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Mardi 14 Février 2012
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L'actualité quotidienne de Nicolas Sarkozy
Les deux rivaux de la polémique sécuritaire se sont montrés debout sur la tribune du ministère de l'intérieur, lundi 30 août après midi. L'occasion d'outrances sans limite dont ils ont désormais le secret.
En trois actes.
Déstabilisé par les critiques, les ministres choisissent la surenchère.
Après les Roms, les Roumains.
Hortefeux a récidivé. Mercredi dernier, il avait déclaré sur RTL : «Il n'y a pas de statistiques sur la délinquance par communauté, mais il y a des statistiques par nationalité et j'observe par exemple qu'à Paris la délinquance de nationalité roumaine avait augmenté l'année dernière de 138%». Lundi, pour la deuxième fois en quelques jours, le ministre de l'intérieur a dénoncé les crimes et délits d'une catégorie d'immigrés, les Roumains. « Aujourd'hui, à Paris, la réalité est que près d'un auteur de vol sur cinq est un Roumain. » Ou encore : « un vol commis par un mineur sur quatre l'est par un mineur roumain. » Brice Hortefeux balança toute une batterie de statistiques similaires : les actes de délinquance perpétrés par des Roumains à Paris ont augmenté de 259% en 18 mois; les actes violents commis par des mineurs roumains auraient augmenté de 64 % en un an; les vols avec violence de 117%; un acte de délinquance sur vingt serait commis par un Roumain (5,71 %). Les Roumains seraient responsables de 8,5% des actes de délinquance de proximité. Suprême détail, dans le cas d'escroqueries sur les distributeurs de billets, « il arrive que la police interpelle dans la même journée deux ou trois fois les mêmes individus ».
Et Eric Besson ajouta : « Notre droit ne connaît les étrangers qu'à raison de leur nationalité. Les Roms ne sont pas considérés en tant que tels, mais comme des ressortissants du pays dont ils ont la nationalité .»
Brice Hortefeux a brisé un tabou. L'utilisation de statistiques inédites, sur une nationalité particulière - les Roumains. On attend la suite.
On ne sait pas d'où il sort ses chiffres. L'Observatoire National de la Délinquance, seule source officielle à date, n'a jamais publié de statistiques par nationalité. Y-aurait-il des statistiques cachées ? Hortefeux invente ainsi la délinquance roumaine, et ses chiffres sont étonnants. Le glissement vaut le détour : des Roms, on est passé aux Roumains. 95% des gens du voyage présents en France sont paraît-il Français, autre statistique non prouvé. Besson et Hortefeux se raccrochent à leurs branches polémistes. Jamais, depuis le début de l'été et l'assaut médiatique contre les Roms, le gouvernement n'a-t-il avancé une quelconque mesure de la délinquance spécifique des Roms ou des Roumains (comme si l'amalgame allait de soi).
Des lois d'exception pour expulser facilement
Jusqu'à maintenant, Eric Besson appliquait une feuille de route qu'il défendait comme républicaine : un immigré entré illégalement sur le territoire français devait être renvoyé dans son pays d'origine. La polémique sur les Roms a ouvert un nouveau front. Citoyens européens, et de surcroît nomades, les Roms n'entraient que difficilement dans les catégories habituelles. Il fallait donc inventer un cadre quasiment sur-mesure, quitte à plonger en peu plus. Besson et Hortefeux ont travaillé tout l'été, écouté les critiques, peaufiné leurs argumentaires. Lundi, le dossier était prêt.
Eric Besson a ainsi annoncé trois propositions de loi :
1. Un projet d'amendement à la loi sur la sécurité intérieure, dite Lopssi, pour étendre les possibilités d'expulsion en cas de « menace à l'ordre public à l'occasion d'actes répétés de vols ou de mendicité agressive ». Besson fait du Hortefeux : le ministre de l'intérieur prévoit d'inventer un nouveau délit, le fameux mélange d'abus de faiblesse, de polygamie de fait et d'escroquerie, défini sur-mesure pour traiter le cas Lies Habedj.
