Mardi 14 Février 2012




L'actualité quotidienne de Nicolas Sarkozy


Mardi, le président français a livré ses propres décisions de réorganisation de la filière nucléaire française. Il se basait sur un rapport demandé à François Roussely, vice-président Europe du Crédit Suisse et président d'honneur d'EDF. Un rapport aux conclusions étonnantes, qui révèle l'ampleur des non-dits des autorités françaises sur le sujet.


Nucléaire : les révélations atomiques du rapport Roussely


Sarkozy ne tranche pas
Cette mission avait été commandée après l'échec retentissant du camp français à Abu Dhabi en décembre dernier: malgré les efforts déployés par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, la France avait été recalée pour la construction de quatre réacteurs nucléaires de 1400mégawatts chacun, pour un montant total de 20,4 milliards de dollars (14,11milliards d'euros), au profit d'un consortium sud-coréen dirigé par le groupe d'électricité Kepco, associé à Hyundai, Samsung et au japonais Toshiba-Westinghouse. La mésentente entre Areva et EDF avait été pointée du doigt.

 Mardi, Sarkozy a tenu un «conseil de Politique Nucléaire», pour délivrer, ensuite, quelques annonces. un « accord de partenariat stratégique entre EDF et AREVA couvrant l'ensemble de leurs domaines d'activité d'intérêt commun» , une augmentation de capital d'Areva d'ici la fin de l'année (de 15%), et, sous réserve d'évaluation ultérieure, l'entrée au capital d'EDF dans Areva. La consanguinité de la filière nucléaire française se portera mieux. Sarkozy ne tranche pas. Il ne convainc pas. Il s'amuse juste, une fois de plus, à un exercice de jacobinisme industriel anachronique et partiel. Areva fabrique des centrales, EDF les exploite. A l'exportation, les deux peuvent avoir des intérêts contradictoires. Le fabricant français a perdu un actionnaire de référence l'an dernier, l'allemand Siemens, qui détenait 34% du capital. Et, comme le rappelait Gilles Bridier sur Slate.fr, «en dix ans, le poids de l'industrie française dans les exportations européennes a chuté de 25%.»

Sarkozy suit ainsi les recommandations du rapport Roussely, et cherche à accommoder les deux opérateurs. Sur le fonds, le nucléaire français va mal, et c'est bien ce qui ressort du rapport Roussely : l'EPR n'est pas compétitif, cette nouvelle technologie est hors de prix et surtout aucun EPR n'est toujours en fonctionnement. Vendredi EDF annonçait d'ailleurs que le chantier de Flamanville aurait 2 ans de retard supplémentaire, pour un surcoût de ... 1,4 milliards d'euros.

Les non-dits du rapport Roussely
L'Elysée n'a pas publié l'intégralité du rapport Roussely. C'est donc sur la base de sa synthèse que le compte-rendu qui va suivre a été établi. Certains non-dits sont étranges.

1. «EPR est parmi les meilleurs modèles de troisième génération et le produit cœur, voire
unique pour le moment, de notre industrie nucléaire. » En d'autres termes, la filière française n'a rien d'autre à proposer au marché mondial que cet engin coûteux et encore mal contrôlé. Ce constat sonne comme un désaveu des propos présidentiels: depuis 2007, Sarkozy défend avec force les réacteurs de troisième génération, comme en février 2009, lors d'un déplacement à Flamanville, où il annonça la construction d'un second EPR en France.

2. Roussely reconnaît les difficultés de l'EPR: pour partie, ce modèle pêche par sa conception initiale : «La complexité de l’EPR résultant des choix de conception, notamment du niveau de puissance, de l’enceinte, du récupérateur de corium (core catcher) et de la redondance des systèmes de sécurité est certainement un handicap pour sa réalisation et donc ses coûts

3. Le handicap est doublement sérieux : non seulement aucun EPR ne fonctionne correctement à ce jour, mais de surcroît, l'EPR n'est pas compétitif. L'auteur l'explique en ces termes sibyllins : «des modèles plus petits que l’EPR semblent plus conformes aux attentes de certains clients. Il convient donc de compléter l’offre française et de disposer de plusieurs familles de produits compétitifs sur le marché international. »

