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Mardi 14 Février 2012
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L'actualité quotidienne de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy est-il contreproductif ? La question se pose, sur deux sujets différents de l'actualité récente: ses interventions répétées dans les médias, de France Inter au Monde, d'une part, et ses récentes annonces sur le plan d'économie de fonctionnement dans ses ministères, d'autre part.
Médias, ou l'effet repoussoir
Le conseil de Surveillance du Monde a voté, de justesse, en faveur de l'offre de reprise conjointe de Mathieu Pigasse, Pierre Bergé et Xavier Niel. Jusqu'au bout, l'Elysée avait cru dans les chances de l'offre concurrente, portée par Claude Perdriel et France Télécom. Ce weekend, les différentes sociétés représentants le personnel avaient plébiscité le trio «BNP».
Las, Perdriel, déjà administrateur du groupe Le Monde, a annoncé en séance lundi qu'il retirait sa proposition, et se rangeait en faveur du trio, un «geste de grand seigneur». Malgré cela, le vote fut serré, 11 voix favorables contre 9 abstentions. «Le Monde vote contre Sarkozy» pouvait titrer le JDD. C'est exactement cela. Le Monarque a soudé contre lui la totalité du journal.
A France Inter, le directeur Philippe Val répète sur tous les toits que sa grille de rentrée aura beaucoup d'humour. Mais l'éviction de Sétphane Guillon et Didier Porte, ainsi que la suppression de plusieurs autres émissions, aura des séquelles. Une manifestation est prévue ce jeudi, devant la Maison de la Radio, à Paris, à l'appel des syndicats et des humoristes licenciés. «Le licenciement de Stéphane Guillon est tout sauf un drame national.» écrit notre confrère Philippe Bilger. Il a raison. La France médiatique s'emballe. Il est des causes plus sérieuses et plus graves. Mais la direction de Radio France s'est plantée. C'est dommage pour elle, et dommageable pour la station publique.
A France Télévisions, il était dit que Nicolas Sarkozy voulait Alexandre Bompard, actuel président d'Europe 1 à la tête de France Télévisions. Quand la nouvelle fut fuitée en avril dernier, le président entra dans une vive colère. A force de personnaliser ainsi la conduite du pouvoir, le Monarque entretient toutes sortes de phénomènes de cour. Quelques courtisans se sont ainsi vantés trop tôt du choix présidentiel. Le président sortant de France Télévisions n'était pas officiellement prévenu. Las, Sarkozy changea son fusil d'épaule. Hier soir, France info annonçait que Remi Pflimin, un ancien de France 3, serait finalement le futur PDG des chaînes publiques. Patatras !
Rigueur, ou tartufferie ?
Le courrier de rigueur adressé par Nicolas Sarkozy lundi à son premier ministre a fait flop. Il y avait de quoi se frotter les yeux en le lisant. Sarkozy parle de «lutte contre les gaspillages», et réclame que le gouvernement soit exemplaire en la matière. Soit. Mais à lire ce courrier, on a surtout l'impression que le Monarque et ses proches sont déconnectés de toute réalité et exigence éthique.
1. Selon Sarkozy, cela signifie que les ministres doivent désormais régler eux-même leurs dépenses privées et n'ont plus se servir de l'argent du contribuable: «Il est également impératif que tous les frais liés à leur vie privée soient acquittés sur leurs deniers personnels et non sur des budgets publics. » On croit rêver. N'est-ce pas une règle évidente de bonne gouvernance, crise ou pas ? Sur le même registre, Sarkozy précise : «Concernant plus généralement les agents publics, je demande que les avantages en nature qui sont concédés à certains d'entre eux soient strictement circonscrits à l'exercice de leurs fonctions.»
