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Chassée de la politique et de la vie, l’utopie peut encore trouver refuge dans la littérature. Elle en devient du coup rigolarde et effrontée. Sans doute déphasé comme nous le sommes un peu tous dans cette époque glaçante, l’ami Duteurtre s’est concocté une idéologie toute personnelle, un mixte curieux – mais justement drôle pour cela - aboutissant à réconcilier le Général de Gaulle avec mai 68. Le but est-il de panser notre vague à l’âme civilisationnel ? Si c’est le cas, l’essai est parfaitement réussi.
L’histoire s’entame sur un comptoir de bistrot parisien dans lequel le héros du roman se voit servir un œuf-mayonnaise « post-démocratique ». Subissant le joug d’une directive bruxelloise, le bistrotier a osé garnir l’œuf d’un infâme jus industriel issu d’un tube que l’on confondrait avec une crème de bronzage. Ladite crème de mayonnaise provoque une révolte compréhensible du héros et l’on devine que l’anecdote, sans doute vécue, va nous permettre de décoller de notre triste réalité.
Le héros tente donc de sonner le tocsin démocratique comme la mayonnaise d’appellation non contrôlée, un doux nectare fait artefact. Pétition dans le journal du soir, indignation en spirale…. Et puis ce qui ne pouvait pas arriver survient : nos écrans plats fabriqués à Shenzen se brouillent de stries noir et blanc tandis que retentissent les notes de Radio Londres. Un improbable De Gaulle, âgé de 120 ans, apparaît à l’écran. Désespéré par ses successeurs et l’abandon de la France qu’ils pratiquent depuis son départ de l’Elysée, le Général décide de revenir à l’action publique. Ses apparitions hebdomadaires suscitent un vaste mouvement populaire qui finit par provoquer une élection présidentielle qu'il remporte malgré la franche opposition de Bruxelles.
Bien sûr, comme il est plus vieux et a longuement médité sur ses échecs, De Gaulle le revenant ne saurait déplaire à l’auteur du livre. Traumatisé par Mai 68, il prône donc la légalisation du cannabis et les homosexuels, les gaullistes gays, sont son meilleur soutien. Duteurtre nous fait rêver d’une France provisoirement réconciliée autour de la renaissance de son agriculture, de son industrie et de ses services publics. Les gares d’antan sont rénovées et l’on y attend des trains à visage humain où l’on peut humer par les fenêtres l’air de la campagne. Les théâtres rejouent Rostand et Guitry, tandis que les twist gaullist’s survolent les hit parade. Croisant l’un de ses musiciens à une fête donnée à l’occasion de sa triomphale réélection, le Général lui glisse à l’oreille :
- Il paraît que vous aimez la ganja ?
- Je… je dois le reconnaître, Monsieur le Général.
- Si vous voulez vous rouler un petit pétard, filez donc aux toilettes ; J’ai réussi pour le tabac, mais on ne saurait aller trop vite en besogne. »
Au début, on se contente de sourire. Le livre nous entraîne ensuite dans la franche rigolade. Mais pas que. Au risque de quelques virgules un peu « bisounours », Duteurtre ressuscite pour nous le plaisir de l’utopie jouisseuse. Son récit souligne, en creux, la tristesse et l’aporie de la politique contemporaine, ainsi que l’inhumanité d’un système mercantiliste que, finalement, chacun à son poste, nous avalisons tous plus ou moins en y participant.
A offrir d’urgence aux vrais ami(e)s…
Le retour du Général, Benoït Duteurtre, 220 pages, Fayard.
L’histoire s’entame sur un comptoir de bistrot parisien dans lequel le héros du roman se voit servir un œuf-mayonnaise « post-démocratique ». Subissant le joug d’une directive bruxelloise, le bistrotier a osé garnir l’œuf d’un infâme jus industriel issu d’un tube que l’on confondrait avec une crème de bronzage. Ladite crème de mayonnaise provoque une révolte compréhensible du héros et l’on devine que l’anecdote, sans doute vécue, va nous permettre de décoller de notre triste réalité.
Le héros tente donc de sonner le tocsin démocratique comme la mayonnaise d’appellation non contrôlée, un doux nectare fait artefact. Pétition dans le journal du soir, indignation en spirale…. Et puis ce qui ne pouvait pas arriver survient : nos écrans plats fabriqués à Shenzen se brouillent de stries noir et blanc tandis que retentissent les notes de Radio Londres. Un improbable De Gaulle, âgé de 120 ans, apparaît à l’écran. Désespéré par ses successeurs et l’abandon de la France qu’ils pratiquent depuis son départ de l’Elysée, le Général décide de revenir à l’action publique. Ses apparitions hebdomadaires suscitent un vaste mouvement populaire qui finit par provoquer une élection présidentielle qu'il remporte malgré la franche opposition de Bruxelles.
Bien sûr, comme il est plus vieux et a longuement médité sur ses échecs, De Gaulle le revenant ne saurait déplaire à l’auteur du livre. Traumatisé par Mai 68, il prône donc la légalisation du cannabis et les homosexuels, les gaullistes gays, sont son meilleur soutien. Duteurtre nous fait rêver d’une France provisoirement réconciliée autour de la renaissance de son agriculture, de son industrie et de ses services publics. Les gares d’antan sont rénovées et l’on y attend des trains à visage humain où l’on peut humer par les fenêtres l’air de la campagne. Les théâtres rejouent Rostand et Guitry, tandis que les twist gaullist’s survolent les hit parade. Croisant l’un de ses musiciens à une fête donnée à l’occasion de sa triomphale réélection, le Général lui glisse à l’oreille :
- Il paraît que vous aimez la ganja ?
- Je… je dois le reconnaître, Monsieur le Général.
- Si vous voulez vous rouler un petit pétard, filez donc aux toilettes ; J’ai réussi pour le tabac, mais on ne saurait aller trop vite en besogne. »
Au début, on se contente de sourire. Le livre nous entraîne ensuite dans la franche rigolade. Mais pas que. Au risque de quelques virgules un peu « bisounours », Duteurtre ressuscite pour nous le plaisir de l’utopie jouisseuse. Son récit souligne, en creux, la tristesse et l’aporie de la politique contemporaine, ainsi que l’inhumanité d’un système mercantiliste que, finalement, chacun à son poste, nous avalisons tous plus ou moins en y participant.
A offrir d’urgence aux vrais ami(e)s…
Le retour du Général, Benoït Duteurtre, 220 pages, Fayard.
Rédigé par Philippe Cohen - Marianne le Vendredi 26 Mars 2010
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