Mardi 14 Février 2012




L'actualité quotidienne de Nicolas Sarkozy


Eric Woerth a confié au Journal du Dimanche du 29 mai qu'il veut bien tenir compte de la pénibilité du travail dans la réforme des retraites, mais à condition que cette pénibilité soit évaluée individuellement. Eric Woerth finit par être pénible. Individuellement.


Eric Woerth est individuellement pénible.


La réforme pénible d'un ministre pénible
Le ministre du Travail semble s'amuser à n'annoncer qu'au compte-goutte ses pistes de réforme des retraites. Ainsi, Eric Woerth a attendu le lendemain du mouvement de grève et de manifestations pour avancer d'un pas de plus sur la réforme des retraites : il souhaite de relever l'âge légal de 60 à 61, 62 ou 63 ans. Mardi, il indiquait qu'il faudrait reporter l'âge de départ. Vendredi, il précise la fourchette. «62, 63, 61, nous verrons tout cela». A la question de savoir si la barre des 65 ans pourrait être dépassée, le ministre reste évasif : «Il y a des fourchettes, ces fourchettes bougeront». Le recul à 62 ou 63 ans de l'âge de départ permet d'économiser rapidement 4 à 6 milliards d'euros. Qui paiera ces milliards ? Celles et ceux qui auront débuter tôt leurs carrières, c'est-à-dire les ouvriers, les employés, les artisans. Bref, les classes populaires. A côté de cela, la fameuse taxe exceptionnelle sur les hauts revenus génèrerait 600 millions d'euros. Un chiffre grotesque, et mal évalué. L'UMP débat encore de ce qu'est un «haut revenu». Xavier Bertrand a prévenu: «Je tiens à ce que le plafond soit défini de manière à ne pas toucher les classes moyennes ni même les classes moyennes supérieures

Samedi, Eric Woerth ajoutait une nouvelle information au dossier : «Nous réfléchissons à une logique d'individualisation». «Il ne s'agit pas seulement de la pénibilité intrinsèque des tâches, mais des effets différents qu'elle peut avoir sur différentes personnes, et de vérifier ces effets». Eric Woerth a une idée simple en tête: que l'ouvrier épuisé par une carrière débutée tôt aille chez le médecin justifier que son corps ne suit plus et mérite un repos amplement mérité. Qu'importe si statistiquement un ouvrier a 7 ans d'espérance de vie de moins qu'un cadre. Pas de question de généraliser ! Pas question que l'on se prive du travail pendant quelques années supplémentaires ! Le JDD confirme ainsi que le ministre du travail a retenu une approche dite par «exposition», soit-disant «consensuelle» : trois types de risques seulement sont retenus: «le contact avec des produits chimiques, le travail de nuit et le port de charges lourdes». Sont exclus le stress, les métiers aux gestes répétitifs comme caissière de supermarché. Le MEDEF suggère de laisser le médecin apprécier l’usure du salarié. Eric Woerth précise «Je ne vais pas recréer des régimes spéciaux». La réforme de ces derniers mériterait justement d'être évaluée... enfin.

La fausse réforme des régimes spéciaux
A la SNCF, les cheminots partent moins qu'avant à la retraite. Pour le gouvernement, c'est l'effet de la réforme des régimes spéciaux de l'automne 2007. En fait, comme pour l'ensemble du secteur public, c'est plutôt la crise qui semble responsable de cet allongement des carrières, les agents préférant retarder leur départ à la retraite à cause de la précarité de leur conjoint. En 2009, seuls 40% des cheminots qui pouvaient partir à la retraite l'ont fait : 4 800 contre 7 200. Les économies générées pour l'Etat s'élèvent à 31 millions d'euros. En juillet 2008, le gouvernement annonçait que sa réforme allait générer 282 millions d'euros d'économie dès 2012 sur la seule caisse de la SNCF. On voit mal comment ce chiffre très optimiste sera atteint en l'espace de 2 ans.