2. Sarkozy promet de vendre les deux moyens courriers quand son bel avion Air France One sera livré. On avait quelques difficultés à croire que l'Elysée aurait conservé la jouissance de ces avions en plus de l'Airbus A330 qu'elle a du commander sur instruction présidentiel. Le nouvel Airbus, acheté à Air Caraïbes et rénové de fond en comble, coûtera environ 176 millions d'euros à l'Etat , sans compter le réaménagement de l'aéroport de Villacoublay en banlieue parisienne (incapable d'accueillir en l'état un tel avion), ni les deux nouveaux Falcon tous neufs (35 millions d'euros prix catalogue) surnommés par l'Armée «Air Carla». SaL'inflation des dépenses présidentielles depuis 2007 est particulièrement affectée par le nombre de déplacements, publics ou privés (aller-et-retour avec le Cap Nègre une vingtaine de weekend par an). Chaque déplacement du président sur le terrain nécessite un cortège impressionnant de voitures officielles, une sécurisation massive des lieux, des centres-villes vidés de leur circulation, etc. Sarkozy s'appliquera-t-il à lui-même la consigne de recourir «de manière privilégiée aux transports ferroviaires» et de limiter le nombre de personnes qui l'accompagnent ? Le Monarque précise même que «les déplacements en avion des agents publics seront prohibés, dès lors qu'existe une liaison ferroviaire de moins de trois heures.» Pourquoi n'a-t-il pas été exemplaire lorsqu'il a récemment visité le Loir-et-Cher (le 1er juin, moins de 3 heures de train), à Marignane, à Laon (en mars), ou à Bruxelles (en avril) ?
3. Sarkozy aimerait que les effectifs ministériels soient réduits (20 conseillers par ministre, et 4 par secrétaire d'Etat). Il n'a jamais respecté sa promesse d'un gouvernement restreint (21 ministres contre 15 promis, et presque autant de secrétaires d'Etat). De surcroît, ses propres effectifs à l'Elysée ont cru de façon incroyable (+10% la première année selon le Figaro ).
4. Sarkozy supprime les chasses présidentielles... déjà supprimées depuis 1995 par Jacques Chirac comme l'ont relevé tous les journalistes. Pourquoi donc faire une telle annonce invalidée aussi rapidement ? Sarkozy ne savait-il pas que l'imposture serait aussi vite dévoilée ?
5. Enfin, on attendait quelques clarifications des règles de bonne gouvernance. Le permis de construire d'Alain Joyandet, le cumul des fonctions de trésorier de l'UMP et de ministre par Eric Woerth, les pantouflages à répétition de proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy, la rémunération des personnalités missionnées par l'Elysée. En marge de l'affaire Woerth, on apprenait d'ailleurs que la nomination de François Pérol, ex-conseiller économique de Nicola Sarkozy et nommé à la tête des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires (depuis fusionnées) ferait bien l'objet d'une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêt ».
Au final, cet inventaire à la Prévert paraît mal préparé, brouillon, incomplet voire contradictoire. Le Monarque croyait corriger l'image désastreuse donnée par ses ministres et lui-même depuis plusieurs mois. Ses annonces ont peut-être eu l'effet inverse.
Crédit illustration Patrick Mignard
Nicolas Sarkozy est revenu bredouille des sommets du G8 (samedi) puis du G20 (dimanche). Il n'attendait pas de grands résultats. Mais le fiasco fut cette fois-ci total. Un fiasco qu'il a bien tenté de masquer lors d'une conférence de presse fatiguée et fatigante.
Un G20 planté d'avance
L'administration américaine avait prévenu voici 15 jours : Barack Obama craint que les divers plans d'austérité budgétaire en vigueur ou en cours d'élaboration en Europe ne brise une relance déjà fragile. On croyait cependant que quelques efforts seraient âprement négocié en matière de régulation financière internationale. Deux sujets au moins méritaient quelques efforts: la taxation bancaire et une plus grande régulation des marchés financiers, de façon à éviter les tourments subis à l'automne 2008. Il n'en fut rien. Les grandes déclarations des G20 de l'an dernier ont été oubliées.
En 2009, chaque réunion internationale était pour lui l'occasion de tirer la couverture à lui, d'accuser les autres d'immobilisme, de fustiger l'ancien monde et le mauvais capitalisme boursier. Un an plus tard, le constat est rude. Les saillies contre les paradis fiscaux sont occultées par l'affaire Woerth-Bettencourt; l'Allemagne a décidé d'interdire sans attendre les ventes à découvert de créances souveraines. Le Royaume Uni a mis en place une taxation des bonus de traders plus rudes que la petite tentative franco-française de l'hiver dernier. En août 2009, le Monarque promettait d'inscrire à l'ordre du jour du G20 du mois de septembre suivant la mise en oeuvre d'une «taxe assise sur les bonus distribués dont le produit alimenterait les systèmes de garantie des dépôts» «une limitation globale des bonus distribués en pourcentage des revenus des banques», et «une limitation des bonus les plus élevés». Le 17 juin dernier, il réitérait: «les membres européens du conseil proposeront au G-20 l'instauration d'une taxe sur les transactions financières.» Dimanche soir, le Monarque ne veut pas reconnaître publiquement son échec.
