Mon amie chômeuse nous livre deux critiques ciné en u. Elle a vu "Fantastic Mr Fox" de Wes Anderson et "Liberté" de Tony Gatlif. Si elle a trouvé le Gatlif plutôt creux, le côté fashion du film d'animation l'a séduite.


Comme tu commences à me connaître ami lecteur (si c’est la première fois que tu mets les pieds sur ce blog et que tu t’es juré de ne jamais revenir c’est pas la peine de la ramener non plus) , tu sais que je fais de drôles de réactions allergiques à la pluie, qui se sanctionnent la plupart du temps par une léthargie déprimée difficile à enrayer. Tu te demandes pourquoi je n’ai pas encore quitté Paris pour les îles Marquises, moi aussi. Pour l’instant, ce que j’ai trouvé de mieux à faire, c’est de m’enfermer au cinéma, avec un gros pull en laine sur les genoux et (parfois) une Ben&Jerry’s.

Ton amie chômeuse est allée voir Liberté, le dernier film de Tony Gatlif, et admet tout de go qu’elle y est surtout allée pour se venger d’avoir une fois de plus raté James Thierrée sur scène. J’en profite pour pousser une mini gueulante (une gueulante-minou en quelque sorte) contre l’engouement complètement délirant pour « le génial petit-fils de Charlie Chaplin ».

Oui, il sait tout faire, c’est un acrobate hallucinant, un superbe acteur, un metteur en scène hors du commun, oui, il est plutôt du genre beau gosse, et c’est vrai qu’en plus il a l’air d’être vachement sympa, mais est-ce une raison pour prendre d’assaut ses spectacles au point qu’il soit strictement impossible d’obtenir une place sans coucher avec l’ouvreuse (ou l’ouvreur ? ou pire, les deux) ? Est-ce bien raisonnable de casser le marché en faisant le pied de grue devant le théâtre de la Ville avec une pancarte « Achète place pour James Thierrée à n’importe quel prix » ?! Halte au grand n’importe quoi.

Bien.

Donc, je suis allée voir Liberté surtout pour voir James Thierrée, disais-je. Il y incarne Taloche, un gitan un peu agité du bocal qui joue du violon et grimpe aux arbres pour faire usage de sa liberté. L’histoire se déroule sous la France de Vichy, le nomadisme est strictement interdit et les populations tsiganes sont persécutées avec soin et envoyées en camps de concentration pour « débarrasser le pays de sa vermine ».

Le maire d’un petit village auvergnat tente de sauver une famille de bohémiens en lui offrant un terrain et une maison qui feront d’eux des sédentaires aux yeux des autorités. Il est soutenu par mademoiselle Lundi (bon là quand même il aurait pu faire un effort Tony, c’est vraiment un nom de merde… C’est inspiré d’une femme qui a existé, je veux bien, mais enfin elle perd 5% de sa crédibilité de résistante à chaque fois que son nom est prononcé), l’institutrice qui fait des faux papiers en douce.

On a beaucoup dit que le film était très pudique. C’est vrai, mais c’est tellement pudique que c’est tout en surface. Ton amie chômeuse est restée hermétique aux personnages, et n’a cru ni aux tsiganes épris de chevaux et de courses dans la nature, ni à la résistance de Mademoiselle Lundi (faut dire aussi…), ni à la belle âme du maire, ni même aux méchants collabos… J’ai trouvé que tout cela sonnait creux. Ton amie chômeuse a un cœur de pierre, peut-être, mais peut-être aussi (attention hypothèse) que ce n’est juste pas très bon.

Ton amie chômeuse est aussi allée voir Fantastic Mr Fox, de Wes Anderson. Je venais de lire un dossier dans Chronic’art avec lequel, pour une fois, j’étais assez d’accord. Il y était question du « cinéma chic » : les films très esthétisants, dans lesquels les personnages sont habillés avec un soin du détail digne des meilleures blogueuses mode et évoluent dans des environnements délicieusement surannés, les films « plus cool tu meurs » de Sofia Coppola, Christophe Honoré, Quentin Dupieux (et pourtant God knows que j’ai aimé Steak) ou Wes Anderson, puisque c’est lui qui m’occupe maintenant.

J’étais d’accord, surtout pour Sofia Coppola et Axelle Ropert (Famille Wolberg, bouh), et j’étais prête à sacrifier Wes Anderson dont les malles Vuitton m’avaient agacée dans Darjeeling Limited. Le souvenir ému de La vie aquatique me gênait encore un peu pour être tout à fait dans de mauvaises dispositions, mais enfin j’étais quand même un peu remontée. Raté : j’ai adoré.

Ton amie chômeuse a ri à l’humour fashion décalé, s’est émerveillée du décor fashion léché, a complètement été séduite par le fashion stop-motion. Je me délecte encore du dialogue entre Fox et le loup (”Pensez-vous que l’hiver sera rude ?” la meilleure réplique de l’année), du petit renardeau « différent » avec sa cape en serviette de bains, du renard prodige qui pratique le yoga et le karaté, j’ai tout aimé, je veux adopter un opossum, je suis une fashion cinéphile de merde.

Tant pis.

Le fantastique Mr Fox en Liberté



Rédigé par Mon Amie Chômeuse - Blogueuse associée le Vendredi 5 Mars 2010 | Commentaires (2)

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