Mardi 14 Février 2012




L'actualité quotidienne de Nicolas Sarkozy


Comment comprendre cette agitation soudaine ? Il n'y a qu'une seule explication: Nicolas Sarkozy a enfin conscience qu'il a raté sa campagne.

Dimanche, Nicolas Sarkozy était au Palais. Il n'a sans doute pu faire son jogging dans le jardin. Il n'est pas allé au Château de la Lanterne, à Versailles. Il adore pourtant ces moments de luxure pseudo-républicaine.

Cette semaine, il a presque promis d'officialiser qu'il serait candidat. Il y a quelques jours à peine, la démarche n'était pas urgente. Le Monarque voulait attirer l'attention sur lui en faisant durer ce faux suspense. Mais il n'y arrive pas. Ses annonces n'intéressent que très peu. Il coagule toujours contre lui quelque 75% des sondés à chaque enquête. Pourtant, il dépense beaucoup et depuis longtemps en sondages.

Quel gâchis !


Pourquoi Nicolas Sarkozy a raté sa campagne.

 
A l'Elysée, les soutiers ont déjà préparé leur CV.
 
Sarkozy panique, ou bien ?
Ce devrait être donc sa semaine. Mercredi, il devrait officialiser ce que l'on sait tous depuis mai 2007, il est candidat à sa réélection. Il en a bien profité de cette première mandature qu'une majorité sondagière espère la dernière. Lundi, il a prévu une inauguration, tel un Jacques Chirac des années 2007, le siège d'une gendarmerie à Issy-les-Moulineaux chez son ami André Santini, ancien ministre mais toujours inculpé. Mardi, il ira dans une PME, se montrer au milieu des employés de Photowatt à Bourgoin-Jaillieu. Jeudi, on annonce un déplacement à Lyon. Vendredi, il a un sommet franco-britannique à Paris, avec lepremier ministre David Cameron.
 
Sarkozy a décidé de placer sa campagne sur les valeurs car il n'a plus de programme à défendre, aucune proposition à argumenter, aucun bilan à assumer. On espère que le Figaro Magazine s'est bien vendu, ce samedi. Quelle interview ! En coulisses, toujours en coulisses, Sarkozy a promis: « Je ne vais pas les laisser respirer. Les amis, ça ne va plus s’arrêter ». Pourtant, on ne sait pas de quoi il parle. Ses déclarations du weekend ont assez rapidement fait pschitt. 
 
Sarkozy a commis une grosse erreur: en 2007, il « triangulait » et donc troublait ses opposants. En 2012, il se ghettoïse et renforce du coup ses oppositions. Même François Bayrou a appelé, dimanche, les centristes de l'UMP à venir le rejoindre après les provocations de Sarkozy sur le chômage ou l'immigration.
 
Mercredi soir, Nicolas Sarkozy devrait être à la télévision, pour annoncer qu'il est urgent qu'il soit candidat. Entre le 29 janvier dernier et ce 15 février, que s'est-il donc passé ? Il y a 10 jours, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas être candidat. Il avait des urgences. Lesquelles ? Une augmentation de la TVA qui ne sera donc pas applicable avant octobre, un projet de traité européen (décidé en décembre) qui ne pourra être voté, un déplacement à Fessenheim et un autre dans une crèche avec des enfants-figurants pour tacler François Hollande. Telles étaient les urgences présidentielles qui empêchaient Nicolas Sarkozy d'officialisation une décision prise depuis longtemps. 
 
La réalité était évidemment bien différente. 
 
Le 19 février, Nicolas Sarkozy sera en terrain ami, à Marseille. Les militants UMP ont déjà  reçu leur invitation de Renault Muselier, premier adjoint, « pour venir soutenir le Président », c'est-à-dire le candidat , le 19 février au Parc Chanot. C'était curieux. Le même jour, au même endroit, se tiendra le Salon de l'érotisme.
 
Ses proches paniquent, ou bien ?
A Nogent-sur-Marne, un maire UMP a décidé d'ériger une statue à la gloire de Carla Bruni-Sarkozy, l'épouse du chef de l'Etat qui intrigue par l'ampleur des manipulations esthétiques qu'elle fait si régulièrement subir à son visage. Il veut représenter « les ouvrières ». On croit rêver. Le désarroi à droite est plus profond. 
 
Eric Besson, l'ancien débauché devenu ministre et sarkozyste zélote, a réfuté que Nicolas Sarkozy ait filé à droite toutes. Il s'est agacé que certains de ses collègues ministres confient leurs inquiétudes en coulisses et en off à la presse. 
 