En 2009, l'assurance retraite a affiché un déficit de plus de 7 milliards d'euros. Le grand chahut gouvernemental sur les régimes spéciaux, et en premier lieu celui de la SNCF, était donc bien inutile. Surtout, la réforme s'est révélée au final coûteuse pour la SNCF : primo, les agents les plus âgés, donc les mieux rémunérés, restent dans l'entreprise. Secundo, la SNCF doit supporter des mesures d'accompagnement accordées aux cheminots par le gouvernement pour faire passer sa réforme en 2007. L'an dernier, un sénateur UMP établissait à 112 millions d'euros annuels le surcoût de ces avantages.

Déficits de la Sécu contre niches fiscales
Avant d'être au Travail, Eric Woerth a passé presque trois ans au ministère du Budget. Il connaît bien ses chiffres, et notamment l'importance relative des niches fiscales et des déficits de la Sécurité sociale.
La Sécurité sociale est sous-financée. On peut argumenter sur le poids des prélèvements nécessaires à son financement, cela ne change rien à la réalité du problème. Quand l'Etat dérembourse des frais de santé, il ne génère aucune économie. Il transfère la charge aux familles. En 2009,  la Sécurité sociale a ainsi coûté 313 milliards d'euros. Mais, crise oblige, la CSG a rapporté 1,7 milliards d'euros de moins qu'en 2008 (pour atteindre 68,4 milliards d'euros au total). Les dépenses ont cru de 3,1%, notamment à cause de la grippe H1N1. Le déficit global de la Sécu s'affiche ainsi à 20 milliards d'euros, dont 11 pour l'assurance maladie, 7 pour les retraites et 2 pour la branche famille.

Par comparaison, les niches fiscales ont coûté 75 milliards d'euros au budget de l'Etat la même année : le crédit d'impôt-recherche compte pour 5,8 milliards. S'ajoute l'ISF PME, créé en 2007, qui permet de réduire l'impôt de solidarité sur la fortune en investissant dans une PME, qui a coûté 670 millions d'euros. Ces dispositifs sont très critiqués : l'effort de recherche privé a stagné l'an dernier (+0,3%) et ce crédit est une aubaine pour les grandes entreprises alors qu'il était destiné aux PME innovantes. Seconde niche, la réduction de TVA à 5,5% pour travaux de rénovation coûte 5,15 milliards d'euros. Suit la prime pour l'emploi (4 milliards), le crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile (une mesure pour les classes supérieures), l'imposition réduite des bons et contrats de capitalisation et d'assurance-vie (3 milliards), la réduction de la TVA sur la restauration (3 milliards, totalement gâchés), le nouveau crédit d'impôt pour développement durable (2,8 milliards), et l'abattement de 10% sur le montant des pensions (2,65 milliards). La plupart de ces niches ont été sous-évaluées lors de leur examen parlementaire : la Cour des Comptes avait relevé que ces 75 milliards d'euros de niches fiscales dépassent de 6 milliards le coût prévu au moment de leur adoption.

Au final, on peut ainsi dresser quelques comparaisons : le recul de 2 ans de l'âge de retraite représente peu ou prou ce que coûte l'exonération de charges sociales pour l'emploi de babysitter et femmes de ménages par les classes moyennes. Chacun ses priorités, n'est-ce-pas ?

Ami sarkozyste, où es-tu ?




Crédit illustration : FlickR CC

Rédigé par juan sarkofrance le Lundi 31 Mai 2010 à 08:01 | Commentaires (13)

Nicolas Sarkozy aurait réussi son coup : briser la résistance des Français sur la réforme des retraites. Grâce à une communication hypocrite, un faux débat, des chiffres truqués, et une bonne dose de mauvaise foi, le Monarque a évité une démonstration de force massive dans les rues jeudi dernier. Les rentiers seront heureux. Sarkozy a joué son rôle, celui d'un chef de clan, d'un président de classe qui protège leurs intérêts.