2. La seconde proposition sera un amendement au projet de loi sur l'immigration déposé au Parlement le 27 septembre prochain : Eric Besson expliquait lundi qu'il permettra de « sanctionner ceux qui abusent du droit au court séjour (i.e. trois mois maximum) afin de contourner les règles plus strictes du long séjour. » C'est effectivement une véritable mesure anti-Roms. Le ministre entend ainsi répondre aux critiques énoncées cet été contre l'absurdité des expulsions de citoyens européens tels les Roms qui, aussitôt expulsés, peuvent revenir en France. « Les ressortissants européens ne jouissent pas d'une liberté de séjour sans limite au sein de l'Union européenne » a-t-il expliqué.
3. La troisième idée du ministre de l'immigration, un autre amendement au projet de loi, permettra « la reconduite dans leurs pays d'origine des personnes qui représentent une charge déraisonnable pour notre système d'assistance sociale. » La charge est lancée : les Roms seraient-ils donc responsables des déséquilibres de financement de notre Sécurité sociale ?
Déstabilisés par les critiques
Lundi, les deux compères et rivaux tentèrent de répondre aux critiques : contre le parti socialiste, Hortefeux dénonça l'hypocrisie de Martine Aubry, au prix d'un joli mensonge rapidement démenti par la Maire de Lille : il s'est ainsi étonné « de l'hypocrisie de certains responsables publics qui s'émeuvent au mois d'août de ce qu'ils ont eux-mêmes demandé en juillet », rappelant, photos exhibées à l'appui devant les journalistes, que la communauté urbaine de Lille avait demandé « d'évacuer un campement de Roms à Villeneuve-d'Ascq ». Deux évacuations ont effectivement eu lieu en août (les 19 et 26), mais sur la base de demandes antérieures aux polémiques de juillet sur les campements sauvages et sans demander d'expulsion du territoire.
Dans son intervention, Eric Besson compléta : « ceux qui accusent la France, sans aucun fondement, de violer ses obligations internationales et européennes, ainsi que ses règles et traditions républicaines, conduisent un combat partisan et ne font en réalité que salir l’image de notre pays. »
Sans gêne, le ministre de l'intérieur prit également soin de préciser : « Il ne s'agit en aucun cas de stigmatiser telle ou telle population, mais il ne s'agit pas non plus de fermer les yeux sur une réalité. »Toujours sans gêne, Hortefeux, qui recevra mardi le cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence épiscopale, a cru bon de souligner que le gouvernement et l'Eglise étaient sur la même longueur d'ondes (sic !) : « Les déclarations qui ont été faites par la plupart des responsables de la hiérarchie catholique disent, à juste titre, la même chose (...). Ils parlent de notre devoir d'accueil et du respect des autres ».
Que fait le serein François Fillon ?
Mardi matin, Brice Hortefeux pouvait avoir un motif de satisfaction : le nouveau préfet de l'Isère a annoncé l'arrestation du second braqueur « présumé » du casino d'Uriage. La mort d'un premier braqueur, en juillet dernier, avait déclenché des violences dans la banlieue de Grenoble, puis la surenchère insécuritaire de Nicolas Sarkozy lors de son fameux discours sur place le 30 juillet.
Maigre satisfaction.
Il y pense forcément. Depuis ce funeste mois de juin où les scandales et révélations se succédèrent comme des bourgeons printaniers, Nicolas Sarkozy a tout tenté, tout essayé. Il est certes parvenu à un accord avec Chirac. Mais en cette rentrée de septembre, le gros dossier, l'épine majeure reste Eric Woerth, ancien trésorier, toujours fidèle mais certainement affaibli. Plus grave, son équipe est désormais scrutée avec une attention inhabituelle. Seul François Fillon est apparu calme et serein, pour sa première interview de rentrée, lundi matin sur France Inter.
Fillon, presque neutre.
Le porte-parole du Parti socialiste Benoît Hamon s'est énervé pour rien lundi matin, après l'intervention de Fillon sur France inter. Il a dressé un parallèle entre le premier ministre et Marine Le Pen à cause de deux phrases prononcées par Fillon sur les ondes de la station publique. Pourtant, Fillon est apparu bien calme, mesuré, presque distant, après l'été « gesticulatoire » et agité que Sarkozy et ses proches nous ont livré depuis juillet.