Son ami David Douillet, devenu ministre des Sports il y a quelques mois, en a rajouté: François Hollande, « c’est l’explosion du sport français! ». Qu'avait donc fait François Hollande pour mériter une telle caricature ? Le candidat socialiste avait simplement annoncé ses propositions, une « nouvelle loi-cadre sur le sport », avec « un plan national des infrastructures sportives, une lutte antidopage renforcée, un changement de la législation sur les paris en ligne ou encore un meilleur accès des Français au sport ». Quelle horreur !
 
Brice Hortefeux, l'ancien ministre de l'identité nationale, sur France 5, a prêché la bonne parole avec l'énergie du désespoir: « Tout tourne autour des idées, autour des propositions, autour des suggestions, autour des initiatives de Nicolas Sarkozy, et ce qui est vrai, ce qui se dessine, ce qui se comprend, ce qui apparaît chaque jour davantage, est que finalement, aujourd'hui Nicolas Sarkozy est le candidat du mouvement, tandis que François Hollande est de plus en plus le candidat de l'immobilisme. » Sarkozy, candidat ? Ben oui. La journaliste de France 5 rigolait presque.
 
De quoi parlait-il ? Personne ne connaît le programme de Nicolas Sarkozy.
 
Le weekend dernier, Marine Le Pen a réagi aux propos tenus dans le Figaro Magazine: « le lien entre immigration et insécurité est prouvé ».
 
Ami sarkozyste, ne pars pas. 
 
La campagne ne fait que commencer.

 

Rédigé par Juan Sarkofrance le Lundi 13 Février 2012 à 10:01 | Commentaires (196)

Nous étions gênés. L'homme était présenté comme un vibrant candidat. En 2007, il était parvenu à convaincre 53% des suffrages, malgré 5 années de mandat Chirac où il fut le ministre majeur. Il était parvenu à faire croire qu'il avait changé, qu'il s'était calmé, qu'il savait incarner cette France composite du 21ème siècle.

Cette semaine, il est devenu l'un des hommes politiques les plus ridicules du moment. Un homme presque incompréhensible. Il ne cessait de se comparer au François Mitterrand de mars 1988. Mais au lieu d'un succédané de la France Unie, nous eûmes droit à une resucée de l'Union rance version Front National. Grosse déception.


249ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, ou le Peuple version Fouquet's


En début de semaine, son ministre de l'Intérieur avait donné le « la ». Il devait justifier de propos inutiles et hors sol sur les « civilisations ». La manoeuvre était facile et rabâchée. Le lendemain, son Monarque approuvait ses propos de « bon sens ». Guéant est « l’islamophobe en chef » de Sarkozy, rétorquait le quotidien algérien Liberté. Mardi à l'Assemblée, un député apparenté socialiste l'accusa de suivre une voie dangereuse qui conduisait au nazisme. Tout le gouvernement indigné quitta l'hémicycle. En arrivant à la Réunion en fin de semaine, le ministre ne cherchait plus à se défendre, il plaidait le malentendu.

Lundi, Nicolas Sarkozy s'était montré avec Angela Merkel. Il était curieux, soucieux d'être plus vertueux dans le verbe que sa consoeur allemande. Il monopolisa une quinzaine de minutes, encore, d'un journal télévisé. On a tout oublié. Il était dans le Salon Murat.

Mardi, il s'est affiché père des familles. Il avait déboulé en jet présidentiel dans une crèche dans le Tarn, à Lavaur. Merveilleux ! Il sortit un gros mensonge. Non, il n'avait pas construit 200.000 places de crèches en 5 ans. Il avait simplement augmenté le nombre d'enfants à garder par assistante maternelle. Une véritable arnaque.

Mercredi, Nicolas Sarkozy faisait adopter son programme en conseil des ministres.
Les « mesures fortes » présentées le 29 janvier dernier sur 10 chaînes de télévision n'étaient que des mesurettes, douloureuses ou confuses, mais toutes insuffisantes pour changer grand chose à la situation du pays: les ménages paieront 12 milliards de TVA supplémentaire que l'UMP qualifie toujours de « sociale » dans des réunions politiques. L'UMP prédit que l'inflation restera maîtrisée, mais des économistes l'ont contredit, exemple allemand à l'appui. La fameuse taxe sur les transactions financières, qui « vise à créer une juste participation du secteur financier à l’effort de redressement des finances publiques », est bien modeste (0,1% des transactions sur les actions de sociétés françaises cotées dont la capitalisation excède le 1 milliard d'euros), et sans contrepartie sociale ni de développement. Quelle taxe Tobin !

L'allègement des cotisations patronales familiales réjouira les entreprises, même celles qui ne sont pas exposées à la concurrence internationale. Mais son impact sur la compétitivité est anecdotique. Pourtant, les services de Bercy sont allés jusqu'à prédire la création de 100.000 emplois créés dans les 3 ans... 25 millions de foyers vont payer 12 milliards d'euros de TVA supplémentaires pour 100.000 emplois improbables... La prévision est invérifiable, même dans trois ans.