4. Au niveau mondial, il n'existe pas de règlementation commune en matière de sûreté : «Les règles de sûreté sont actuellement définies au niveau de chaque Etat, contrairement à d’autres secteurs d’activité pour lesquels l’exigence de sécurité est aussi très importante (aéronautique, par exemple). » (page 15). La «nouvelle» est incroyable. «Il y a le monde à conquérir en matière d'énergie» déclarait Sarkozy en février 2009. Depuis 2007, il s'est fait le chantre de l'exportation de notre technologie nucléaire un peu partout dans le monde, et, en particulier auprès de multiples régimes autoritaires. Une technologie dont le moindre accident peut dévaster des générations entières. Et voici qu'au détour d'un paragraphe d'un rapport jugé stratégique, on obtient la confirmation officielle qu'aucune norme de sûreté reconnue au niveau mondial n'existe. Et que propose Roussely ? «La seule logique raisonnable ne peut pas être une croissance continue des exigences de sûreté.» Surtout, pas trop de normes de sûreté ! Elles pourraient gêner les ventes ..

5. L'auteur du rapport livre même une recommandation que d'aucuns jugeront inquiétante : «En France, il convient que l’État définisse un modus vivendi équilibré avec l’Autorité de Sûreté, c’est-à-dire réaffirme le rôle régalien qu’il ne devrait pas abandonner à une autorité indépendante.» En d'autres termes, François Roussely déconseille à l'Etat de confier la vérification de la sûreté de ses installations nucléaires à un autorité indépendante. Il précise d'ailleurs son propos : «L’exercice du droit et du devoir de communication de l’ASN concerne des sujets complexes et est particulièrement délicat. Il convient d’éviter que des événements de portée très limitée conduisent à jeter une suspicion injustifiée sur l’ensemble d’une  technologie. » En langage non diplomatique, François Roussely explique ici qu'il faudrait que l'ASN soit plus discrète parce qu'elle ne semble pas mesurer la portée de ses propos... Loin de considérer que la sûreté des installations nucléaires est un prérequis indispensable au développement de la filière, l'ancien patron d'EDF ose écrire que ce sujet est une question avant tout politique: «La question du risque nucléaire acceptable, ou plus généralement du risque technologique acceptable, est un débat de société à part entière pour lequel la ou les réponses à donner sont naturellement du rôle du Politique.»

Des normes internationales de sûreté inexistantes, une filière otage d'une technologie mal sécurisée et coûteuse, des leaders nationaux qui se disputent, le sujet est atomique. Pourquoi donc Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas commandé ce rapport plus tôt ?


Rédigé par juan sarkofrance le Samedi 31 Juillet 2010 à 07:01 | Commentaires (28)

Une visite princière dans un paradis fiscal, un fidèle ministre Woerth ntendu 8 heures par la police, une comptable harcelée 8 fois par un procureur, un arrangement Chirac-Sarkozy que l'on ne commente pas... les vacances approchent en Sarkofrance.


Sarkozy joue au Monarque en Andorre


Sarkozy, coprince pour quelques heures
Jeudi, Nicolas Sarkozy se déplaçait en Andorre dont il est, en tant que président de la République française, le co-prince. On attendait de savoir si Andorre, aux yeux du chef de Sarkofrance, n'est plus un paradis fiscal. Il a simplement salué les «progrès» de la principauté, pendant un discours d'une petite quinzaine de minutes: «la transparence n'est pas contraire à l'identité andorrane. Les progrès que vous avez réalisés sont considérables. La compétitivité fiscale personne ne peut vous le reprocher, la fraude fiscale c'est autre chose.» Andorre a déjà été retirée de la liste grise des paradis fiscaux de l'OCDE. Elle a signé 17 accords d'échange d'informations fiscales, notamment avec la France, l'Espagne, le Portugal, l'Argentine et les Etats du Nord de l'Europe. Pourtant, comme le rappelait Rue89, le réseau Tax Justice Network, «lui attribue encore un score de 83% d'opacité financière .» Qu'importe ! Sarkozy, en Andorre, était fier de s'exprimer en tant que coprince. Il fut prévenant à souhait: « La principauté n'est pas une entité folklorique». Son emphase fut parfois gênante : «les 7 collines de Rome sont entrées dans la légende. Il devrait en être autant des 7 paroisses d'Andorre. Elles symbolisent la permanence et l'indépendance de la principauté ». Ou encore: «Andorre n'est pas seule. Elle a des amis, elle a des coprinces.» Ah ! Si la France pouvait suivre cet exemple ! Sarkozy a aussi parlé «nouvel équilibre», «nouveau modèle de capitalisme plus juste, plus solide», « transparence des activités financières» et « lutte contre les paradis fiscaux» .