Sarkozy fatigué
Sa conférence de presse d'une trentaine de minutes, dimanche soir, fut éloquente. Il a commencé par lancer ce petit cri de victoire, si ridicule au vu des enjeux: «Je crois que pour la première fois dans un document, dans un communiqué officiel d'un sommet du G20, du G8, d'un sommet international, les mots 'bank levy' sont employés. Très clairement, la possibilité de taxer les banques est reconnue comme légitime par le G20. (...) Donc, la France, sur ce premier point, a obtenu satisfaction : un cadre est reconnu comme légitime pour taxer les banques.»
Disons-le autrement : sans cette reconnaissance, les Etats membres du G20 auraient-ils été empêchés de mettre en oeuvre une taxe bancaire ? Non.
Second résultat, encore plus minime que le premier, sur les financements innovants... Sarkozy insiste lourdement sur l'effort qui lui a fallu fournir pour décrocher un bien maigre résultat : «Deuxièmement, s'agissant des financements innovants, et en particulier de la taxation sur les transactions financières, la France, soutenue par l'Allemagne, s'est battue sur cette question, et dans le communiqué final, à la dernière minute, nous avons arraché le texte suivant (roulement de tambour): le G20 attend avec intérêt les résultats du groupe consultatif de haut niveau du secrétaire général des Nations Unies sur les financements qui exploreront les financements innovants.» Après ces quelques mots, il s'arrête quelques secondes, le doigt en l'air, et contemple l'assistance. Au cas où les journalistes n'auraient pas compris, le Monarque traduit: «clairement, le G20 s'investit sur les financements innovants.» On a pourtant lu la même conclusion officielle que lui : le G20 attend, avec «intérêt» un rapport d'experts de l'ONU qui ne sera que consultatif. Pire, cet «intérêt» ne s'est manifesté qu'à la dernière minute, aux dires mêmes de Sarkozy... C'est dire si les autres membres du G20 se sont emparés du sujet !
Clairement.
Troisième sujet, «l'affaire de la réforme du système monétaire international (...) progresse, avec les ouvertures chinoises... Le président Hu Jintao a d'ailleurs évoqué dans une de ses interventions l'intérêt d'un nouveau système monétaire international... Et donc c'est de bon augure pour la préparation de la présidence française du G20... ce sujet n'est plus tabou.»... Quelle affaire ! Comme s'il souhaitait se contredire lui-même, le Monarque a confié dès lundi une mission de réflexion à Lionel Stoleru, un ancien ministre de Giscard et Mitterrand, sur les risques systémiques du réseau bancaire. «Je vous confie en conséquence une mission de réflexion, de contacts internationaux et de propositions en vue d'aborder ce sujet, presque absent des dernières réunions du G20, lors des prochains G20 de Corée et de France.»
Mais revenons à Toronto. Le quatrième point évoqué par le Monarque en préambule de sa conférence de presse dimanche portait «sur la gouvernance mondiale»: «là aussi, les plaques tectoniques se dégèlent.» Passons sur la métaphore approximative, le résultat est, là aussi, très faible : «le sujet est sur la table. » Il y a un an, Sarkozy clamait également haut et fort que la gouvernance mondiale devait s'élargir à de nouveaux pays tels l'Inde, le Brésil voire à un représentant permanent du continent africain, et quelque soit l'instance (Conseil de Sécurité de l'ONU, G8, etc). Le fiasco de Copenhague a visiblement refroidi ses ardeurs. En décembre dernier, la France avait suivi une partition solitaire, aux détriments de l'Europe, tentant un jour de s'accommoder l'Afrique, un autre le Brésil, pour finir à la remorque de la Chine et des Etats-Unis pour un accord minimaliste. A Toronto, Sarkozy se contente de remettre le sujet sur la table.