160ème semaine de Sarkofrance : comment Sarko a endormi les Français sur les retraites


La retraite au compte-goutte
Le weekend dernier, quelques journaux publiaient les pistes de réforme des retraites retenues par Nicolas Sarkozy. Fidèle  son habitude, Sarkozy a fait démentir ces fuites bien opportunes. Rien ne serait tranché. Depuis des semaines, le gouvernement joue ainsi à cache-cache. Cette communication hypocrite se joue à deux niveaux : des conseillers, Raymond Soubie en tête, briefent quelques journaux de l'état des réflexions gouvernementales, pendant que des ministres assurent, la main sur le coeur, que la concertation doit se poursuivre. Les options retenues sont en fait connues depuis longtemps : le recul de l'âge de départ à la retraite dès le 1er janvier prochain (progressivement jusqu'à 63 ans) et l'allongement de la durée de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein (au-delà des 41,5 annuités initialement fixées pour 2020). Mardi, Eric Woerth a enfin officiellement confirmé le premier point. Il y a deux ans, le président français expliquait encore publiquement qu'il ne toucherait pas à ce curseur car il n'avait pas été élu pour cela. Eric Woerth a aussi expliqué, juste avant la grève du 27 mai, que l'alignement du secteur public sur les conditions du secteur privé serait pour plus tard. La démarche est habile, et illustre la stratégie présidentielle. Il s'agit de cliver à tout prix, diviser pour mieux régner. Sarkozy est en campagne. Il est président de l'UMP et déjà futur candidat. En isolant les régimes spéciaux du reste de la réforme, Woerth se protège de grèves trop importantes, comme en 1995, et clive le pays suivant une ligne de partage qu'il affectionne particulièrement.

«Cliver plus »
Pour cliver un peu plus le débat, le Monarque a demandé à ces proches de taper sur l'opposition. Mardi, en marge d'un déplacement officiel à Beauvais, Nicolas Sarkozy a réquisitionné le palais des congrès voisin pour un meeting politique à huis-clos avec 1200 militants UMP. Il s'est lâché contre ... François Mitterrand, et la retraite à 60 ans, instaurée en 1983. Le Monarque se trompe de siècle. Tout est bon pour protéger le capital et la rente. Ces derniers ne contribuent que pour 20% aux 860 milliards de prélèvements obligatoires qui financent notre système public et social. Le taux de prélèvements obligatoires sur le capital reste modeste (18%). Insupportable pour Sarkozy. La grande imposture continue: après le «Travailler plus», voici le «Travailler plus longtemps».  Le gouvernement a bien concédé le principe d'une taxation supplémentaire des hauts revenus et du capital. Mais elle sera finalement symbolique, partielle et ridicule : on annonce 600 petits millions d'euros. Aucune mesure de contribution des revenus du capital et de la rente n'est avancée pour le moment. Le gouvernement «réfléchit». Quand il s'agit de taxer les plus riches, il prend son temps. Quel contraste avec le plan de sauvetage des banques de l'automne 2008 ! La Cour des Comptes vient d'en dresser le bilan. Elle épingle l'absence de contreparties négociées par le gouvernement. L'Etat ne tirera aucun profit des sommes prêtées ou garanties aux banques françaises : à court terme, Sarkozy s'était félicité des 1,4 milliards d'euros d'agios récoltés. En fait, des coûts différés (350 millions d'euros dès 2011) vont progressivement annuler ces bénéfices d'un jour.

Sur les retraites, certains pompiers pyromanes n'ont d'ailleurs pas compris la leçon de la catastrophe boursière d'il y a deux ans. Hervé Novelli, le secrétaire d'état au Commerce et au Tourisme, a exprimé tout haut ce que certains pensent tout bas à l'UMP : il regrette que la capitalisation soit exclue des réflexions. Placer l'avenir de sa retraites dans les mains de quelques traders ? Quelle bonne idée !

Vendredi, le Figaro relayait les propos de l'Elysée: les manifestations de la veille ont été modestes, la grève aurait été peu suivie. La tactique gouvernementale serait validée. La une du journal semble plus que jamais se concocter à l'Elysée : «la faible mobilisation ouvre la voie à la réforme». Raymond Soubie confie que «le débat a fait du bien dans le pays.» Quel débat ? Le même conseiller explique d'ailleurs, en off cette fois-ci, que la communication «au compte-gouttes » du gouvernement a permis de «mithridatiser » les Français. 