Vendredi, Sarkozy se rend à Grenoble, pour «installer» le nouveau préfet. Une belle mise en scène est prévue, avec une rencontre «informelle» avec des policiers, puis à 12h40, juste avant les journaux télévisés de 13h, un discours sur l'insécurité. Depuis la publication du 3ème rapport de la Cour des Comptes sur les frais de l'Elysée, on sait que ce type d'opérations coûte entre 60 et 130 000 euros en dépenses de communication pour le filmage du président français.

Woerth entendu, mais pas écouté.
Eric Woerth a donc été entendu par la police, jeudi dès 9H30 du matin. Le procureur de Nanterre avait de son côté ouvert lancé la police sur un nouveau motif d'enquête, le versement de 400 000 euros par Françoise Meyers-Bettencourt à l'ancienne comptable de ces parents en 2007. Jeudi matin à l'aube, le domicile de la fille Bettencourt était d'ailleurs perquisitionné, sans que la police n'y trouve grand chose. Le jeu du procureur s'éclaircit : en saucissonnant le «Woerthgate» en une multitudes de micro-affaires, il pourra plus facilement en prononcer quelques classements sans suite sur certaines d'entre elles et masquer l'essentiel. Le 21 juillet dernier, dans son interview au Figaro, Philippe Courroye laissait d'ailleurs entendre cette possibilité. On devine alors que l'Elysée se saisira de ces décisions pour noyer le poisson. Jeudi, Eric Woerth a eu droit au même traitement de faveur que Liliane Bettencourt : la brigade financière s'est déplacée pour venir l'auditionner. Mais à la différence de l'héritière de l'Oréal, l'audition fut particulièrement longue. Elle s'est achevée vers 16h45. Sans surprise, le ministre a récusé les accusations de conflit d'intérêt et de financement politique illégal: non, il n'est «à aucun moment n'est intervenu pour que son épouse soit embauchée»; il a aussi «nié avoir reçu un quelconque financement politique qui eut été non conforme à la loi». Ce résumé, de 8 heures d'audition, réalisé par l'avocat d'Eric Woerth, fut bien court et très général.

Parallèlement, l'avocat Alain Gillot a dénoncé le nouvel interrogatoire qu'a du subir Claire Thibout, l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt, trois jours auparavant: «J'entends aussi Eric Woerth dire son impatiente d'être entendu, eh bien, ma cliente, elle, est impatiente d'en finir avec ces auditions qui perturbent sa vie de façon considérable et lui causent un préjudice majeur. Elle a le sentiment de pouvoir être convoquée à tous moments, y compris comme lundi soir sur des choses qu'elle a déjà dites, c'est tout simplement inacceptable.» Pourquoi a-t-elle été cette fois-ci interrogée ? La police s'interroger sur les 400 000 euros qu'elle a perçu de la fille de Mme Bettencourt en juillet 2007. Cette information fut d'ailleurs la seule qui fut opportunément fuitée à la presse après l'audition de la milliardaire lundi 26 juillet. Comme s'il fallait à tout prix décrédibiliser les accusations de Mme Thibout. L'explication fut limpide : François Meyers-Bettencourt lui avait demandé de témoigner contre François-Marie Banier. Claire Thibout lui demanda de prévoir une indemnité de licenciement, au cas où Liliane Bettencourt la virerait en représailles.

Cette nouvelle journée judiciaire fut évidemment occultée par la grande affaire du moment : la lutte contre l'insécurité chez les Roms et gens du voyage. Après une réunion à huit-clos mais fortement médiatisée mercredi après-midi à l'Elysée, des annonces répressives fracassantes dans la foulée, Brice Hortefeux s'est répandu dans les médias sur son plan d'action. La diversion fut parfaite !