Bref, devant la presse - et l'opinion française - Sarkozy devait sauver la face. Le plus curieux est qu'il a lui-même sabordé ses efforts oratoires. En coulisses, tout le monde reconnaissait, au sein de la délégation française et ailleurs, que ce G20 n'avait débouché sur rien. Le Canada, très hostile à toute taxation bancaire, criait même victoire. Ce weekend à Toronto, Sarkozy s'est fait étonnamment discret. Il a justifié sa discrétion : «Les temps étant plus apaisés, il est normal qu'on rentre dans des G20 à connotation moins dramatique». Christine Lagarde a également qualifié de G20 de sommet de transition. Un conseiller du président en a même regretté l'organisation: «Dans cette période où la situation reste incertaine, on aurait pu décider de ne pas avoir ce G20».
Sarkozy acculé
Le reste de cette conférence de presse fut surprenant par son manque d'énergie, comme si l'échec du G20 avait résigné l'assistance. L'un des journalistes, Michael Darmon, de France 2, a failli réveillé le public. Il lui a demandé si Eric Woerth était toujours à même de défendre la réforme des retraites, compte tenu du temps qu'il passe à se défendre dans l'affaire Bettencourt. Sarkozy s'agace... «Vous m'avez déjà posé la même question hier. C'est vous qui êtes obsédés par cette question.(...) La réponse est oui. (...) Monsieur Woerth est un homme qui a toute ma confiance.» Il ajoute: «essayez de vous intéresser à des sujets qui se posent...»
La question suivante traitait de la santé maternelle dans le monde. Une journaliste canadienne aux accents québécois demanda au président français si le programme décidé la veille par le G8 pourrait soutenir l'avortement dans les pays en voie de développement. Sarkozy confirme, sourit, et ... fait référence à son épouse: «peut être avez vous vu que Carla a fait une tribune dans un journal français sur ce sujet, elle est elle même très impliquée» La politique française s'incarnerait donc aussi par l'action de la «première Dame» ? Pourquoi faut-il que Sarkozy résume l'action de la France, quand il est en déplacement à l'étranger, à l'action bénévole de son épouse ? «Je dois dire que j'ai découvert ces chiffres, que seulement 4 enfants étaient nés avec le virus du Sida contaminé par la mère en une année en France, dans le même temps... que 400 000... euh... la même année... naissaient en Afrique avec la transmission du virus. C'est un sujet absolument central» Si les fautes de grammaire, dans cette intervention, sont d'origine, l'ignorance du sujet l'est également. En France justement, la politique du gouvernement est fortement critiquée en matière de lutte et de prévention contre le Sida.
Une question suivante porta sur la pénalisation des banques françaises par la future taxe bancaire franco-française. Sarkozy s'est abrité derrière une réunion, dès lundi, avec le premier ministre Fillon. «L'Europe doit montrer le chemin. » Ou encore : «Si on dit qu'on va attendre tous les autres pays pour la mettre en oeuvre, alors on va attendre longtemps.» C'est exactement la critique servie à l'encontre de Sarkozy à propos de la timidité française à agir sur le sujet... Cruel paradoxe ! Le Monarque a aussi confirmé, ce soir, que le G20 ne s'était pas entendu sur une réduction précise des déficits. Attaqué sur l'utilité du G20, Sarkozy s'est braqué: «A chaque sommet, on ne peut pas prendre des décisions historiques.» Ou encore : «Vous ne croyez pas que c'est utile qu'on se parle ? (...) C'est pas un plaisir, c'est une nécessité !»
Il ne semblait même pas convaincu par ses propres propos.
Alors qu'il rentrait sur Paris, Nicolas Sarkozy a fait publier un communiqué de presse sur les efforts qu'il demande à son gouvernement en matière d'économie s. Il a adressé un courrier à son premier ministre, lui confirmant que les dépenses de fonctionnement et d'intervention devaient baisser de 10% dans les 3 ans. Sarkozy découvre que le Bling Bling n'est plus de mise, et réclame une modeste cure d'austérité à ses ministres. Dans la liste des économies symboliques que le Monarque s'inflige, l'Elysée cite la suppression de la garden-party du 14 juillet à l'Elysée, la fin des chasses présidentielles, la suppression de 7000 logements de fonction et de 10 000 véhicules d'ici 2013, et la fin de la prise en charge par l'Etat de la location de logements dans le parc privé (on est mieux logé dans les palais de la République). Sarkozy prévient également, enfin, que les ministres paieront de leur poche leurs frais de déplacements et de restauration en cas d'utilisation abusive.
