil. Compliqué dans ses manies, Greengrass n’arrive à aucune complexité. Car si on y réfléchit un quart de seconde – temps de répit qui ne nous est pas accordé justement – l’enjeu du combat est sans intérêt aucun. Il n’y avait pas, en Irak, d’arme de destruction massive. C’est tout ? C’est pour ça qu’on nous inflige le cadre Parkinson, l’ambiance caméra de surveillance et les Irakiens moustachus-réalistes ? Ne cherchez pas : on ne va nulle part, dans un véhicule qui ne marche pas.
Ce qui est injuste dans cette affaire, c’est qu’achevée d’une autre main, cet acte de foi forcené dans le cinéma comme action investigatrice, comme vérité du terrain contre la fable politico-médiatique – cette forme de naïveté en somme – aurait pu nous séduire. Malheureusement, dès qu’on s’aperçoit que les fameux effets de réel sentent autant le carton-pâte que la mise en scène du gouvernement américain, on est forcé de se résoudre à cet âpre constat : ce cinéma-là est moins naïf qu’hypocrite.