Le premier ministre voulait visiblement paraître calme et confiant, alors que ses ministres, a contrario, s'affolent. Eric Woerth dénonçait la « lapidation médiatique » dont il ferait l'objet; Bernard Kouchner confiait sur RTL qu'il a pensé à démissionner cet été ; Brice Hortefeux et Eric Besson ont lancé une nouvelle charge contre les Roms et leur « mendicité aggressive » ; et Hervé Morin, ministre de la Défense, a livré la plus forte critique du moment émanant d'un membre du gouvernement contre le virage sécuritaire pris depuis le discours de Grenoble. Fillon s'est clairement démarqué de cette agitation, y compris et surtout de celle de Nicolas Sarkozy, en évitant les formules choc, et en prenant le soin de répondre longuement, .... quitte à abuser de langue de bois.
Sur la baisse des moyens dédiés à la police et à la gendarmerie, Fillon a récusé la critique, sans fournir de chiffres alternatifs à ceux qui lui étaient opposés. Il s'est abrité derrière la réorganisation des forces de l'ordre. A-t-il été choqué par le discours de Grenoble ? Il botte en touche : « chacun a sa sensibilité » mais, « ces décisions, je les mets en oeuvre sans aucun état d'âme. » Ou encore : « Nous n'accusons pas la gauche d'être responsable de l'insécurité ». Estrosi s'est fait taclé au passage. « Je n'ai pas approuvé cette déclaration » a-t-il déclaré à propos de la proposition estivale de son ministre de l'industrie Estrosi de sanctionner les maires défaillant en matière de sécurité.
La réforme des retraites française serait l'une des plus « raisonnables » des pays européens. Fillon faisait allusion au projet espagnol qui prévoit un recul à 67 ans de l'âge de départ à la retraite. Il oublie qu'en France, la durée de cotisation sera l'une des plus longues d'Europe (42 ans à terme).
Sur l'affaire Woerth, le supplice « continue », et Fillon le « regrette », convaincu que le dossier à charge contre Woerth est vide. Et s'il faut passer par une saisine de la Cour de Justice de la République, comme l'a demandé ce weekend Corine Lepage, Fillon reste serein : « J'aurai préféré que cette procédure n'ait pas lieu. Eric Woerth est innocent. »
A propos de l'arrangement intervenu entre Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Bertrand Delanoë, Fillon reconnaît, à demi-mot, que c'est un aveu de culpabilité.
Répondant à certaines inquiétudes, Fillon a aussi expliqué que le crédit impôt recherche ni la défiscalisation partielle de l'ISF en faveur des PME ne seraient pas affecté par la chasse aux niches fiscales. Quand au recul récent de Sarkozy à propos de l'APL, Fillon s'en excuse presque : sa proposition de suppression du cumul des aides au logement étudiant avec la demi-part supplémentaire par enfant étudiant était trop rude pour les foyers modestes.
Neutraliser Woerth ?
Dans les colonnes du Parisien, Eric Woerth se voulait plus combattif. Il est en « forme olympique », malgré une « lapidation médiatique » dont il ferait l'objet. Le ministre a le sens des comparaisons. Dégagé de la trésorerie de l'UMP, qui lui a trouvé un successeur « à l'unanimité » ce lundi, Eric Woerth lutte surtout pour sa survie gouvernementale.
Econduit de la réunion du Brégançon, le 20 août dernier, Eric Woerth a eu droit à une petite séance de rattrapage personnalisée, et imprévue à l'agenda officiel du président français, jeudi 26 août, à l'abri des caméras, dans le bureau de Nicolas Sarkozy. Le communiqué de presse qui s'en suivit fut laconique, Sarkozy se contentant de rappeler qu'il demandait à son ministre du travail de tenir « compte de la situation de ceux qui ont eu une vie professionnelle plus dure que les autres. »
Ce weekend, le JDD révélait que le procureur général de la République envisageait de saisir la Cour de Justice de la République à propos des infractions présumées de prise illégale d'intérêt et de favoritisme du ministre du Travail. La nouvelle fait tâche, même si cette Cour, composée de parlementaires, est habituellement très clémente avec les siens comme on a pu le voir dans le jugement récent de Charles Pasqua. Corine Lepage, députée européenne ex-Modem, serait à l'origine de ce coup judiciaire : « J'estime, au regard de la Constitution, que le procureur Nadal a le droit d'actionner la Cour de justice. Je lui ai demandé de le faire, quitte d'ailleurs à ce qu'à l'arrivée, elle lave M. Woerth de tout soupçon. » Elle ne visait que deux infractions en particulier, alors que l'affaire Woerth est carrément protéiforme: « son intervention éventuelle en matière fiscale pour un contribuable employeur de son épouse et aussi la vente des terrains de l'Oise. »
Le procureur général se serait fait remettre le rapport du directeur de l'Inspection Général des Finances publié le 11 juillet dernier. Ce rapport est entaché de soupçon : son auteur a travaillé seul avec trois « juniors » du service de l'IGF, et avait été nommé directement par Eric Woerth quand ce dernier était ministre du budget.