«À l'heure où nos concitoyens sont frappés par la crise, l'Etat doit, plus que jamais, faire preuve d'exemplarité. La recherche d'économies au sein des administrations est une nécessité pour redresser nos finances publiques. Elle est également un impératif moral.»
2012 approche, il faut faire oublier trois années et demi de Bling-Bling, abus et privilèges.
Et vite.
Avec les nouvelles révélations du weekend, on imagine mal Nicolas Sarkozy retenir Eric Woerth comme premier ministre potentiel. Comme Alain Juppé en 1995, Woerth risque de payer le prix fort d'une affaire négligée.
Nicolas Sarkozy a apporté son soutien à Eric Woerth, par conseiller interposé. le Monarque «n'a strictement rien à reprocher à Eric Woerth. On ne peut rien lui reprocher. C'est un excellent ministre» a indiqué l'Elysée samedi. Effectivement, Eric Woerth est devenu un fidèle, placide et efficace... jusqu'à cette affaire Bettencourt. En Suisse, le trésorier de l'UMP a constitué le plus gros bataillon de supporteurs hors de France de l'UMP pour l'élection présidentielle. Une situation cocasse quand on sait que son épouse y a trouvé un job quelques mois après l'élection.
Ce soutien présidentiel ne fut pas la seule nouvelle du weekend. L'embauche de Mme Woerth par la société Clymène, cette holding gérant les actifs de Mme Bettencourt, avait soulevé plusieurs questions : était-elle au courant de l'évasion fiscale de son employeur ? Son embauche avait-elle été forcée ? Son mari de ministre a réfuté ces soupçons. Florence Woerth ne travaillait qu'au placement des dividendes, conséquents, de Mme Bettencourt, une compétence qu'elle pratique depuis des années et pour laquelle elle a été recrutée par Clymène, la société de gestion de la fortune de Mme Bettencourt. Or voici que Mediapart a livré de nouvelles révélations sur le sujet : Clymène affiche de gros déficits depuis des années : «Le plus intrigant est que Clymène, loin de contribuer à faire prospérer la fortune de Liliane Bettencourt, «créer de la valeur» comme le revendiquent les financiers, perd systématiquement de l'argent, détruit du capital. Sur les neuf exercices depuis sa création, elle a été cinq fois en pertes» écrit Martine Orange.
Le 25 juin, on a aussi appris que François-Marie Banier avait subi un contrôle fiscal, quelques mois après que Florence Woerth ait été embauchée parle gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. L'homme est au centre du procès qui doit se tenir dans quelques jours, et oppose Liliane Bettencourt à sa fille. Cette dernière accuse sa mère de n'avoir plus toutes ses facultés quand elle a légué sa fortune à M. Banier. «Eric Woerth (...) souligne que c'est sous son autorité qu'a été lancé un contrôle fiscal sur Monsieur Banier» a confirmé le ministère du Travail. A l'inverse, le directeur général des Finances publiques du ministère du Budget, Philippe Parini, a précisé dans un communiqué «qu'il n'a reçu aucune instruction de la part d'Eric Woerth, alors ministre du Budget, concernant le dossier fiscal de Mme Liliane Bettencourt ». C'est bien le problème ! L'hebdomadaire Marianne a publié, dans son édition du 26 juin, des courriers adressés par M. Banier à Mme Bettencourt faisant état de l'acquisition d'une île aux Seychelles, jamais mentionné par Bettencourt dans son patrimoine et ses revenus déclarés au fisc. Or ces courriers sont entre les mains du Parquet depuis début 2008. Et le procureur en charge de l'affaire n'a jugé bon d'alerté ses collègues des Impôts...
