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Mon Amie Chômeuse a essayé pour vous les soirées nomades de la fondation Cartier organisées dans le cadre de l'expo sur le graffiti. Comment dire...il manquait quelque chose.
Souviens-toi, ami lecteur, quand ton amie chômeuse avait visité l’expo Graffiti à la Fondation Cartier, elle s’était dit que ce serait sympa d’aller à une des « soirées nomades » organisées par le musée. Pas folle, ma cliente s’est méfiée de la météo capricieuse de ces dernières semaines et m’a envoyée en éclaireur pour vérifier que ça valait la peine.
Et bien, ce jour-là, il pleuvait, et il faisait froid. Bon. Le rendez-vous était à 19H sur un terrain en friche près du métro Belleville, rue Ramponeau, pour ceux qui aimeraient aller vérifier. L’endroit est sympathique et laissait augurer le meilleur : nous n’étions ni dans la rue à proprement parler, ni dans une propriété privée, mais dans une sorte d’espace intermédiaire, un no man’s land investi par les graffeurs.
Il y avait là un artiste plasticien qui fumait la pipe, un vrai graffeur en chair et en os, et un monsieur qui était (peut-être) sociologue mais qui était surtout de très mauvaise humeur. Nous étions une vingtaine, chacun sous son parapluie, attendant fébrilement que ces spécialistes nous révèlent leur savoir.
Le fumeur de pipe a pris la parole et expliqué qu’il y avait longtemps qu’il ne graffait plus, et que d’ailleurs il n’avait jamais vraiment graffé. Allons bon, me dis-je. Il était néanmoins fondateur d’une association, «le Mur », qui met à la disposition des artistes de rue le mur situé à l’angle de la rue Saint-Maur et de la rue Oberkampf, dans le 11ème arrondissement de Paris. Ton amie chômeuse connaît bien cet endroit puisqu’elle était allée y voir Sun7 y coller son œuvre, en bonne groupie qui n’a rien d’autre à foutre.
Le vrai graffeur en chair et en os a ensuite parlé des débuts du graffiti, ce qui a impatienté ton amie chômeuse qui après deux heures à la Fondation Cartier maîtrisait déjà bien le sujet. Il a évoqué brièvement le paradoxe de vouloir s’approprier la ville en utilisant les mêmes méthodes que la publicité (lui-même signant les murs d’un logo avec un chien), mais a tout de suite passé la parole à Grincheux, son voisin. Grincheux est parti dans une diatribe contre la Fondation Cartier, qui a sauvagement enfermé le graffiti, qui l’a réduit à un aspect strictement esthétique en oubliant sa dimension sociologique (dimension qui, décidément, ne serait jamais développée ce soir-là).
Entre-temps, la commissaire de l’exposition à la Fondation Cartier était arrivée : elle se défendit contre ces accusations en arguant que le musée était couvert d’inscriptions en tout genre, que le caractère éphémère des œuvres avait été respecté et que les films projetés donnaient un bon aperçu de la dimension politique de ces peintures urbaines. Ton amie chômeuse opinait vigoureusement du chef pour montrer son soutien à la commissaire, et aussi pour signifier que ça faisait déjà 20 minutes que le débat avait commencé, que nous avions de l’eau jusqu’aux chevilles et que ce serait sympa de commencer la «promenade» sociologique proprement dite.
Mais le débat continuait, chacun répondant poliment mais fermement aux arguments exposés par la commissaire (qui était la seule à prendre la peine d’argumenter). Le graffeur se plaignit d’avoir été «infantilisé» par la Fondation, mais ne sut pas développer son propos plus avant. Nous assistions à un règlement de comptes.
Un couple de retraités à côté de moi commençait à trépigner sévèrement, et n’y tenant plus, le monsieur prit la parole : «Excusez-moi, mais quelle est votre idée d’une promenade si nous restons ici à palabrer pendant une heure ? ». L’ensemble de l’assistance se rallia au retraité (« C’est vrai… » « Il a raison… » « Je suis tout mouillé… »), et nous partîmes sur le champ.
La promenade sociologique consistait à s’arrêter dans des rues présentant des graffitis, et notamment rue Denoyez, où il y en a beaucoup (et où il y a aussi une chouette petite paillote où on mange bien pour pas cher). Le monsieur à la pipe disait « vous voyez là-haut ? Et bien, c’est un graffiti ». C’était très décevant.
À la fin de la « visite », le graffeur nous a distribué à tous des stickers à son nom avec écrit « in dog we trust ». J’aurais bien relancé la discussion sur les méthodes publicitaires, mais le froid a eu raison de mon goût pour l’argumentation. Je suis rentrée chez moi mouillée, et pas plus instruite. Raté.