Les tourments d'Eric Woerth ne s'arrêtent pas là : des anciens délégués du personnel de l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) ont mis la main sur un rapport du ministère du travail sur le traitement d'une affaire similaire, le licenciement des délégués du personnel de la société Tyco Electronics, demandé par les dirigeants de l'entreprise. Une situation quasi-identique, notent les délégués, à celle de leur usine. Sauf que ... dans ce cas précis, le ministère du travail a suivi les recommandations de l'inspection du travail qui s'opposait à ce licenciement. « L'avis de l'inspection du travail est donc ici écouté. l'inspecteur avait mis en avant les mêmes raison économiques « non justifiée ». Le même schéma que pour Molex ! À la différence près que nous avons eu la malchance d'avoir ce Monsieur De Serigny qui a joué contre nous », souligne Denis Parise, l'un des ex-délégués, faisant référence au conseiller bénévole d'Eric Woerth qui travaillait également pour le compte de la société Athéma qui conseillait la direction de Molex.
Neutraliser Bettencourt
L'hebdomadaire Marianne, dans son édition du 28 août dernier, publie d'étonnantes révélations sur les déclarations fiscales d'André et Liliane Bettencourt. Les chiffres donnent le tournis. Le journal révèle notamment la sous-évaluation manifeste de nombre de biens immobiliers du couple Bettencourt : une villa de 25 pièces et 3,9 hectares de terrain dans les Côtes d'Armor pour 827 500 euros ; une autre à Majorque, en Espagne, 7 pièces et 275 mètres carrès, pour 255 000 euros; une maison à Saint-Maurice-d'Etelan (Seine-Maritime) de 221 mètres carrès et 7 hectares pour 250 000 euros; une autre, au même endroit, avec 590 mètres carrés et 3,3 hectares pour 240 000 euros.
Autre révélation, Liliane Bettencourt s'est faite rembourser 32,6 millions d'euros (et non 30 millions) au titre du bouclier fiscal début 2007 sur ses revenus 2006 déclarés à 77,7 millions d'euros. Or la milliardaire reçoit plus de 200 millions d'euros annuels de dividendes de l'Oréal chaque année. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les services du fisc n'ont pas réalisé de contrôle fiscal depuis 15 ans. Comment expliquer une telle clémence ?
Neutraliser Chirac
On en sait un peu plus sur l'accord tripartite conclu entre Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et Bertrand Delanoë sur l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris. Le président français s'est attaché les faveurs de son prédécesseur, histoire de neutraliser quelques dommages collatéraux. Il faut dire que Chirac a de quoi de balancer sur les coulisses de son ancien fidèle de Neuilly-sur-Seine. De l'affaire Clearstream au Karachigate, on devine que les dossiers sont fournis.
Dans son édition du 28 août, le Journal du Dimanche détaille les modalités de calcul des 2,2 millions d'euros que l'UMP et Jacques Chirac se sont donc engagés à verser à la municipalité parisienne en échange du retrait de sa plainte: les 21 emplois fictifs finalement retenus dans le procès qui doit débuter à la fin de cette année ou au début 2011, on relève quelques cas qui n'ont aucun rapport avec le RPR : trois collaborateurs de Jean de Gaulle (le petit-fils du général), des collaborateurs de l’ancien parti de droite, le CNI, des membres de « la cellule corrézienne » de Chirac, Marie-Thérèse Poujade, l’épouse du maire de Dijon, et François Debré, fils de Michel. Au final, Chirac doit payer 550 000 euros, et l'UMp le solde de 1,65 million.
