Ton amie chômeuse n'est pas restée indifférente au nouveau film de Gaspard Noé. Comme pour Irréversible, difficile de ne pas se sentir mal à l'aise. En même temps, le cinéma n'a pas pour unique but de procurer du plaisir.


Ton amie chômeuse fait partie des gens qui ont râlé très fort contre Gaspar Noé après avoir vu Irréversible. Pas vraiment à cause du caractère insoutenable de la scène de viol, puisque je ne suis pas allée jusque-là, mais plutôt parce qu’il m’a rendue malade, le chien.

Ton amie chômeuse est complètement détraquée de l’oreille interne, et une caméra qui bouge sans arrêt me fait le même effet que quand je suis sur un bateau par une mer agitée, c’est à dire que je vomis. Ça me l’a fait aussi pendant Dancer in the dark. Quand en plus le vilain ne stabilise sa caméra que pour me montrer une tête en train de se faire démonter par un extincteur, je dis oui mais là je dis non, et je sors vomir à l’air libre, comme une lady.

Bien sûr, je n’ai pas voulu persévérer en me précipitant sur Seul contre tous ; on peut donc estimer que ton amie chômeuse était vierge de Gaspar Noé en entrant dans la salle hier soir. Dès le générique, on comprend qu’on n’est pas là pour déconner, mais pour vivre une expérience de cinéma hors norme, accroche-toi mon coco. Le générique défile à toute allure, façon kaléidoscope, ton amie chômeuse a avalé tout de suite un cacheton anti-migraine pour prévenir le mal.

Enter the Void, c’est un peu le film dont vous êtes le héros (à supposer que vous êtes un peu toxico sur les bords) : la caméra est subjective, au sens propre, au point que l’écran se fait noir lorsque le personnage cligne des yeux ; on est dans sa peau, littéralement. On partage son trip sous DMT, sa promenade hallucinée dans Tokyo… Ton amie chômeuse s’est laissée embarquer dès la première demi-heure, aucun haut-le-cœur à déplorer, impeccable. Le problème, c’est qu’il y en avait encore beaucoup, des demi-heures.

Quand le personnage sort de son corps, il peut à loisir se balader au dessus de la ville, entrer dans la matière, voyager dans son passé. Les vues de Tokyo sont hallucinantes, et Noé réussit à nous donner l’impression que l’on est en plein rêve, ou plutôt en plein cauchemar.

C’est une expérience, c’est certain, ça n’a jamais été fait me semble-t-il, et c’est de toute évidence l’œuvre d’un travail colossal sur chaque plan. Mais c’est si long et si répétitif que quand quelques spectateurs jettent l’éponge et sortent de la salle, on hésite un peu à les suivre. Mais non, on tient le coup, quitte à regarder ailleurs pendant quelques minutes pour reposer ses yeux.

Dans Enter the Void, les hommes ne côtoient qu’eux-mêmes, dans un univers urbain qui étouffe sous les néons et le vice. Pas de verdure, pas d’autres créatures que ces bipèdes qui baisent sans arrêt, aucune communion avec des éléments qui ne seraient pas issus directement de la main de l’homme. Le personnage est coincé dans sa condition, et la vie humaine vue sous cet angle n’est rien d’autre qu’un infini bad trip.

Le film aurait peut-être gagné à être un petit peu plus modeste, tant dans sa longueur que dans la métaphysique du propos… On en sort ennuyé, la tête en bouillie, vidé comme après une descente de drogue… Mais après tout, pourquoi pas ? Qui a dit que le cinéma devait être une sinécure ?



Rédigé par Mon amie chômeuse - Blogueuse associé le Mercredi 19 Mai 2010 | Commentaires (2)

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