Que dire de ce dernier ? Philippe Courroye est un proche de Nicolas Sarkozy, comme de nombre de membres de la Jet-set du Fouquet's, comme le rappelait l'hebdomadaire l'Express en novembre dernier : «C'était un dîner intime, comme on les aime entre amis. Sauf que, ce soir-là, les hôtes de Philippe et d'Ostiane Courroye sortaient quelque peu de l'ordinaire: Nicolas Sarkozy, président de la République, et Carla, son épouse, étaient à la table du procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine). Etaient aussi présents le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, lui aussi un proche du chef de l'Etat, et sa femme. Selon la confidence d'un proche, Nicolas Sarkozy n'a que deux "amis" dans la magistrature: Yves Bot, ancien procureur à Paris, et Philippe Courroye, qui pourrait bientôt accéder à ce poste prestigieux.» Dès vendredi, Courroye a démenti avoir tardé à informer les services fiscaux des infractions dont il avait connaissance. Et pan ! Selon Philippe Courroye, Eric Woerth était donc bien informé, mais n'a rien fait.
On nage en plein mélange des genres. Un ministre lance un contrôle fiscal contre le protégé d'une milliardaire, mais pas contre cette dernière qui emploie par ailleurs l'épouse du ministre... Vous suivez ?
Dimanche, le successeur de Woerth au Budget, François Baroin, a annoncé qu'un contrôle fiscal venait d'être décidé à l'encontre de Liliane Bettencourt. Cette dernière avait de toutes façons affirmé lundi dernier qu'elle souhaitait rapatrier tous ces actifs en France. le même jour, Eric Woerth s'est défendu, en fin de journée, lors de l'émission du Grand Jury de RTL. Une défense inchangée, qui plaide la bonne foi et l'ignorance. A l'ouverture de l'émission, il répète : «ne sous-estimez pas ma capacité de résistance.» Puis : «je ne souffre pas du tout parce que je n'ai rien à me reprocher. (...) C'est une affaire très compliquée à laquelle je ne comprends rien, je ne sais pas ce qu'on me reproche». Mieux: «Je suis une totale cible politique». Eric Woerth, dimanche, fut habile mais peu convainquant. Il a clamé, sans preuve, que toutes les accusations sont fausses et archi-fausses. Sans gêne, comme d'autres, il n'a pas vu de problème d'éthique à sa situation. Et pour évacuer les questions gênantes, il a divergé sur ses propres efforts contre la fraude fiscale. Nous n'avons jamais lancé autant de contrôles fiscaux, justifie-t-il. La Cour des Comptes, justement, vient de rendre un rapport sur la lutte contre la fraude fiscale. Elle y dénonce «une couverture plus inégale des différentes catégories de contribuables et de dispositifs fiscaux par le contrôle fiscal.» Elle rappelle aussi que les droits rappelés et pénalités appliquées en 2008 se sont élevées à 15,6 milliards d'euros. Dix ans auparavant, en 1998, ils se chiffraient à ... 15,0 milliards. Où est la hausse ? «Le problème, c'est que les journalistes ne comprennent pas comment fonctionne le fisc» s'est-il exclamé. «Moi, j'ai peur de comprendre», rétorqua Jean-Michel Apathie.
Au final, Eric Woerth est affaibli. Il y a quelques mois à peine, on le présentait comme l'un des successeurs potentiels de François Fillon à la tête du gouvernement. Nicolas Sarkozy avait laissé entendre, en janvier dernier, qu'il procèderait à un remaniement gouvernemental à l'automne, une fois la réforme des retraites passées. Eric Woerth, placide et fidèle, était le candidat tout trouvé. Il a aussi très bien mené la fausse concertation sur les retraites, alternant confessions anonymes à la presse d'un côté, et grandes dénégations officielles de l'autre.
Aujourd'hui, on imagine mal Sarkozy décider de confier les rênes d'un gouvernement de combat à Eric Woerth.
Le Monarque, justement, est resté assez discret vis-à-vis de l'affaire. Il s'est senti obligé d'afficher un soutien à Woerth ce samedi. Mais il a lancé un autre contre-feu, sur le coût des G20. A Toronto, Nicolas Sarkozy a ainsi promis que les prochains G8-G20 que la France organisera en 2011 seront «dix fois» moins chers. Le Monarque est tout à la peine pour convaincre qu'il est rigoureux. La présidence française de l'Union européenne avait atteint des sommets de dépenses inutiles, comme cette réunion de 4 heures au Grand Palais à Paris pour 16 millions d'euros, douches incluses. Une polémique s'est emparée des deux sommets organisés par le Canada, dont le coût est estimé à un milliard de dollars (environ 800 millions d'euros). «Nous prévoyons un montant d'environ 80 millions d'euros, pas plus, pour financer le G8 et le G20 » a confié un membre de la délégation française samedi dernier. Gaffeur, Sarkozy s'est rattrapé pour ne pas vexé ses hôtes: «Ici nous sommes accueillis dans un confort très raisonnable et qui n'a rien de somptueux ».