Mercredi, on s'inquiétait, en Sarkofrance, de deux accélérations judiciaires. Un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly-sur-Seine passait en procès pour une affaire de détournement du 1% logement. Sarkozy fait mine d'ignorer, mais il stresse comme un beau diable. Thierry Gaubert est aussi mis en examen depuis septembre dans le Karachigate. Mercredi, Eroc Woerth était mis en examen pour trafic d'influence passif dans cette affaire qui mobilisa les services secrets français inquiets de l'emballement médiatique. Rappelons que le patron de ces derniers, Bernard Squarcini, avait été inculpé pour espionnage de journalistes dans cette même affaire...

Le soir, les photographes ont immortalisé ce moment, François Hollande est allé serrer la main de Nicolas Sarkozy au dîner du CRIF. Le Monarque le tutoya spontanément. Il était extra-ordinairement chaleureux. Tout en proximité. Le lendemain, il profitait d'une distance retrouvée pour traiter Hollande de couard. La distance donne le courage...

Sarkozy nous a aussi promis un livre "intime ". On craint le pire, la confession qui tombe à plat, le surcroît de langue de bois, un nouveau « J'ai compris, je regrette » après le « j'ai changé » de janvier 2007. On imagine que quelques psychologues se régaleront de l'ouvrage.

Jeudi, il était aussi à la centrale de Fessenheim, près de Strasbourg. Il s'y est rendu en avion présidentiel. Cette visite n'avait rien à voir avec son job de président. Il n'y avait aucune urgence qui nécessite le déplacement. Sarkozy n'était là que parce que le candidat Hollande avait promis de fermer l'installation. Donc il voulait s'y montrer, et tacler en public et à distance son principal opposant.

Il voulait fanfaronner devant les employés de la centrale. C'était facile. Comme l'a commenté Corinne Lepage le lendemain, Sarkozy se serait fait applaudir par des ouvriers de l'amiante. La centrale est l'une des plus vieilles de France, moins confinée que les nouveaux modèles, et installée en zone sismique et inondable; Bref, elle a autant de risques d'un accident que Fukushima.

Il a fustigé le manque de courage de François Hollande. C'était facile. Lui-même n'est pas allé à Gandrange expliquer aux ouvriers d'Arcelor-Mittal pourquoi leur usine avait fermé malgré ses promesses. Le Monarque aurait pu se saisir de l'occasion pour s'interroger sur le récent rapport de la Cour des Comptes, du 31 janvier.

Vendredi, on apprenait  d'une énième confidence que le Monarque se déclarerait candidat le 16 février. Le journaliste d'iTélé Michael Darmon révélait quelque part vers 18h30 que le Monarque avait choisi « un lieu symbolique pour le peuple français ». Il y aura ensuite une interview télévisée, un déplacement de province (comme chaque semaine) et un meeting (à Marseille, le 19 février). Le même jour, le Monarque recevait des élus locaux pour une « conférence sur les finances locales ». La majorité était à gauche. Le Président était à droite. Mais surtout responsable de 500 milliards d'euros de dette publique supplémentaire en un quinquennat. Le Président du Fouquet's avait pourtant de grandes idées.

Samedi, le Figaro Magazine publiait cette improbable interview. Depuis 3 jours, on en connaissait l'essentiel. Sur le tard, le Monarque découvrait les vertus du référendum ciblé et opportuniste. Il n'en voulait pas sur le nucléaire, mais lui trouvait pourtant une qualité pour « surmonter » les « blocages » de la société française. Il avait choisi deux thèmes de choix: imposer aux chômeurs des formations et des emplois et conditionner le mariage de Français avec des étrangers à des preuves de revenus et d'emploi. Fantastique ! On s'amusa de cette soudaine envie de « démocratie » si bonapartiste. Contre les collectivités locales, il menaçait :«  il faudra trouver les moyens pour que les dotations de l'Etat soient modulées en fonction de leur politique de maîtrise des dépenses ».

Depuis des mois, Nicolas Sarkozy construisait son image de Président rassembleur et protecteur à coup d'images d'Epinal. Le succès de la campagne de François Hollande, la résilience de Marine Le Pen, le maintien de Jean-Luc Mélenchon lui ont fait réalisé un peu tard qu'il était en train de passer à côté de la campagne. Cette fois-ci, il choisissait de cliver à droite, voire à l'extrême droite. L'homme se fichait de la cohésion sociale, en ces temps de précarité de masse. Ce samedi, il nous a refait son discours de Grenoble.

Allait-il devoir poser nu pour attirer enfin l'attention sur son triste sort ?

Ami sarkozyste, où es-tu ?