Infos et lienzutiles :
Site de la Fondation Cartier
L’expo dure jusqu’au 29 novembre, et pour le coup, elle vaut la peine
Le lien vers les soirées nomades
Retrouvez les articles de Mon Amie Chômeuse sur son blog
Et bien, ce jour-là, il pleuvait, et il faisait froid. Bon. Le rendez-vous était à 19H sur un terrain en friche près du métro Belleville, rue Ramponeau, pour ceux qui aimeraient aller vérifier. L’endroit est sympathique et laissait augurer le meilleur : nous n’étions ni dans la rue à proprement parler, ni dans une propriété privée, mais dans une sorte d’espace intermédiaire, un no man’s land investi par les graffeurs.
Il y avait là un artiste plasticien qui fumait la pipe, un vrai graffeur en chair et en os, et un monsieur qui était (peut-être) sociologue mais qui était surtout de très mauvaise humeur. Nous étions une vingtaine, chacun sous son parapluie, attendant fébrilement que ces spécialistes nous révèlent leur savoir.
Le fumeur de pipe a pris la parole et expliqué qu’il y avait longtemps qu’il ne graffait plus, et que d’ailleurs il n’avait jamais vraiment graffé. Allons bon, me dis-je. Il était néanmoins fondateur d’une association, «le Mur », qui met à la disposition des artistes de rue le mur situé à l’angle de la rue Saint-Maur et de la rue Oberkampf, dans le 11ème arrondissement de Paris. Ton amie chômeuse connaît bien cet endroit puisqu’elle était allée y voir Sun7 y coller son œuvre, en bonne groupie qui n’a rien d’autre à foutre.
Le vrai graffeur en chair et en os a ensuite parlé des débuts du graffiti, ce qui a impatienté ton amie chômeuse qui après deux heures à la Fondation Cartier maîtrisait déjà bien le sujet. Il a évoqué brièvement le paradoxe de vouloir s’approprier la ville en utilisant les mêmes méthodes que la publicité (lui-même signant les murs d’un logo avec un chien), mais a tout de suite passé la parole à Grincheux, son voisin. Grincheux est parti dans une diatribe contre la Fondation Cartier, qui a sauvagement enfermé le graffiti, qui l’a réduit à un aspect strictement esthétique en oubliant sa dimension sociologique (dimension qui, décidément, ne serait jamais développée ce soir-là).
Entre-temps, la commissaire de l’exposition à la Fondation Cartier était arrivée : elle se défendit contre ces accusations en arguant que le musée était couvert d’inscriptions en tout genre, que le caractère éphémère des œuvres avait été respecté et que les films projetés donnaient un bon aperçu de la dimension politique de ces peintures urbaines. Ton amie chômeuse opinait vigoureusement du chef pour montrer son soutien à la commissaire, et aussi pour signifier que ça faisait déjà 20 minutes que le débat avait commencé, que nous avions de l’eau jusqu’aux chevilles et que ce serait sympa de commencer la «promenade» sociologique proprement dite.
Mais le débat continuait, chacun répondant poliment mais fermement aux arguments exposés par la commissaire (qui était la seule à prendre la peine d’argumenter). Le graffeur se plaignit d’avoir été «infantilisé» par la Fondation, mais ne sut pas développer son propos plus avant. Nous assistions à un règlement de comptes.
Un couple de retraités à côté de moi commençait à trépigner sévèrement, et n’y tenant plus, le monsieur prit la parole : «Excusez-moi, mais quelle est votre idée d’une promenade si nous restons ici à palabrer pendant une heure ? ». L’ensemble de l’assistance se rallia au retraité (« C’est vrai… » « Il a raison… » « Je suis tout mouillé… »), et nous partîmes sur le champ.
La promenade sociologique consistait à s’arrêter dans des rues présentant des graffitis, et notamment rue Denoyez, où il y en a beaucoup (et où il y a aussi une chouette petite paillote où on mange bien pour pas cher). Le monsieur à la pipe disait « vous voyez là-haut ? Et bien, c’est un graffiti ». C’était très décevant.
À la fin de la « visite », le graffeur nous a distribué à tous des stickers à son nom avec écrit « in dog we trust ». J’aurais bien relancé la discussion sur les méthodes publicitaires, mais le froid a eu raison de mon goût pour l’argumentation. Je suis rentrée chez moi mouillée, et pas plus instruite. Raté.
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L’expo dure jusqu’au 29 novembre, et pour le coup, elle vaut la peine
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Rédigé par Mon amie chômeuse - Blogueuse associée le Vendredi 23 Octobre 2009
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