A Paris, certains élus de la majorité enragent. A l'UMP, on s'agace. Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, a déclaré dimanche qu'aucune tractation n'était intervenue entre l'UMP et Bertrand Delanoë, pour avouer ensuite, que l'UMP accepterait la transaction.
Faute de mieux, il fait de la sémantique.
Neutraliser les conflits d'intérêts ?
Le mensuel économique Capital, peu suspect d'antisarkozysme primaire, détaillait le mois dernier les fonctions, salaires et carrières de quelques ministres et secrétaires d'Etat du gouvernement Sarkoy/Fillon. Certains cas sont connus, comme celui de Christine Ockrent. Professionnelle indiscutable, l'ancienne journaliste et compagne de Bernard Kouchner a rejoint, en tant que directrice générale, le pôle « Audiovisuel Extérieur de la France » (France 24, RFI et TV5Monde), chapeauté par ... Bernard Kouchner. Jusqu'en juillet dernier, Kouchner avait confié à son secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet, cette supervision. Mais ce dernier a depuis quitté le gouvernement, sans être remplacé.
D'autres le sont moins. On s'attardera à peine sur Brice Hortefeux, qui pourfendait récemment « la gauche milliardaire », est marié à Valérie Hortefeux. Cette dernière est gestionnaire de fortune (et non pas chargée de communication comme nous l'indiquions par erreur) au sein de Natixis.
Le cas de Jérôme Pécresse, mari de Valérie Pécresse, attire également assez peu l'attention. Il est directeur général adjoint d'Imérys, une société qui compte un conseiller d'Eric Woerth, Eric de Sérigny, à son conseil d'administration.
Jean-Pierre Philippe, le mari de la secrétaire d'Etat à l'économie numérique Nathalie Kosciusko-Morizet, est plus intéressant. Ayant quitté EADS en juin 2007 - pour des raisons sans rapport avec la nomination de son épouse au gouvernement - il a créé successivement trois sociétés de conseil. La première fait du conseil en gestion. Baptisée Sagitta01, elle a été créée 1er juillet 2007, et a enregistré 300 000 euros de chiffre d'affaires dès sa première année, 435 000 euros de chiffre d'affaires l'année suivante; Deux ans plus tard, Philippe créé une seconde société de conseil en gestion, En Way le 13 mai 2009. Entre-temps, il a aussi créé Seven Ways le 9 septembre 2008, pour « l'organisation d’évènements politiques ». On ne sait pas quelles manifestations politiques sa société a organisé. Pour ses 4 premiers mois, elle a affiché 60 000 euros de chiffre d'affaires, puis 265 000 euros en 2009. Elle a été dissoute le 17 août 2010. Pourquoi donc ?
Mercredi, Nicolas Sarkozy s'adressait aux ambassadeurs, lors de la 18ème Conférence du genre depuis 1993. Cet exercice de rentrée est toujours savoureux depuis que Nicolas Sarkozy est président. A chaque discours, le volontarisme affiché dans les mots est apparu de plus en plus éloigné de la réalité.
L'image était mal éclairée, le son caverneux, et le discours coupé en plusieurs segments par un monteur de l'Elysée, comme pour masquer combien il était fastidieux. Sarkozy lisait prudemment son texte, la tête baissée, s'essuyant le front à répétition, et se permettant rarement, presque jamais, d'élan spontané comme il aimait le faire auparavant.
Sarko radote depuis 2007...
Fin août 2007, Sarkozy sortait de son premier été de président, vacances luxueuses aux Etats-Unis invité par un copain fortuné, Ray-Ban sur le nez, Cécilia qui commence à bouder. Un journaliste suisse le compare déjà à un Sylvester Stallone lyophilisé. Après avoir fustigé son adversaire Ségolène Royal sur le sujet, Sarkozy explique enfin qu'il est inacceptable que l'Iran se dote de l'arme nucléaire. Mais il vient de signer un accord nucléaire avec son nouvel ami le colonel Kadhafi. Pour sa première conférence aux ambassadeurs, il critique l'intervention américaine en Irak (après avoir dit le contraire pendant la campagne), et annonce qu'il ne bloquera pas les négociations d'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Il a un mot pour l'Afrique, un mois après un fameux discours néocolonialiste à Dakar.