Peaufiner l'image
Discrètement, un web-documentaire sur Carla Bruni a été retiré de la Toile. Constitué d'images publiques, et notamment d'extraits d'Eurotrash en 1996 où elle traduisait bien volontiers quelques extraits d'un guide sur le sexe et l'amour, il dérangeait visiblement les communicants élyséens. L'image de la première dame doit être lisse et claire.  L'élection approche. Il faut effacer toutes les traces Bling Bling qui pourraient heurter l'électorat conservateur. Le weekend dernier, Nicolas ne travaillait pas, Pentecôte oblige. Mais il s'est affiché au bras de son épouse Carla sur les Champs Elysées. L'image souriante du couple présidentiel se promenant parmi des agriculteurs et des badauds tout aussi souriant a fait le tour des rédactions. Et quand Nicolas transpire, Carla lui essuie gentiment le front.

Le lendemain, à Beauvais, Sarkozy voulait également se montrer souriant et détendu au milieu d'élèves du collège Fauqueux. Mais il fut chahuté. Un malotru lui a jeté une bouteille d'eau en plastique vide sur l'épaule.

Vendredi, Nicolas Sarkozy revenait heureux de Genève. L'UEFA a accordé l'organisation de l'Euro 2016 à la France. Le Monarque pouvait être tout sourire. Michel Platini a même déclaré que son déplacement avait été utile. Pour une fois que Sarko sert à quelque chose !

Le 18 juin prochain, le Monarque jouera à de Gaulle. Il se retrouvera dans les locaux de la BBC, là où le général de Gaulle prononça son appel du 18 juin. Les conseillers élyséens l'ont martelé aux journalistes : c'est une première pour un président français.  La comparaison avec le sauveur du 18 juin risque d'être difficile pour Nicolas Sarkozy.

Cette communication organisée veut présidentialiser le Monarque. Est-ce efficace ?

Emploi, Sécurité, banlieues: des promesses pour qui ?
Mercredi et jeudi, Sarkozy et Horefeux ont fait de la politique sur le dos d'une morte, une jeune policière tuée par balles la semaine précédente lors d'un accrochage violent avec des gangsters à Villiers-sur-Marne. Nicolas Sarkozy s'est précipité à l'enterrement pour prononcer son oraison funèbre. Cette fébrilité présidentielle créé le trouble. On oublierait presque qu'il est responsable de la baisse des effectifs de la police et de la gendarmerie depuis 2007, et que ses propres résultats en matière de lutte contre l'insécurité sont tout simplement mauvais. Dès dimanche, Brice Hortefeux annonçait qu'il avait signé un décret autorisant l'équipement des polices municipales en Taser. Amnesty International s'indigne. Les syndicats de policiers dénoncent la mesure gadget et inutile.

Jeudi, François Fillon a enterré une réforme de plus: la politique de la ville. On ajoutera ce renoncement à la longue liste des promesses non tenues. En 2007, Nicolas Sarkozy promettait un plan Marshal pour les banlieues. En fait, nous avons un plan minable. En 2010, François Fillon répond qu'on n'a plus d'argent et qu'il faut attendre la réforme des collectivités territoriales. Fadela Amara, secrétaire d'état en charge du sujet, espérait convaincre de concentrer les aides sur les quartiers les plus pauvres. C'est raté. Elle devra attendre 2011. Ou 2012. Il paraît qu'elle voterait bien Strauss-Kahn si ce dernier était candidat. Pourrait-elle commencer par démissionner d'un gouvernement où elle ne sert à rien ?

Le chômage est reparti à la hausse. Avait-il vraiment baissé ? « Fin avril 2010, en France métropolitaine, 3 926 200 personnes inscrites à Pôle emploi étaient tenues de faire des actes positifs de recherche d'emploi (4 165 300 y compris Dom), dont 2 677 000 étaient sans emploi (catégorie A) et 1.249.200 exerçaient une activité réduite, courte ou longue (catégories B et C) » indique la DARES vendredi. Le cap des 4,5 millions de chômeurs est donc franchi. La ministre Lagarde ose l'explication suprême : «Le nombre de demandeurs d'emploi envoyés en formation ou bénéficiant de contrats aidés continue de progresser. Cette évolution encourageante permet de maintenir les compétences acquises et favorise le retour vers l'emploi». En d'autres termes, on cache autant que possible les chômeurs dans des dispositifs annexes. Cela ne créé aucun emploi, mais c'est bon pour les statistiques ! Seuls 22% des sorties des fichiers de Pôle Emploi sont attribuables à des reprises d'emploi. Les 78% restant sont des mises en formations, des radiations ou des cessation de recherche. Tous les curseurs sont mauvais : le chômage de longue durée augmente, tout comme celui des moins de 25 ans, des plus de 50 ans, des femmes, etc.