Le deal Chirac-Sarkozy.
Le soupçon d'un «deal» entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy à propos de la prise en charge de l'amende que l'ancien président craint de devoir payer dans l'affaire des emplois fictifs à la Mairie de Paris est parvenue (enfin) jusque dans les colonnes du Canard Enchaîné. L'hebdomadaire l'a évoqué mercredi. Depuis, les ténors de l'UMP sont gênés aux entournures. Lors de son habituel point presse après le conseil des ministres le même jour, Luc Chatel a eu beau jeu de refuser de répondre au motif que cela ne concerne pas le gouvernement. Xavier Bertrand a été plus véhément: «Je ne l’ai pas lu, le Canard, parce que je ne me précipite pas dessus pour le lire. Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne commente pas les rumeurs et les potins du Canard Enchaîné. On ne va pas faire une actu à partir de ça». Et il ajouta: «Le Canard Enchainé, ce n’est pas le journal officiel de la République française.» Curieusement, Dominique Paillé, son porte-parole, usa des mêmes termes : «Le Canard Enchaîné, c'est le Journal Officiel de la République française ?»

Jeudi, il ne fallait donc pas parler de l'affaire Woerth, ni des combines de l'UMP. L'actualité sarkozyenne était faussement riche : paradis fiscaux, gitans, ou insécurité, le menu était bien défini. Et les 8 heures d'audition d'Eric Woerth étaient comme le dernier effort d'un coureur du Tour de France pour emporter la victoire: que la France oublie et passe à autre chose.

Rédigé par juan sarkofrance le Vendredi 30 Juillet 2010 à 07:01 | Commentaires (38)

Il n'y a pas que l'affaire Bettencourt pour nous révéler des surprises. Alors que Sarkozy s'agite comme un cow-boy contesté après la mort de l'otage français détenu par Al Qaida depuis lundi, son gouvernement est bien en peine de justifier certains effets de sa politique.


Insécurité, retraite, collectivités ou services publics: les sales coulisses de Sarkofrance

Comment déstabiliser les services publics
L'information peut sembler paradoxale : le gouvernement s'attend à des départs massifs en retraites dans la Fonction Publique. En fait, il s'agit de l'une des conséquences du projet de réforme des retraites. Les mères de 3 enfants avec 15 ans d'ancienneté ne pourront prochainement plus partir à la retraite de façon anticipée. Début juillet, Eric Woerth et son ministre de la fonction publique George Tron avaient précipitamment décalé la suppression de cet avantage.

En 2008, 16 000 femmes avaient bénéficié de cette faculté. A compter de 2011, les candidates subiront une décote de retraite, avant la fermeture complète du dispositif en 2012. L'hôpital et l'éducation nationale sont les deux secteurs les plus concernés, car les professions d'infirmiers, d'aides-soignants et d'enseignants sont très féminines. La Fédération hospitalière de France s'inquiète de l'afflux de demandes d'information. Parmi les enseignants, les syndicats estiment à 25 000 le nombre de personnels concernés l'an prochain, dont la moitié environ dans le secteur primaire. Or seulement 3 000 postes sont ouverts au recrutement l'an prochain dans les écoles primaires...

Interrogé sur RMC mardi matin, George Tron tentait de désamorcer la polémique naissante : selon lui, la précédente réforme de 2003 affectant la fonction publique n'avait générer que «10 à 15% de départs supplémentaires» l'année suivante, et, surtout, les fonctionnaires bénéficieraient de 200 millions d'euros pour leurs revalorisations salariales l'année prochaine. Quelle carotte ! On se souvient que le gouvernement a annoncé en juin dernier que le point d'indice de revalorisation des fonctionnaires serait gelé à compter de 2011...

A propos des retraites, on ne découvre qu'aujourd'hui l'existence d'une note de simulation de Pôle emploi sur l'impact financier sur les comptes de l'assurance chômage d'un recul du départ de l'âge de la retraite. La simulation avait été faite à la demande du Medef en ... novembre dernier. Et il ressort que les quelques 9 500 chômeurs ayant 65 ans qui ne pourraient pas partir en retraite cette année coûteront 80 millions d'euros d'indemnités supplémentaires à l'Unedic pour la première année. En rythme de croisière (67 ans pour une retraite sans décote), ce relèvement coûtera 265 millions d'euros en année pleine. On n'a pas souvenir que ce surcoût était mentionné dans la présentation financière communiquée par Eric Woerth le 16 juin dernier.