Le soutien de Sarkozy n'a Woerth n'a rien de somptueux non plus...
Crédit illustration: Patrick Mignard
Ce soutien présidentiel ne fut pas la seule nouvelle du weekend. L'embauche de Mme Woerth par la société Clymène, cette holding gérant les actifs de Mme Bettencourt, avait soulevé plusieurs questions : était-elle au courant de l'évasion fiscale de son employeur ? Son embauche avait-elle été forcée ? Son mari de ministre a réfuté ces soupçons. Florence Woerth ne travaillait qu'au placement des dividendes, conséquents, de Mme Bettencourt, une compétence qu'elle pratique depuis des années et pour laquelle elle a été recrutée par Clymène, la société de gestion de la fortune de Mme Bettencourt. Or voici que Mediapart a livré de nouvelles révélations sur le sujet : Clymène affiche de gros déficits depuis des années : «Le plus intrigant est que Clymène, loin de contribuer à faire prospérer la fortune de Liliane Bettencourt, «créer de la valeur» comme le revendiquent les financiers, perd systématiquement de l'argent, détruit du capital. Sur les neuf exercices depuis sa création, elle a été cinq fois en pertes» écrit Martine Orange.
Le 25 juin, on a aussi appris que François-Marie Banier avait subi un contrôle fiscal, quelques mois après que Florence Woerth ait été embauchée parle gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. L'homme est au centre du procès qui doit se tenir dans quelques jours, et oppose Liliane Bettencourt à sa fille. Cette dernière accuse sa mère de n'avoir plus toutes ses facultés quand elle a légué sa fortune à M. Banier. «Eric Woerth (...) souligne que c'est sous son autorité qu'a été lancé un contrôle fiscal sur Monsieur Banier» a confirmé le ministère du Travail. A l'inverse, le directeur général des Finances publiques du ministère du Budget, Philippe Parini, a précisé dans un communiqué «qu'il n'a reçu aucune instruction de la part d'Eric Woerth, alors ministre du Budget, concernant le dossier fiscal de Mme Liliane Bettencourt ». C'est bien le problème ! L'hebdomadaire Marianne a publié, dans son édition du 26 juin, des courriers adressés par M. Banier à Mme Bettencourt faisant état de l'acquisition d'une île aux Seychelles, jamais mentionné par Bettencourt dans son patrimoine et ses revenus déclarés au fisc. Or ces courriers sont entre les mains du Parquet depuis début 2008. Et le procureur en charge de l'affaire n'a jugé bon d'alerté ses collègues des Impôts...
Que dire de ce dernier ? Philippe Courroye est un proche de Nicolas Sarkozy, comme de nombre de membres de la Jet-set du Fouquet's, comme le rappelait l'hebdomadaire l'Express en novembre dernier : «C'était un dîner intime, comme on les aime entre amis. Sauf que, ce soir-là, les hôtes de Philippe et d'Ostiane Courroye sortaient quelque peu de l'ordinaire: Nicolas Sarkozy, président de la République, et Carla, son épouse, étaient à la table du procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine). Etaient aussi présents le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, lui aussi un proche du chef de l'Etat, et sa femme. Selon la confidence d'un proche, Nicolas Sarkozy n'a que deux "amis" dans la magistrature: Yves Bot, ancien procureur à Paris, et Philippe Courroye, qui pourrait bientôt accéder à ce poste prestigieux.» Dès vendredi, Courroye a démenti avoir tardé à informer les services fiscaux des infractions dont il avait connaissance. Et pan ! Selon Philippe Courroye, Eric Woerth était donc bien informé, mais n'a rien fait.
On nage en plein mélange des genres. Un ministre lance un contrôle fiscal contre le protégé d'une milliardaire, mais pas contre cette dernière qui emploie par ailleurs l'épouse du ministre... Vous suivez ?