Des économies, pour qui ?
Le gouvernement cherche 600 nouveaux millions d'euros d'économies sur le dos de la Sécurité sociale. Pourquoi ? Le seuil d'alerte a été dépassé. Les frais "dérapent", nous explique-t-on.  François Baroin et Roselyne Bachelot ont rapidement identifié des pistes d'économies: baisses de prix de médicaments, baisse des indemnités journalières d'arrêt maladie, gel de certains crédits, les idées ne manquent pas… D'autres dépenses dérapent, mais les autorités de Sarkofrance n'en font pas tout un plat: vendredi, le député René Dosière s'est inquiété de l'évolution des dépenses élyséennes : en 2009, elles ont progressé de 2,9 millions d'euros, dépassant l'enveloppe allouée pour l'exercice. L'Elysée ne tient pas ses comptes. Les seuls frais de voyages ont dérapé de 8 millions d'euros par rapport à 2008. Au passage, on apprend que l'utilisation du château de la Lanterne, à Versailles, pour les weekends du monarque coûte près de 200 000 euros l'année. 

Vendredi, l'Assemblée nationale a également refusé, à trois reprises, des amendements de l'opposition visant à ce que les ministres qui ont conservé un mandat de maire ou d'élu local ne perçoivent, «au titre de ses mandats locaux, aucune rémunération, aucune indemnité et aucun avantage». La quasi-totalité des ministres et secrétaires d'état sont concernés. La rigueur n'est pas pour tout le monde.

Le même jour, une association dénonçait l'avantageux système de retraites des parlementaires, et surtout des députés: il suffit d'un mandat de 5 ans pour qu'un élu à l'Assemblée nationale dispose de l'équivalent de 40 annuités de cotisation d'un salarié. Bravo !

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Rédigé par juan sarkofrance le Dimanche 30 Mai 2010 à 01:01 | Commentaires (30)

Vendredi 28 mai, Nicolas Sarkozy rentrait souriant de Genève. Grâce à lui, la France organisera le championnat d'Europe de Football en 2016. Le même jour, un député s'est attaqué en vain au cumul des indemnités de ses ministres. Le même député a pointé du doigt le dérapage des dépenses de l'Elysée en 2009. Une association a dénoncé les juteuses retraites de nos parlementaires.


Elysée, députés, ministres : la rigueur n'est pas pour eux.
Les députés ont une belle retraite.
«Un député touche, après 5 ans d’activité, la même retraite que le salarié du privé qui a travaillé 40 ans». L'association Sauvegarde Retraites a mis les pieds dans le plat, vendredi dernier. Il suffit d'un mandat à un député pour s'assurer 1 550 euros de retraite, 3 096 euros pour 2 mandats, 4 644 euros pour trois avec un maximum de 6 192 euros. En moyenne, cette dernière s'élève à 2 700 euros mensuelles. «Ainsi un député qui a exercé deux mandats et qui prend sa retraite à 60 ans, avec une espérance de 20 ans touchera, au total, 743 000 euros de pension alors qu’il n’aura versé que137 160 euros de cotisation.» Ce régime est financé à 88% par des subventions de l'Etat. Il a coûté 56 millions d'euros en 2009, pour 60 millions de prestations. Les députés, comme les sénateurs, peuvent cotiser double pendant leurs trois premiers mandats, une possibilité qui est facultative pour les sénateurs. Ces dernières ont un système également très favorable mais couverts par leurs cotisations et par la capitalisation.

Last but not least, députés et sénateurs peuvent cumuler ces retraites confortables avec celles acquises au titre d'activités parallèles. A la différence du commun des citoyens, les parlementaires peuvent cumuler mandats publics et activité salariée en même temps. Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, est un très bel exemple : député, il est aussi maire (de Meaux) et avocat d'affaires. Son collègue René Muselier (UMP) est député de Marseille, conseiller municipal et directeur de clinique privée. 

