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John Hughes est mort, à l'âge de 59 ans. Ce réalisateur est (mé)connu pour avoir fait des films pour ados. Pas classes peut-être, un peu potaches. Mais des vrais bons films. Qui mériteraient d'être reconsidérés.
Publiera t-on de longs paragraphes sur John Hughes dans les anthologies du cinéma ? Probablement pas.
Films pas assez classes avec trop de salles de classe et registre trop potache. Le cinéma pour ado est catalogué par les gens du métier au rayon débile et fric facile. Mais c'est parfois plus que ça.
Soyons honnête, à la première moitié des années 80, j'étais pile dans la cible. Mais, au-delà de la nostalgie, Hughes faisait des bons films. Il maîtrisait son sujet (les adolescents) et respectait son audience (encore eux), ce qui est rarement le cas de ce genre de productions. Demandez à Besson.
Souvent (mal) copié, John Hughes a capté une génération et un moment de l'Amérique mais il a trop peu tourné et il fut peu à peu oublié. Sans compter que, justement, c’était il y a une génération. Mise en scène inventive, humour parfois absurde, ses premiers films abordaient sans lourdeur les intemporels atermoiements sexuelo-existentiels de l'ado embastillé au bahut.
Certains lui reprochèrent de raconter des bluettes d’étudiants propres sur eux suintant la classe moyenne triomphante des banlieues WASP à la sauce MTV. Oui, mais il l'a bien fait.
4 films en 4 ans allant crescendo où le cinéaste se coltinait des problématiques pas faciles (faisant l'objet d'une conséquente, embarrassée et souvent stérile littérature) en faisant rire, sans tomber dans la facilité, tirant son spectateur-sujet vers le haut et passant avec succès le test du temps. Ce qui n'est pas le cas pour tout le monde. Demandez à Besson.
La « teen quadrilogie » de Hughes :
- Sixteen Candles, seize bougies pour Sam (1982) : Marivaudage sur le benchmark collégien de la première fois.
- The Breakfast Club (1984), son film emblématique et paradoxalement le plus épuré, huis clos entre cinq collégiens consignés que tout oppose et qui vont dépasser leurs préjugés. En filigrane, Hughes dessine en temps réel un tableau plutôt sombre de l’American-way-of-life des eighties à un moment où personne ne le fait.
- Weird Science, une créature de rêve (1985) est sa comédie la plus débridée, délire nocturne sur la misère sexuelle de deux geeks. A l’aide du vaudou et d’un Commodore 64, ils créent une poupée humaine aux proportions parfaites mais sont débordés par leur création : Elle a un cerveau. A ne pas rater, juste pour la transformation de Bill Paxton en tas de shit géant. On reconnaît un grand réalisateur au soin apporté aux seconds rôles. Chez Hughes, ils sont toujours chiadés.
- Ferrys Bueller's day off, la folle journée de Ferris Bueller (1986). Baroud d'honneur de la débauche adolescente qui sent déjà la nostalgie, quelque part entre Le Lauréat et un clip des Chemical Brothers.
Passée la conclusion plus policée de son cycle ado, She’s having a baby, la vie en plus (1989), Hughes sent qu'il a fait le tour du sujet, que les films pour jeunes se radicalisent infiltrés par le gros gangsta-rap qui tache et les marchands de jouets, que l’époque n’est plus à la nuance ni à l’amour du cinéma. Demandez à Besson.
Après deux comédies avec John Candy, Hughes se tourne au début des années 90 vers la production avec plus (Maman j'ai raté l'avion) ou moins (Les visiteurs en Amérique) de bonheur.
« Life Moves pretty fast. If you don't stop and look around once in a while, you could miss it », répétait Matthew Broderick dans la peau de Ferris Bueller. Faire des films avec des gens qui ne pensent que rendement, c'est fatiguant. John Hughes a vécu sur ses licences et resta loin d’Hollywood, dans son Illinois natal, théâtre de chacune de ses histoires.
On retrouve son influence dans les films animés de Pixar ou les comédies d’Apatow type 40 ans toujours puceau. On la détecte aussi dans la nouvelle génération de cinéastes français (1) élevés avec ses films, abordant les mêmes sujets pour un public renouvelé : 15 ans et demi de Sorriaux et Desagnat ou Les beaux gosses de Ryad Sattouf.
John Hughes est mort la semaine dernière à 59 ans... en faisant son jogging.
Soupirs et vague à l'âme. Pourtant il m'avait habitué à rire.
> Sélection d'extraits et de répliques par le New York Times
> le blog d'une fan et de sa relation épistolaire avec le réalisateur
> le blog de 4 réalisateurs qui réalisaient un documentaire sur John Hughes
> Sur Dailymotion, un des nombreux montages de fan
(1) A titre personnel, mon premier court-métrage (1991) lui doit beaucoup. Un jour de biture, nous diffuserons cette perle.