Comment déstabiliser les collectivités locales
Les collectivités locales vont désinvestir: merci qui ? Merci Nicolas ! L'observatoire des finances locales prévoit une baisse des investissements des régions et des départements dès 2010 à cause de l'effet conjugué de la crise, de la suppression de la taxe professionnelle et du gel annoncé de la dotation de l'Etat aux collectivités locales. « Selon les prévisions inscrites aux budgets primitifs, les dépenses d'équipement des départements devraient reculer de 2,2 % et celles des régions de 3,4 % » écrit-il dans un rapport tout juste publié. La montée en charge du RSA et de l'APA est également pointée du doigt. Globalement, les dépenses sociales ont progressé de 5,3% en 2009, alors que les recettes fiscales ont baissé. Les conclusions de l'OFL sont sans équivoque: «Les départements sont confrontés à un effet de ciseau, entre d’une part des recettes au dynamisme ralenti, et d’autre part des dépenses sociales en forte croissance et sur lesquelles leurs marges de manœuvre sont très limitées. Après plusieurs années de dégradation, leur situation financière s’avère délicate, voire difficile pour quelques uns. » Seules les communes, qui représentent la moitié de l'investissement public local, s'en sortent mieux.

Le rapport souligne que si les dépenses de fonctionnement sont «contenues», voire, dans le cas des département, en baisse,  «la hausse des dépenses d’action sociale des départements est en partie structurelle.» En effet, le vieillissement de la population fait croître régulièrement le coût et le périmètre de l'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA), à plus de 1 millions de bénéficiaires l'an dernier pour coûter plus de 5 milliards d'euros en 2010 (+6% versus 2009). Plus globalement, les dépenses dites d'intervention désormais assumées par les régions, départements et communes s'élevaient à 58 milliards d'euros en 2009: là encore, les transferts de l'Etat sont directement désignés: «la montée en charge des compétences transférées entraine une très forte progression au cours de ces dernières années pour ce premier poste de dépenses courantes (+ 32,8% depuis 2004). »

Autre précision d'importance, les dépenses de personnel des régions «évoluent depuis plusieurs années au rythme des transferts de personnels, essentiellement en provenance de l’Éducation nationale. Elles sont en hausse de 14,2%, ce qui est faible comparé aux évolutions des années précédentes. Les régions ont accueilli la majeure partie des personnels transférés en provenance de l’État sur les années 2006 à 2008, et ces dépenses ont été multipliées par 4 en 4 ans. » Avant, pendant et après la campagne des élections régionales, l'UMP et le gouvernement ont eu beau jeu de dénoncer la hausse des dépenses de personnel des collectivités locales. Le rapport rappelle que cette hausse provient des derniers transferts de personnel de l'Etat (15 000 fonctionnaires de l'Education nationale encore transférés en 2009 aux départements). Depuis 2005, quelques 130 000 fonctionnaires ont ainsi été passés sur le budget des départements.

Côté recettes, les concours financiers de l'Etat représentent 28% des ressources des collectivités locales. Contrairement à l'Etat, ces dernières sont soumises à une règle d'or, l'équilibre de leurs comptes. A compter de 2009, le périmètre de ces concours a été élargi, afin de prendre en compte les derniers transferts et la modification prochaine de la fiscalité locale. Pour la période 2009-2011, leur montant est désormais indexé sur l'inflation. Il s'élève à 97 milliards d'euros en 2009 (en hausse de 1,1 milliards versus 2008), et à 98 milliards en 2010. L'effet de ciseau se précise : la crise augmente les besoins sociaux, mais les recettes, tant fiscales qu'émanant de l'Etat, stagnent: «Globalement amorcé en 2007, confirmé en 2008 et 2009, le resserrement des marges de manœuvre des collectivités locales s’amplifie en 2010 et devient préoccupant.»