Rappelons qu'en France, le montant moyen de retraite globale s'élevait à 1535 euros pour un homme, et 979 euros pour une femme (données 2004).

Les dépenses de l'Elysée dérapent
Le député apparenté socialiste René Dosière agace. Il vient de réclamer un gel des dépenses de l'Elysée: « Je préconise que le budget de l'Elysée ait désormais une progression zéro volume, c'est-à-dire qu'il ne bouge pas, tout comme d'ailleurs le budget de l'Assemblée nationale» a-t-il expliqué.

Les dépenses de la Présidence se sont élevées à 114,3 millions d'euros en 2009, en apparente stabilité par rapport à 2008. Mais si l'on retranche les frais afférents à la présidence française de l'Union européenne au second semestre 2008, la progression ressort à 2,5%, soit 2,855 millions d'euros. Six fois plus que le budget général de l'Etat (0,4%). Dans le détail, on constate que les frais de déplacements du Monarque ont à nouveau explosé : 7,4 millions d'euros, soit une progression de 51% par rapport à 2008. Nicolas Sarkozy voyage beaucoup. La présidence de la République ne donne aucun détail sur ces déplacements



Pire, l'Elysée ne sait pas maîtriser son budget: les dépenses réelles ont dérapé de 2,6 millions d'euros l'enveloppe allouée.

Le député Dosière mentionne  quelques points croustillants: ainsi, aucune explication n'aurait été donnée «sur la baisse du remboursement, par Matignon, du coût du pavillon de la Lanterne (à Versailles) 200 000 en 2008 et 153 000 en 2009. En 2010 sont prévus 35 000 euros

Nous avons l'explication : le château de la Lanterne, propriété de la Présidence de la République, n'est quasiment plus utilisé par les services du Premier ministre. Nicolas Sarkozy l'a réquisitionné à son profit pour ses weekends au repos quand il ne descend pas au Cap Nègre dans la résidence de la famille Bruni. On connaît donc désormais le coût de ces repos versaillais : près de 200 000 euros par an.

Autre détail livré par René Dosière, l'Elysée consacre de moins en moins d'argent aux «aides sociales accordées traditionnellement par la Présidence de la République aux personnes en difficulté démunies de ressources.» Les sommes n'ont certes jamais été très importantes, mais la diminution quasiment de moitié depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy est à noter: de 298 000 euros en 2006, elles sont tombées à 174 000 euros en 2009.

Les ministres cumulent les indemnités.

Autre sujet d'inquiétude du député Dosière, le cumul d'indemnités par les ministres: on frise la gabegie, et la nausée. La plupart des ministres cumulent des mandats locaux en sus de leur fonction au gouvernement : Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, est également première adjointe à la mairie de Saint-Jean-de-Luz; Jean-Marie Bockel, secrétaire d'État à la Justice, vient de lâcher la mairie de Mulhouse, mais reste conseiller municipal. Tout comme Pierre Lellouche (Affaires européennes) à Paris, Nora Berra (Aînés) à Lyon et Benoist Apparu (Logement) à Châlons-en-Champagne. Chantal Jouanno, Rama Yade, Valérie Pécresse sont conseillères régionales en Ile-de-France;  Nadine Morano (Famille) cumule les mandats de conseillère municipale à Toul et conseillère de Lorraine. Certains ministres sont carrément maires : Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, à Nice ; Hubert Falco à Toulon; Nathalie Kosciusco-Morizet (quand elle ne twitte pas ses états d'âme de secrétaire d'Etat au numérique) à Longjumeau; Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, au Puy-en-Velay (depuis 2008); Luc Chatel (Éducation nationale) à Chaumont; Eric Woerth à Chantilly; Éric Besson à Donzère (Drôme); Hervé Morin à Épaignes (Eure). 

Vendredi 28 mai, René Dosière a donc déposé trois amendements prévoyant que les ministres qui ont conservé un mandat de maire ou d'élu local ne perçoivent, «au titre de ses mandats locaux, aucune rémunération, aucune indemnité et aucun avantage». 

Sans surprise, ces amendements ont été refusés ... sans aucune explication.



Crédit illustration: FlickR CC

Rédigé par juan sarkofrance le Samedi 29 Mai 2010 à 11:01 | Commentaires (18)
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