Rédigé par Juan Sarkofrance le Samedi 11 Février 2012 à 18:17 | Commentaires (0)

La réforme de la formation initiale et de recrutement des enseignants des premier et second degrés dite de la « mastérisation », mise en œuvre à compter de la rentrée scolaire 2010-2011, fait l'objet d'un large et édifiant chapitre du récent bilan 2011 de la Cour des Comptes.

Les conseillers rappellent d'abord qu'elle visait à élever le niveau de recrutement, mais aussi à tirer parti, « le plus rapidement possible, des économies d’ emplois ». Au final, les résultats sont médiocres et le bilan inquiétant.


Mastérisation: la Cour des Comptes tacle la réforme Sarkozy

 
Où sont les économies ?
Le  gouvernement voulait donc économiser de l'argent. Las, il est incapable d'estimer correctement les économies et les coûts. Ainsi, la suppression nette de 9.567postes d’enseignants stagiaires des instituts universitaires de formation des maîtres pour une économie d'au mieux 370 millions d'euros annuelles.
  • Suppression des postes de stagiaires: - 707M
  • Création d’emplois de titulaires: +116M
  • Rémunération des étudiants M2: +130M
  • Revalorisations début de carrière: +39M
  • Bourses de « mastérisation »: +25M
  • Indemnités de suivi et de tutorat: +27M
  • Total mesures liées à la réforme: -370M
Mais cette évaluation apparemment précise ne prend pas en compte d'autres coûts: 
- «Les coûts directs, nombreux - enseignement, administration, immobilier, etc. - entraînés par le maintien dans le système universitaire pendant une ou deux années supplémentaires des étudiants se destinant à l’enseignement »
- « l’impact de l’allongement des études des candidats sur le coût global des bourses de l’enseignement supérieur »
- le coût des années de formation supplémentaires pour les candidats qui ont échoué aux concours de recrutement mais se réorientent.
 
Quelle amélioration ?
En termes qualitatifs, la Cour n'est pas avare en critiques. Elle fustige d'abord la précipitation avec laquelle le gouvernement a agi: « le choix d’une mise en œuvre rapide de la mastérisation a été à l’origine d’une grande partie des difficultés constatées au cours de sa première année d’application
 
1. Les nouveaux enseignants se sont révélés insuffisamment formés : à la rentrée 2010, « plus de 70 % des enseignants recrutés au mois de juin précédent n’avaient aucune expérience de l’enseignement ».
 
2. Leur affectation a posé problème: il furent affectés aux créneaux ou dans les établissements que les professeurs expérimentés ne voulaient pas, voire affectés dans plusieurs établissements à la fois ! La Cour note que l'affectation multiple a concerné « 22,3 % des enseignants stagiaires à Paris, 18,9 % à Grenoble, 16,5 % à Lyon, 13,2 % à Rouen et 10,4 % à Rennes. »
 
3. L'encadrement promis par un enseignant expérimenté n'a pas été à la hauteur des promesses gouvernementales: « 23 % des stagiaires n’étaient pas situés dans le même établissement que leur tuteur.» Certaines académies ont atteint des records: « Ce taux a dépassé 25 % dans la moitié des 26 académies qui ont répondu à cette enquête : il a atteint 31 % dans les académies de Lyon et de Reims, 34 % dans celle Rouen, 35 % dans celle de Caen et 46 % dans celle de Paris. »
 
4. Le vivier de recrutement s'est tarit: « Le relèvement du niveau de diplôme requis pour se présenter aux concours a entraîné mécaniquement une baisse du vivier potentiel de candidats. » Les inscriptions aux concours externes du premier degré a perdu 31.000 candidatures (sur 74.000 !) en un an. Pour le second degré, la chute fut moins sévère mais réelle: 86 250 en 2010,  65 314 en 2011. Pire, le taux de présence aux concours s'est affaissé.
 
5. Conséquence logique, le taux de sélectivité pour le second degré a diminuéde 13,1 % à 15,8 % pour l’agrégation, de 22,7 % à 32,5 % pour le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES), et de 18,5% à 42,6% pour le certificat d’aptitude au professorat d’éducation physique et sportive (CAPEPS).»).
 

Au final, la conclusion est sans appel:
« Par-delà ces difficultés de mise en œuvre, la réforme de la formation initiale et du recrutement des enseignants n’atteint pas les objectifs assignés à l’origine. Elle ne garantit pas que les enseignants bénéficient désormais d’une formation initiale plus « professionnalisante ». Elle soulève, en outre, des questions sur son adéquation avec les orientations générales du système éducatif et sur les conditions générales de recrutement des enseignants.»


 

Rédigé par Juan Sarkofrance le Samedi 11 Février 2012 à 13:06 | Commentaires (189)
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