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Par Seb Musset. Un film un peu politique, un peu polémique, qui raconte l'histoire d'une radio pirate émettant depuis la mer du Nord et qui n'est pas sans écho avec l'actualité et les principe défendus aujourd'hui.
Parce qu'il n y a pas que la haine et la politique dans la vie...
Comme 3 ans avant pour La vie des autres et son stupéfiant indice de satisfaction de 99,8%, je me laisse guider par la curiosité et profitant d'une invitation (parce que payer sa place 10 euros à une caisse automatisée, faut pas pousser), je vais voir ce film qui depuis mercredi dernier, lui aussi, fait l’unanimité. Son accroche publicitaire est des plus efficaces par temps de grande dépression : ce film va vous rendre heureux.
Pour ne pas effrayer le spectateur français The boat that Rocked a été rebaptisé Good Morning England.
Richard Curtis, le scénariste de comédies rose-bonbon anglaises qui ne sont pas ma tasse de thé, s’inspire ici d’une histoire authentique dont, comme 20 millions d'anglais, il a été l'auditeur attentif au milieu des années 60. Good morning England retrace l’épopée de Radio Rock inspirée de Radio Caroline, première et plus grande radio pirate anglaise émettant d’un chalutier rouillé en mer du Nord, face au combat acharné des ministres en costumes sombres du 10 Downing street pour la faire taire.
Huis clos maritime à la mise en scène clipesque mais au scénario en béton armé avec des dialogues ciselés, ce film réussit l’exploit de nous sensibiliser au parcours d'une dizaine de personnages au travers d'un vrai brassage d'acteurs, de l'oscarisé Philip Seymour Hoffman au duo de la sitcom It Crowd (Mémorable série de Channel 4 que j'incite le lecteur à télécharger au plus vite puisqu'elle reste inédite en France alors que Le Destin de Lisa non > 1er épisode ici).
Au-delà de sa bonne humeur et de sa fuck you attitude communicatives, distillées au rythme d'une bande son de furieux, Good morning England tombe en plein débat laborieux sur Hadopi telle une pièce à conviction artistique supplémentaire de l'obsolescence de ce combat législatif d'arrière-garde.
1966. Qu'est-ce qui rendait alors Radio Caroline si populaire au point d'être écoutée quotidiennement par un anglais sur deux ? Sa musique gratuite 24 heures sur 24. Nous sommes alors en pleine explosion planétaire de la pop et du rock. Ces genres restent peu représentés par la radio officielle anglaise refusant de s'adapter à l'air du temps.
Le gouvernement ne comprenant pas cette évolution des comportements liée à la miniaturisation des postes, ne ménagera alors pas ses efforts pour rendre illégale une radio qui au départ ne l’était pas. Dans ce jeu du chat et de la souris, le gouvernement échouera constamment, l’insaisissable équipe de pirates étant plus ingénieuse et plus rapide que la prétentieuse machine législative. Le gouvernement fera de la destruction aveugle de la radio pirate une question de principe. Ça ne vous rappelle rien ?
Une loi visant la défense des marins-pécheurs menacés par les ondes de la station finira par être promulguée. Sans révéler la fin du film et sa dernière demi-heure agitée, Radio Rock sera littéralement sauvée par sa base : Les auditeurs. L'aventure amorcera la libéralisation des ondes anglaises, le nombre de radios musicales y passera de 1 à 300 en 15 ans. La lame de fond influencera jusqu'au paysage radio français à partir du début des années 80 sans que cela ne nuise en rien à l'industrie du disque, bien au contraire.
A ce sujet, j'ai quelques souvenirs. Dans ces années-là lorsque le gouvernement français se piqua, lui aussi, de faire interdire les radios pirates au nom de la sécurité militaire des ondes, en plus d'énormes manifestations de soutien, il y eut un mouvement massif des artistes français les plus populaires défendant alors les pirates.
Times they have changed. Nous étions alors à l'orée des années fric. Au terme de celles-ci, la boucle est bouclée, le système a digéré l'alternative, les quelques petites radios qui ont survécu sont des satellites ou à la tête de grands groupes. La concurrence a été rachetée. La majorité des radios ne passent que les mêmes titres formatés générant un maximum de droits d'auteurs pour une poignée de privilégiés, ceux qui vendent déjà beaucoup.
Derrière l'abondance, retour à la station zéro. La liberté et la découverte musicale sont sur internet et c'est désormais cet incontrôlable média off-shore que le pouvoir des croulants veut faire couler.
2009. Good morning England n'est pas un grand film mais un bon film qui ne prend pas son spectateur pour un crétin, c'est déjà énorme. Ode à la désobéissance, à la déconne et à la musique, mieux vaut mourir libre que de vivre soumis et passons plutôt la nuit à danser en faisant un gros doigt aux autorités : Voilà résumés les messages d’un film qui répond par la joie et l'insolence aux impasses sociétales du moment.
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En espérant que cela donne des idées. A voir en version originale exclusivement. Pour ceux évidemment qui ont les moyens de mettre 10 euros dans une place de ciné, les autres le pirateront...