Fin août 2008, quelques jours avant la disparition de la banque d'affaires Lehman Brothers, Nicolas Sarkozy n'avait rien vu, rien prévu. Pourtant, depuis des semaines, les nouvelles du front américain étaient inquiétantes. Mais Sarkozy avait la tête ailleurs : il « présidait » l'Union européenne pour 6 mois, depuis le 1er juillet précédent. Il venait d'être confronté à l'invasion de la Géorgie par la Russie. Il tentait de faire croire qu'il avait sauvé le petit Etat, pourtant provocateur. Un peu avant son discours aux ambassadeurs, la Russie annonçait qu'elle reconnaissait l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, deux anciennes provinces géorgiennes. Sarkozy, désavoué par son ami Medvedev, condamne, mais n'y peut pas grand chose. A l'époque déjà, il devait se rendre à l'enterrement de soldats français tués au combat en Afghanistan. 2008-2019, rien n'a changé.
Fin août 2009, la crise est là, les ambitions sont loin. Sarkozy a endossé depuis des mois un costume de régulateur, qu'il exhibe devant ses ambassadeurs. Surtout, il donne des leçons de moralité et de responsabilité tous azimuts. A ses homologues du G20, il pose déjà des ultimatums, reprenant à son compte et sans le dire, les propositions anglaises d'étalement des bonus sur trois ans. L'Iran, déjà, est sa tête de Turc. Il joue au taurillon alors qu'une Française, Clothilde Reiss, paye déjà l'affront français, coincée à Téhéran après un procès inique.
Pour cette rentrée 2010, l'exercice n'était pas aisé. Impossible de crier encore une fois à la régulation internationale. La France est à la traîne du Royaume Uni et de l'Allemagne, plus actives en matière de taxation des traders ou des banques, voire de croissance. Un otage français a été assassiné voici 5 semaines, et la polémique sur l'échec diplomatique français ne s'est pas éteinte. Lundi dernier, Al Qaida a libéré deux otages espagnols qu'elle détenait au Maghreb depuis des mois. Dans un message diffusé le même jour, l'organisation terroriste explique qu'elle a voulu, avec cette libération, donné une leçon à la France. Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, qui remplace depuis le premier jour le ministre officiel des Affaires Etrangères Bernard Kouchner, n'a pas apprécié: « Je réaffirme que jamais, nous n'avons eu la possibilité d'entrer en contact avec Al-Qaïda pour la libération de Michel Germaneau. »
Contre les « commentateurs »
Face à ses ambassadeurs, Sarkozy a débuté avec la lutte contre le terrorisme: « Al Qaida et ceux qui s'en réclament ont accru leur emprise dans un arc qui va du Pakistan au Mali. » Sur l'Afghanistan, le président français savait déjà qu'il aurait à se rendre, deux jours plus tard, à l'enterrement de deux soldats français, tués en début de semaine. Il maintient la position française, avec des accents bushistes, et, surtout, ses premiers tacles contre journalistes et analyses : « la mode du moment, et dieu sait qu'il y a des modes, la mode du moment chez les commentateurs est au catastrophisme. Chaque jour on nous annonce le retour des talibans, comme si les jeux étaient faits, et comme si nous avions abandonné le peuple afghan. » Samedi, les Talibans, justement, ont attaqué deux bases américaines. Quelle est la mission française ? Défendre les Afghans contre les Talibans, former les forces de sécurité locales et apporter une aide à la population civile. Il ne fallait attendre aucun commentaire sur l'échec occidental, depuis 2002. Simplement, « le prix humain est lourd. » Mais, complète-t-il, « je demande à chacun d'entre vous d'imaginer ce qu'il en serait du prix humain si nous n'étions pas là. » Pour conclure, « la France restera donc engagée en Afghanistan avec ses alliés aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan. » Le peuple afghan ? Sarkozy faisait allusion au président Karzaï, élu après de gigantesques fraudes voici un an. Sarkozy embraye sur le nécessaire soutien du Pakistan, confronté à « des défis socio-économiques immenses » et à des inondations dramatiques. Pas un mot, cette fois, sur la timidité française dans l'aide internationale.
