Ca c'est Konop ! Dans son discours de Nîmes, le Président est revenu à la charge sur l'origine chrétienne du vieux continent. De l'art de provoquer de faux débats sur de vraies questions.


Photomontage de SB Le Sniper, à retrouver sur son blog photomontage.over-blog.fr
Photomontage de SB Le Sniper, à retrouver sur son blog photomontage.over-blog.fr

Je venais voir le film, hélas raté, de Stynj Coninx sur la vie tragique de Sœur Sourire, lorsque Nicolas Sarkozy fit sa déclaration fracassante sur le caractère chrétien de l’Europe. Notre président de la République possède un don exceptionnel, celui de déclencher des polémiques en assénant des banalités. Il semble difficile d’ignorer, plus encore de nier que, depuis l’époque de Rome et de Byzance, le christianisme a exercé une grande influence sur l’Europe. Les Sans-Culottes des faubourgs avaient bien tenté d’ôter leurs qualités de saints à Marcel, Antoine, Denis et Honoré. Le souvenir de leurs assemblées, où l’on exposait les idées les plus audacieuses, est associé à celui de deux ordres monastiques, les Cordeliers et les Jacobins, qui avait eu le bon goût de bâtir des salles assez vastes pour accueillir les foules révolutionnaires

L'Europe n'est pas laïque
À qui s’adressait donc Nicolas Sarkozy en enfonçant les portes ouvertes des églises romaines, grecques, bulgares, anglicanes, orthodoxes, réformées, luthériennes, calvinistes et j’en passe ? Qui peut contester que le christianisme a finalement mieux résisté en Europe que sur ses premières terres d’Asie mineure, d’Égypte et d’Afrique du Nord ? Il n’y a pas de débat, mais Nicolas Sarkozy l’a lancé. On répond, avec raison, que l’Europe ne fut pas seulement chrétienne. Il y a des juifs depuis l’époque romaine, les musulmans dominèrent la partie ottomane du continent, bien après l’époque, volontiers embellie, des califats d’Andalousie.
Il reste cependant que les idées et les mœurs des Européens ont été imprégnés de christianisme, dans une relation complexe et conflictuelle avec les autres monothéismes.
Sarkozy suggère-t-il que les populations non chrétiennes de l’Europe d’aujourd’hui ne sont pas européennes ? Il n’est pas dans ses habitudes de se priver d’un électorat si petit soit-il. Si certains en doutent, il ne tardera pas à rassurer les juifs, les musulmans, les bouddhistes, les sikhs et les chamanistes. Il n’y a pas de débat sur ce terrain non plus.
Il y en aurait peut-être un sur la laïcité. L’Europe est laïque, réplique Laurent Joffrin ! C’est malheureusement inexact. La France est l’un des rares états membres à inscrire la laïcité dans sa Constitution. Elle n’a jamais tenté d’imposer sa conception de l’État dans les traités de l’Union Européenne. Non seulement la laïcité n’est pas identitaire de l’Europe, mais elle est minoritaire à l’intérieur de l’UE. Les Espagnols bataillent encore pour éloigner l’Église du champ politique, en Grèce l’Église orthodoxe demeure, de fait, la religion d’État. Au Nord de l’Europe, comme en Grande-Bretagne le communautarisme s’impose sur fond de pluralisme clérical. L’Europe a accepté, encouragé, une définition religieuse des frontières qui séparent la Serbie orthodoxe de la Croatie catholique. Mais qui se saisit des élections européennes pour promouvoir l’idée d’une Europe laïque ? En France, personne ! La pêche aux voix communautaires passe, comme toujours, avant les principes. Sarkozy ne risquait pas provoquer un débat. Personne ne veut parler de laïcité !

L'élargissement à la Turquie exigé par Obama
Les politiques qui répondent à la phrase de Nicolas Sarkozy, le socialiste Pierre Moscovici, par exemple, s’inquiètent surtout de la question turque. Nicolas Sarkozy défend l’Europe chrétienne pour refuser l’entrée de la Turquie musulmane. C’est sans doute le but de cet effet de manche. Ce n’est qu’une contradiction de plus, dans cette Europe chrétienne, qui s’est mobilisée en faveur des populations des Balkans converties à l’Islam à l’époque de la domination ottomane.

L’affirmation « identitaire » de Nicolas Sarkozy est peut-être une manoeuvre visant à repousser les échéances d’un élargissement, que Barack Obama exige, prouvant au passage que les Etats-Unis ne tiennent pas l’Europe pour une entité politique indépendante. Mais avec ce genre de phrase, on remue l’écume, on suscite des polémiques stupides, en esquivant la délicate question de la démocratie dans une Europe où tous les clergés exigent une part de pouvoir.



Rédigé par Guy Konopnicki le Jeudi 7 Mai 2009 | Commentaires (7)

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