Le rêve américain naît de la tristesse des rêveurs. De leur colère. Michael Jackson n'est qu'une figure, spectaculaire, de ces millions de gens attirés désespérément vers la lumière.


(photo: @MSG - Flickr - cc)
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Comme elle paraît affreusement ironique maintenant l'exclamation du président américain (Ronald Reagan) au moment où il recevait  M. Jackson, alors à l'apogée de sa gloire : « Vous êtes la plus belle incarnation du rêve américain » ! Ironique et tragique quand on songe à la trajectoire et surtout à la fin du « roi » de la pop.

Tristesse de  sa fin

Cette trajectoire semble en effet colorée, et même stigmatisée, par une tristesse continue, voire profondément poignante, à l'image de ce jeune homme mort dans un état quasi inhumain : sans cheveux, avec d'innombrables cicatrices suite aux dizaines d'opérations plastiques, le corps squelettique pesant moins de cinquante kilos, sans une partie du nez, recouvert des bleus et des blessures dus aux chutes et se nourrissant de cocktails d'analgésiques (pour soigner quelles douleurs ?). Tristesse qui devient encore plus pesante par la « machine à gérer » sa mort, machine hautement profitable à certains.

Tristesse aussi de sa situation

De l'enfant battu à l'enfance volée jusqu'à l'adulte vivant reclu, de l'homme milliardaire criblé de dettes et perdant sa maison, musicien adulé en décadence de carrière, vivant entouré de nounours en peluche, sali par des procès au retentissement mondial (il échappa à la condamnation grâce a une équipe de plusieurs excellents avocats, ce qui, puisqu' il a ouvertement affiché le goût de partager son lit avec des enfants inconnus, serait sans doute difficilement imaginable pour un citoyen moins aisé et moins connu).

Tristesse enfin de ses faux semblants qui semblent parcourir et même définir la vie du chanteur

Car cet homme blanc est un noir au visage défiguré pour ne plus apparaître ce qu'il est, cet adulte est un gamin, ce père n'est pas le père de ses enfants, cet homme lourdement maquillé n'est surtout pas homosexuel, et il assure même de ne jamais avoir fait des opérations plastiques. Entouré d'un véritable cirque médiatique, la star se cache derrière d'innombrables bizarreries toutes plus pathétiques les unes que les autres. La seule chose vraie dans son histoire semble être son talent, et puis, une chose dont on parle peu, et que l'industrie musicale a essayé de supprimer par tous les moyens : sa colère.

Sa mort n'est ni un cas isolé ni un hasard anodin : elle est sans doute la conséquence du harcèlement par des systèmes très puissants qui ont d'abord joué en sa faveur, puis contre lui. A savoir le système médiatique (qui exige des spectacles pour survivre et qui adore dévorer ceux qui le nourrissent), le pouvoir médical qui paraît s'être acharné sur lui et systématiquement abusé de lui afin de le préparer à cette ultime course de concerts, en le dressant comme un animal à l'aide de drogues, et le système financier enfin, qui octroie des prêts colossaux pour ensuite exercer des pressions continues pour le remboursement.

Mais la tristesse de Michael Jackson est avant tout la tristesse structurelle, essentielle du fameux rêve américain

Celui-ci, malgré les apparences, est profondément teint de tristesse de part en part : il est d'abord fondé sur une profonde tristesse et même un désespoir - celui de la situation du départ. Pour vouloir poursuivre ce rêve, il faut justement partir de rien, commencer de très bas, attiré vers le haut par un espoir magnétique, tellement puissant qu'il fait oublier, dans sa promesse, d'où l'on veut sortir. Son point d'arrivée cache aussi tant bien que mal l'aspect grossier et infantile de ce rêve : on arrive justement à le réaliser quand on « réussit », c'est-a-dire quand on devient riche ou célèbre ou les deux. Mais on pense cette réussite ( pour ne rien dire des millions qui « échouent », ou du prix qui a été payé pour cette réussite) comme si elle était une image fixe et immuable ou un mot-sésame qui guérit de tous les maux. Hélas, obtenir une vie harmonieuse et significative est loin d'être aussi simple - et il est impossible d'atteindre un quelconque bonheur en ne développant qu'une seule composante de la vie.

Par ailleurs, la satisfaction de ce « rêve » se lie souvent à des conduites d'avidité, d'agressivité et de narcissisme aggravé, ou l'utilisation de tous les moyens possibles - ce qui montre encore plus son caractère insatisfait et triste. Il faudra pour y arriver ne soutenir que son propre ego et ne soigner que sa propre image. Or, il est raisonnable de dire qu'il n'y a plénitude que relationnelle.

C'est pourquoi il ne faut pas oublier les innombrables figures de la tristesse dans la culture américaine (pensons à la littérature et au cinéma), ces figures solitaires et déracinées qui errent à la poursuite du « rêve » et dont les stars transformées en loques humaines n'en sont qu'une des formes, certes la plus spectaculairement triste, mais pas moins triste que celle des millions d'autres, pour toujours anonymes.

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Rédigé par Emmanuel Ioannidis - Contrefeux le Vendredi 17 Juillet 2009 | Commentaires (3)

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