Schizophrène avec l'Iran
Sujet suivant, l'Iran. Sarkozy défend une position totalement schizophrène : contre l'armement nucléaire du pays, mais favorable à la prochaine mise en service d'une centrale avec l'aide des Russes. Sarkozy commence par évoquer la répression et, notamment, le cas de Sakineh : « Madame Mohammadi, la France considère qu'elle en a la responsabilité » s'exclame Sarkozy. Que veut-il dire ? Rien. C'était juste une déclaration en l'air. Sarko continue d'accuser l'Iran qui, dit-il, « continue d'alimenter la violence dans région. »
« Qu'on m'comprenne bien, la France est favorable au développement dans le strict respect des normes internationales de l'électricité nucléaire. » Il recommence. Pompier pyromane, il reste prêt, comme toujours, à équiper les dictatures du monde en technologie nucléaire pour peu qu'elles signent un papier reconnaissant la légitimité des contrôles d'une agence internationale... « L'Iran a le droit au nucléaire civil. » Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, Sarkozy se félicite ensuite de la prochaine mise en service de la centrale de Boucher, alimentée par du combustible russe. On croit rêver... ou cauchemarder... « C'est pourquoi la France salue le démarrage de la centrale de Boucher. (...) le problème n'est pas là, le problème est ailleurs. Il y aura bientôt un an au sommet de Pitsburgh, avec Barack Obama et Gordon Brown, nous avions révélé l'existence du site clandestin que l'Iran construisait pour ses activités proliférantes. » Notez l'exercice sémantique... Sarkozy se félicite des sanctions adoptées depuis, notamment par l'Union européenne. En juillet dernier, l'UE a effectivement décidé d'interdire tout nouvel investissement, assistance technique ou transferts de technologies, notamment pour le raffinage et la liquéfaction de gaz. En revanche, la centrale de Boucher, elle, ne pose aucun problème... Allez comprendre...
Mal à l'aise sur l'Europe...
Sur l'Europe, Sarkozy semblait mal à l'aise. Nous avons déjà évoqué son exercice d'équilibriste: il s'est félicité des ambitions franco-allemandes de gouvernance économique commune en Europe préconisées en juin dernier. Or, à l'époque, Sarkozy avait du en fait se ranger à la position allemande : des sanctions contre les Etats en situation budgétaire difficile, mais pas de renforcement du rôle de l'eurogroup.
Nicolas Sarkozy a terminé son intervention par un sujet qui lui tient à coeur, la future organisation, par la France, des rencontres du G20 en novembre prochain, puis du G8, en janvier 2011. Il espère à nouveau faire mousser son volontarisme en matière de régulation financière. Pourtant, la France reste étrangement à la traîne face au Royaume Uni et l'Allemagne.« Jusqu'à présent nous avons connu des G20 de temps de crise. Et au fond, c'était assez simple, on n'avait pas le choix, il fallait prendre des risques et agir. Et le G20 a accompli un travail considérable sur lequel je ne reviendrai pas. »
Effectivement, mieux vaut ne pas y revenir. A en croire Sarkozy l'an passé, le G20 devait supprimer les paradis fiscaux, coordonner les politiques de relance, et réformer la finance mondiale pour éviter les bulles et attaques spéculatives. Au final, rien de tout cela n'est arrivé, à l'exception de communiqués lénifiants. Les paradis fiscaux sont toujours là, ils ont simplement changé de nom. Chaque pays a suivi sa voie de relance. Et l'euro a failli disparaître au printemps dernier sous le coup des spéculations de traders contre les finances grecques.