Films pas assez classes avec trop de salles de classe et registre trop potache. Le cinéma pour ado est catalogué par les gens du métier au rayon débile et fric facile. Mais c'est parfois plus que ça.
Soyons honnête, à la première moitié des années 80, j'étais pile dans la cible. Mais, au-delà de la nostalgie, Hughes faisait des bons films. Il maîtrisait son sujet (les adolescents) et respectait son audience (encore eux), ce qui est rarement le cas de ce genre de productions. Demandez à Besson.
Souvent (mal) copié, John Hughes a capté une génération et un moment de l'Amérique mais il a trop peu tourné et il fut peu à peu oublié. Sans compter que, justement, c’était il y a une génération. Mise en scène inventive, humour parfois absurde, ses premiers films abordaient sans lourdeur les intemporels atermoiements sexuelo-existentiels de l'ado embastillé au bahut.
Certains lui reprochèrent de raconter des bluettes d’étudiants propres sur eux suintant la classe moyenne triomphante des banlieues WASP à la sauce MTV. Oui, mais il l'a bien fait.
4 films en 4 ans allant crescendo où le cinéaste se coltinait des problématiques pas faciles (faisant l'objet d'une conséquente, embarrassée et souvent stérile littérature) en faisant rire, sans tomber dans la facilité, tirant son spectateur-sujet vers le haut et passant avec succès le test du temps. Ce qui n'est pas le cas pour tout le monde. Demandez à Besson.
La « teen quadrilogie » de Hughes :
- Sixteen Candles, seize bougies pour Sam (1982) : Marivaudage sur le benchmark collégien de la première fois.
- The Breakfast Club (1984), son film emblématique et paradoxalement le plus épuré, huis clos entre cinq collégiens consignés que tout oppose et qui vont dépasser leurs préjugés. En filigrane, Hughes dessine en temps réel un tableau plutôt sombre de l’American-way-of-life des eighties à un moment où personne ne le fait.
- Weird Science, une créature de rêve (1985) est sa comédie la plus débridée, délire nocturne sur la misère sexuelle de deux geeks. A l’aide du vaudou et d’un Commodore 64, ils créent une poupée humaine aux proportions parfaites mais sont débordés par leur création : Elle a un cerveau. A ne pas rater, juste pour la transformation de Bill Paxton en tas de shit géant. On reconnaît un grand réalisateur au soin apporté aux seconds rôles. Chez Hughes, ils sont toujours chiadés.
- Ferrys Bueller's day off, la folle journée de Ferris Bueller (1986). Baroud d'honneur de la débauche adolescente qui sent déjà la nostalgie, quelque part entre Le Lauréat et un clip des Chemical Brothers.
Passée la conclusion plus policée de son cycle ado, She’s having a baby, la vie en plus (1989), Hughes sent qu'il a fait le tour du sujet, que les films pour jeunes se radicalisent infiltrés par le gros gangsta-rap qui tache et les marchands de jouets, que l’époque n’est plus à la nuance ni à l’amour du cinéma. Demandez à Besson.
Après deux comédies avec John Candy, Hughes se tourne au début des années 90 vers la production avec plus (Maman j'ai raté l'avion) ou moins (Les visiteurs en Amérique) de bonheur.
« Life Moves pretty fast. If you don't stop and look around once in a while, you could miss it », répétait Matthew Broderick dans la peau de Ferris Bueller. Faire des films avec des gens qui ne pensent que rendement, c'est fatiguant. John Hughes a vécu sur ses licences et resta loin d’Hollywood, dans son Illinois natal, théâtre de chacune de ses histoires.
On retrouve son influence dans les films animés de Pixar ou les comédies d’Apatow type 40 ans toujours puceau. On la détecte aussi dans la nouvelle génération de cinéastes français (1) élevés avec ses films, abordant les mêmes sujets pour un public renouvelé : 15 ans et demi de Sorriaux et Desagnat ou Les beaux gosses de Ryad Sattouf.
John Hughes est mort la semaine dernière à 59 ans... en faisant son jogging.
Soupirs et vague à l'âme. Pourtant il m'avait habitué à rire.
> Sélection d'extraits et de répliques par le New York Times
> le blog d'une fan et de sa relation épistolaire avec le réalisateur
> le blog de 4 réalisateurs qui réalisaient un documentaire sur John Hughes
> Sur Dailymotion, un des nombreux montages de fan
(1) A titre personnel, mon premier court-métrage (1991) lui doit beaucoup. Un jour de biture, nous diffuserons cette perle.
Rédigé par Seb Musset - Blogueur associé le Vendredi 14 Août 2009
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