Dimanche, le successeur de Woerth au Budget, François Baroin, a annoncé qu'un contrôle fiscal venait d'être décidé à l'encontre de Liliane Bettencourt. Cette dernière avait de toutes façons affirmé lundi dernier qu'elle souhaitait rapatrier tous ces actifs en France. le même jour, Eric Woerth s'est défendu, en fin de journée, lors de l'émission du Grand Jury de RTL. Une défense inchangée, qui plaide la bonne foi et l'ignorance. A l'ouverture de l'émission, il répète : «ne sous-estimez pas ma capacité de résistance.» Puis : «je ne souffre pas du tout parce que je n'ai rien à me reprocher. (...) C'est une affaire très compliquée à laquelle je ne comprends rien, je ne sais pas ce qu'on me reproche». Mieux: «Je suis une totale cible politique». Eric Woerth, dimanche, fut habile mais peu convainquant. Il a clamé, sans preuve, que toutes les accusations sont fausses et archi-fausses. Sans gêne, comme d'autres, il n'a pas vu de problème d'éthique à sa situation. Et pour évacuer les questions gênantes, il a divergé sur ses propres efforts contre la fraude fiscale. Nous n'avons jamais lancé autant de contrôles fiscaux, justifie-t-il. La Cour des Comptes, justement, vient de rendre un rapport sur la lutte contre la fraude fiscale. Elle y dénonce «une couverture plus inégale des différentes catégories de contribuables et de dispositifs fiscaux par le contrôle fiscal.» Elle rappelle aussi que les droits rappelés et pénalités appliquées en 2008 se sont élevées à 15,6 milliards d'euros. Dix ans auparavant, en 1998, ils se chiffraient à ... 15,0 milliards. Où est la hausse ? «Le problème, c'est que les journalistes ne comprennent pas comment fonctionne le fisc» s'est-il exclamé. «Moi, j'ai peur de comprendre», rétorqua Jean-Michel Apathie.
Au final, Eric Woerth est affaibli. Il y a quelques mois à peine, on le présentait comme l'un des successeurs potentiels de François Fillon à la tête du gouvernement. Nicolas Sarkozy avait laissé entendre, en janvier dernier, qu'il procèderait à un remaniement gouvernemental à l'automne, une fois la réforme des retraites passées. Eric Woerth, placide et fidèle, était le candidat tout trouvé. Il a aussi très bien mené la fausse concertation sur les retraites, alternant confessions anonymes à la presse d'un côté, et grandes dénégations officielles de l'autre.
Aujourd'hui, on imagine mal Sarkozy décider de confier les rênes d'un gouvernement de combat à Eric Woerth.
Le Monarque, justement, est resté assez discret vis-à-vis de l'affaire. Il s'est senti obligé d'afficher un soutien à Woerth ce samedi. Mais il a lancé un autre contre-feu, sur le coût des G20. A Toronto, Nicolas Sarkozy a ainsi promis que les prochains G8-G20 que la France organisera en 2011 seront «dix fois» moins chers. Le Monarque est tout à la peine pour convaincre qu'il est rigoureux. La présidence française de l'Union européenne avait atteint des sommets de dépenses inutiles, comme cette réunion de 4 heures au Grand Palais à Paris pour 16 millions d'euros, douches incluses. Une polémique s'est emparée des deux sommets organisés par le Canada, dont le coût est estimé à un milliard de dollars (environ 800 millions d'euros). «Nous prévoyons un montant d'environ 80 millions d'euros, pas plus, pour financer le G8 et le G20 » a confié un membre de la délégation française samedi dernier. Gaffeur, Sarkozy s'est rattrapé pour ne pas vexé ses hôtes: «Ici nous sommes accueillis dans un confort très raisonnable et qui n'a rien de somptueux ».
Le soutien de Sarkozy n'a Woerth n'a rien de somptueux non plus...
Crédit illustration: Patrick Mignard
Mes Coulisses
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Pour en finir avec Florence D.
Elle aime bien Nicolas. Elle déploie une énergie prosarkozyste et anti-Hollande qui est presqu...14/02/2012 05:00 - sarkofrance -
Jean-Michel, tais-toi parfois.
Je te connais, tu sais être vivifiant. Mais parfois, il faut savoir bosser ses sujets, cesse...13/02/2012 05:44 - sarkofrance
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Juan Sarkofrance
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