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Pour Marianne2, mon amie chômeuse a décidé d'aller plus loin dans l'oeuvre d'Irène Nemirovski, qui reçut, plus de soixante ans après sa mort, le prix Renaudot pour son roman "Suite française".
Dans les années 1900, la beauté et la richesse de Gladys Eysenach l’ont fait connaître du tout Paris. Pourtant, ce n’est pas pour ses frasques amoureuses que les regards convergent vers elle en ce jour d’été 1934. Elle comparait devant un tribunal pour répondre du meurtre d’un jeune homme de 20 ans.
Il y a bien longtemps que ton amie chômeuse n’a pas évoqué ses lectures (à part un petit détour par Shopenhauer), mais voilà une découverte qui ne peut être passée sous silence. C’est à titre posthume que le prix Renaudot a été décerné à Irène Nemirovski pour sa Suite Française, et il semble bien que ce soit l’ensemble de son œuvre qui mérite d’être rendu à la lumière.
C’est l’histoire d’une femme qui prend conscience de son pouvoir de séduction et de l’incroyable emprise qu’il lui donne sur le monde. Mais la révélation s’accompagne instantanément d’une peur terrible et irrépressible que la vieillesse ne vienne mettre un terme à cette magie.
De touchantes au début du roman, les longues pages de description de la coquetterie de Gladys prennent des accents insupportables après la mort de sa fille Marie-Thérèse. Gladys s’est en effet opposée à ce que sa fille donne naissance à un enfant, ce qui aurait fait d’elle une grand-mère, une vieille femme pour qui plus personne n’éprouverait de désir. C’est donc seule et sans le moindre soin que Marie-Thérèse accouche, et qu’elle y laisse la vie.
On pense au Portrait de Dorian Gray : la chute morale de Gladys est aussi spectaculaire que subtilement amenée, sans jamais que l’auteur ne juge son héroïne. Cette Jezabel revisitée a beau être glaçante et monstrueuse, ce qu’elle nous dit des rapports entre mères et filles, entre hommes et femmes ou simplement sur le temps qui passe résonne longtemps, comme s’il s’agissait de remarques qu’on aurait pu se faire soi-même (si on avait su s’exprimer avec le même talent qu’Irène, bien entendu).
« Jamais elle ne devait oublier cette brève saison. Jamais elle ne devait retrouver exactement cette qualité de jouissance. Il reste toujours au fond du cœur le regret d’une heure, d’un été, d’un court moment, où l’on atteint sans doute son point de floraison. » (p.64).