Comment déstabiliser la police
Lundi soir, on apprenait qu'un contrat avait été placé sur la tête des policiers de la Brigade Anti-Criminalité de Grenoble. Les policiers concernés et leurs familles auraient été enjoints de quitter la région. « Elles visent ce service en général et des collègues en particulier. On peut même parler de contrats. Cela émane de gens agissant dans un contexte mafieux qui considèrent la BAC comme une bande rivale » a confié un policier du cru au Parisien. Des armes, et pas n'importe lesquelles, ont été découvertes lundi, à Grenoble dans un bar du quartier de la Villeneuve : un pistolet-mitrailleur Uzi, deux pistolets de calibre 9 mm et un autre de calibre 7,65. Est-ce la guerre ? Un syndicaliste policier rappelle qu'«à partir du moment où c'est un bandit chevronné qui est mort sur cette intervention, le milieu du grand banditisme et les bandes veulent venger sa mort

Dès mardi matin, François Fillon dénonçait: «Cela montre la violence d'un banditisme qui doit être combattu de la façon la plus extrême. Cela montre d'ailleurs le caractère très vain des polémiques sur les affaires de police de proximité. (...) On est en face de gens extrêmement dangereux, extrêmement violents et donc nous allons donc devoir répondre avec une extrême détermination. On met les familles qui sont menacées à l'abri mais on met en même temps beaucoup de moyens pour retrouver les auteurs de ces menaces; ils seront arrêtés et ils seront déférés à la justice.» Le premier ministre est gêné. Son gouvernement a réduit, et continue de réduire, les effectifs de police et de gendarmerie. Pourtant, depuis des années, les violences aux personnes ne font que progresser.

Face à cette progression de l'insécurité, Sarkozy n'a semble-t-il qu'une réponse : virer les préfets locaux les uns après les autres, et mettre la pression sur les autres, primes au mérite à l'appui. Il a confirmé mardi le remplacement de celui de l'Isère, après celui de Seine-Saint-Denis (en avril dernier).

Mercredi, il tenait sa fameuse réunion sur les gens des voyages et Roms. On ne reviendra pas sur cette curieuse habitude sarkozyenne qui consiste à communiquer (parfois) sur son agenda personnel: cette réunion est purement intra-gouvernementale. Aucun représentant des gens du voyage n'a été convié. A son issue, le ministre de l'intérieur a annoncé plusieurs mesures, comme la fermeture de 300 camps illicites. Qui est illicite ? Les campements sauvages ou les mairies sans places d'accueil ? Les Roms coupables d'atteintes à l'ordre public ou de fraudes seront «quasi-immédiatement» reconduits en Roumanie ou en Bulgarie. Enfin, Brice Hortefeux a promis que 10 inspecteurs des impôts iront «contrôler la situation des occupants.» Dix, pas plus... Hortefeux a cette formule brillante de sous-entendus: «En effet beaucoup de nos compatriotes sont à juste titre surpris en observant la cylindrée de certains véhicules qui traînent les caravanes.» Beaucoup de nos compatriotes sont aussi surpris de la persistance de certaines déclarations d'un ministre de la République déjà condamné.

Comment déstabiliser l'emploi
Les statistiques du chômage à fin juin ont été publiées, et elles sont, comme souvent mauvaises. On oublierait presque la promesse du PDG de l'entreprise France, un lundi 25 janvier 2010 devant 11 Français sur un plateau de TF1: vous allez voir, le chômage va baisser. Quand ? On ne sait pas. Il n'avait pas précisé. La reprise est donc plus que timide. Tout le monde, sauf le gouvernement, le prévoyait. Au 30 juin, seul le contingent des demandeurs d'emploi de catégorie A (c'est-à-dire sans aucune activité dans le mois) a diminué d'un modeste 0,3%. Globalement,  près de 3,958 millions de personnes ont déclaré une période d'inactivité en juin en métropole, en hausse de 0,4%, pour atteindre un solide 4,2 millions si l'on ajoute l'outre-mer. Même le chômage de longue durée progresse. Merci qui ?
Christine Lagarde, la ministre de l'économie a livré une de ses formules dont elle a le secret : le marché du travail français est dans «une stabilisation selon le schéma de la tôle ondulée, qui est due à une situation de croissance économique qui devrait s'améliorer au second semestre». Avec la crise, on a oublié que la loi TEPA d'août 2007 a toujours un effet désastreux sur l'emploi : en défiscalisant les heures supplémentaires, Sarkozy a fait coup double : en 2008, il a précipité la dégradation de l'emploi intérimaire et à durée déterminée, les entreprises profitant de l'effet d'aubaine de cette défiscalisation pour sacquer le personnel temporaire. Depuis le début de l'année, la timide reprise les conduit à privilégier les heures supplémentaires aux détriments des recrutements.

Merci qui ?

Rédigé par juan sarkofrance le Jeudi 29 Juillet 2010 à 07:01 | Commentaires (73)
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