G8: la parole contre les actes
Pour « son » G8, Sarkozy se voit déjà maître du monde. Il espère que la réforme du système monétaire international sera possible. « Naturellement, la France ne plaide pas pour revenir à un système de taux de change fixe », lâche-t-il en souriant. Naturellement... « Mais la France plaide pour qu'on mette en place des instruments qui évite l'excessive volatilité des monnaies » martèle-t-il les yeux rivés sur son texte. Pourquoi n'a-t-il pas commencé, à l'instar de l'Allemagne, à décourager les ventes à découvert ou à taxer ses banques pour assurer leur risque prudentiel ? Quelles sont les grandes idées du Monarque ? Il cite un exemple, organiser un « séminaire des meilleurs spécialistes mondiaux des affaires monétaires qui pourrait peut-être se tenir en Chine »... Ah ! Cette manie des commissions .... Plus tard,
Sarkozy découvre les marchés
Sarkozy dénonce les fluctuations des cours des denrées alimentaires ou de l'énergie... « Rappelez vous les émeutes de la faim ! Je vous rappelle que c'était en 2008. Et entre 2008 et 2010, personne n'a rien fait ! » Incroyable, n'est-ce-pas ? « Qui osera dire ... qui osera dire que ce sujet est trop difficile et qu'il vaut mieux ne rien faire ? » Qui osera croire que Sarkozy pourra changer quelque chose à l'affaire ? Qui osera croire ? « J'connais... En France, j'ai parfaitement identifié ceux qui pensent qu'il vaut mieux ne rien faire. M'enfin... on va pas faire la même chose dans le monde ! » s'exclame-t-il, avec un haussement d'épaules... « La France va proposer à ses partenaires du G20 - car, quitte à assumer la présidence autant que ça serve à quelquechose - d'ouvrir ce dossier avec pragmatisme et avec ambition. »
Et paf ! Une bonne dose de langue de bois... « Il me semble que trois sujets pourraient être étudier, d'abord je veux poser la question du fonctionnement même des marchés des dérivés des matières premières... Je sais que ce sont des mots à ne pas prononcer ... Mais pourquoi devrions nous réguler les marchés des dérivés dans le seul domaine financier ? » Sans rire ni gêne, il avance, trébuchant sur ses mots, que «la France est parvenue à convaincre le monde qu'il fallait réguler les marchés dérivées dans le domaine financier. » Il conclut: « étendre la régulation aux matières premières est possibile, est souhaitable, est indispensable. » Capable de toutes les audaces verbales, Sarkozy prétend que personne ne connaît comment fonctionne ce marché, que « personne ne connaît ses intervenants », « personne ne comprend comment il fonctionne », donc, pourquoi serait-ce difficile de le réguler ? A l'entendre, on se demande si un cours accéléré d'économie de marché ne lui serait pas nécessaire avant de débuter cette présidence française...Les marchés dérivés souffrent effectivement d'opacité, notamment sur le niveau d'engagements et de spéculation, déconnecté comme ailleurs, sur les productions de l'économie réelle, mais on a peine à comprendre comment Sarkozy pourrait prétendre résoudre l'affaire.
Sarkozy souhaiterait ainsi qu'on explore plusieurs pistes, comme la transparence des marchés; les politiques de stockage; ou la création d'outils d'assurance pour se couvrir de la volatilité...
Ah, la gouvernance mondiale...
Dernier sujet, la gouvernance mondiale. Incapable de la mettre en place au niveau européen, Sarkozy n'est pas gêné pour s'afficher volontariste au niveau mondial. Le laïus qui suivit ressembla en effet étrangement à d'autres déclarations sarkozyennes... sur l'Eurogroup. Il y a deux mois, avant de se faire tacler par Angela Merkel, Sarkozy proposait que les Etats membres de la zone euro institutionnalise leurs réunions avec la création d'un secrétariat permanent et une présidence. Le voici qui propose exactement la même chose pour le G20. La Chine et les Etats-Unis apprécieront.
On ne sait pas qui ce charabia présidentiel devait impressionner. Sans doute Nicolas Sarkozy espérait-il faire croire que son volontarisme allait déplacer des montagnes dans quelques mois.
Il est bien seul à le croire.
Mes Coulisses
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Pour en finir avec Florence D.
Elle aime bien Nicolas. Elle déploie une énergie prosarkozyste et anti-Hollande qui est presqu...14/02/2012 05:00 - sarkofrance -
Jean-Michel, tais-toi parfois.
Je te connais, tu sais être vivifiant. Mais parfois, il faut savoir bosser ses sujets, cesse...13/02/2012 05:44 - sarkofrance
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Juan Sarkofrance
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