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Le Liseur? Un film qui parle de livres, forcément. Un film tiré d'un livre, en plus. Mais apparemment, l'intelligence ne vient pas forcément en lisant...
Image extraite du film Le Liseur, de Stephen Daldry
Attention, voici le film intelligent de l'année. Non seulement Le Liseur est adapté d'un livre, ce qui donne déjà une idée du sérieux de la chose, mais en plus de ça y sont abordés des thèmes majuscules : Mémoire, Désir, Culpabilité... Autant prévenir les flâneurs, les spectateurs d'en-bas et les cinéphiles lambdas : ici, ça réfléchit. Mais à ceux que cet avertissement n'aura pas glacé sur place, on peut l'avouer : derrière ces grandes poses intellectuelles, Le Liseur ne va pas plus loin que n'importe quel Fast and Furious 8. Ce n'est pas parce qu'on multiplie les procédés narratifs avec un héros inepte, qui n'arrête pas de se souvenir qu'il se souvient (c'est David Kross, puis Ralph Fiennes), qu'on fait oeuvre de complexité ou de subtilité. Non, précisément, rien n'est subtil dans ce Liseur, ni l'histoire d'amour, ni le procès, ni même le personnage de Hanna Schmitz, un concept en jupon (ou sans, le plus souvent), qui n'est là que pour donner quelques généreuses rondeurs à la banalité du mal (1).
Dommage car, si je n'ai pas lu le livre, j'ai cru voir quelque chose d'intéressant dans ces histoires de lecture et d'écriture, qui mettent à la fois en jeu le désir (le rituel de la lecture) et la culpabilité ultime (le rapport qu'Hanna Schmitz est accusée d'avoir écrit). On se demande si l'accusée n'est pas justement une créature d'avant et d'après la lettre, une sauvage produite par la civilisation, qui n'a nul besoin de savoir lire ou écrire pour appliquer, à la lettre justement, ses instructions de garde. Et, par là même, un être incapable de porter la culpabilité qu'on lui attribue. Incapable de responsabilité. A la limite, on peut dire que le jeu tant loué de Kate Winslet est effectivement « impeccable », au sens où il s'agit d'incarner celle qui n'a jamais fauté, celle qui ne peut pas fauter.
De tout ceci, une seule et unique scène du film sait rendre témoignage. C'est Hanna Schmitz empilant les livre qu'elle a appris à lire, pour former la dernière marche, celle d'où elle pourra mettre fin à ses jours. Et l'on ne saura pas si ce geste signifie l'accession tardive à l'état de péché. Pour le reste, il faudra se contenter d'un prof de droit grotesque, qui fait semblant d'être intelligent parce qu'il pose des questions. Pire, il faudra supporter le mille-feuilles des souvenirs de Ralph Fiennes, qui, avec toute cette histoire, se pose des questions sur la nature de son fantasme, le pauvre.
NOTE :
(1) Le critique du Monde Jean-Luc Douin a vu dans Le Liseur un « antisémitsme insidueux ». Franchement ! Le film a beau être nul, il ne porte pas non plus tous les péchés de la terre... Lire la critique bien plus juste de Gil Mihaely, chez Causeur, qui ne part pas dans ce genre de délire.
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Rédigé par Thimothée Gérardin - Blogueur associé le Samedi 25 Juillet 2009
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