Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Le bal des «écolocrytes»

Mercredi 31 Janvier 2007

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Et voilà le grand bal des politiques, le grand bal des hypocrites, des « écolocrytes », diront certains, puisque c’est aujourd’hui que la plupart des candidats à l’élection présidentielle vont en grande pompe médiatique signer le pacte écologique de Nicolas Hulot au Musée des Arts Premiers. Je ne leur conseille pas ensuite de s’y attabler car le restaurant « Les Ombres » est sans doute une des plus belles entourloupes culinaires de la capitale. Le cadre est prometteur, la vue est enchanteresse, le personnel est stylé, mais il y a du sable dans la salade et les poireaux, les viandes sont mal cuites et insipides alors que l’addition est particulièrement salée. Faut-il y voir un parallèle, une parabole avec le spectacle que nous allons déguster et qui se terminerait lui aussi en coup de massue. On peut le craindre même s’il est plutôt réjouissant de voir dix prétendants venir comme à Canossa confier le pourquoi et le comment de leur tout neuf, tout propre, tout mignon engagement écolo.

Leur démarche souriante, enthousiasmante même, est bien la preuve d’une prise de conscience des dangers écologiques. L’opinion les a précédés, les politiques suivent alors que plus personne ne conteste que le climat est détraqué, que l’air, la terre et l’eau sont empoisonnés et que l’écologie est une chose trop sérieuse pour être abandonnée aux écologistes. Une action vigoureuse s’impose. Une révolution écologique même, qui entraîne des bouleversements économiques et sociaux nationaux comme internationaux. Ça, c’est ce que chacun des candidats va dire à sa façon pendant 15 minutes en ciselant ses mots puisque leur examen de passage sera télévisé notamment sur I-Télé.

Il y aura les plus grands des champions en compétition mais aussi des petits. Pas tous puisque manqueront par exemple Olivier Besancenot, Arlette Laguillier, Jean-Marie Le Pen ou Philippe de Villiers, mais, outre les écologistes estampillés comme Antoine Waechter, Corinne Lepage, Dominique Voynet, il y aura aussi Nicolas Dupont-Aignan, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy qui vont nous parler nature, ce qui nous fera un peu d’air frais. Ca nous changera en effet de la bataille de boules puantes qui se poursuit quotidiennement. Et après tout, on peut se réjouir qu’ils adhèrent aux propositions concrètes de Nicolas Hulot après y avoir travaillé sérieusement avec l’intéressé.

On peut se féliciter que les uns et les autres se soient engagés à ce qu’il y ait enfin un ministre de l’Ecologie avec de vrais pouvoirs. Ce futur vice-Premier ministre est sans doute une bonne, une excellente chose. De même encore, l’instauration d’une fiscalité qui encourage la défense de la nature et frappe les pollueurs constitue-t-elle une évolution positive. De même enfin, chacun se réjouira du développement des énergies de substitution ou de la protection des espèces en voie de disparition. Mieux vaut ces professions de foi qu’un désintérêt obtus ou une ignorance aussi crasse qu’encyclopédique. Maintenant, on pourra se montrer sceptique devant la sincérité de telles conversions à gauche et à droite où on est profondément marqué par la logique productiviste et la croyance aveugle en ses progrès, en une science qui libérerait l’homme en asservissant la nature et en terrassant les forces du mal.

Sans doute Sarkozy est-il sincèrement devenu écologiste lorsqu’il proclame, en paraphrasant Chirac, « nous dansons sur un volcan ». Il dispose de conseillers, des conseillères plutôt, des femmes de talent comme Roselyne Bachelot et Nathalie Kosciusco-Morizet. Sans doute aussi, Ségolène Royal a-t-elle été une ministre de l’écologie efficace et s’est-elle également entourée d’experts convaincus comme Bruno Rebelle, ex de Greenpeace. Sans doute également le fils de paysan François Bayrou entretient-il un rapport privilégié avec la terre, l’air et le feu et les chevaux qu’il élève. Mais les politiques ont d’autres impératifs qui les rendent souvent oublieux de leurs engagements et de leurs convictions. Leur foi est réelle, mais volage comme le constatait Nicolas Hulot avant de renoncer à se jeter en ULM sur l’Elysée. Le téléévangéliste espère exercer des moyens de pression médiatique. C’est vrai qu’il a encore ce pouvoir-là mais volatile lui aussi.

A moins que le rapport de forces ait changé et que les médias devenus écolos très majoritairement fassent pression sans relâche. Mais les politiques expérimentés doutent de la concrétisation des bonnes intentions. A la FNSEA, par exemple, on souriait après l’abandon de Hulot. Les syndicalistes paysans étaient nombreux à être sûrs que rien ne changerait parce que tout donnerait l’illusion du changement. Tout continuerait pour l’essentiel comme avant, notamment les aides à l’agriculture extensive et l’utilisation des pesticides car on n’oserait pas toucher aux si puissants lobbys paysans.

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mercredi 31 Janvier 2007 à 13:21

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Le présidentiable officiel de l’UMP n’est pas le Président de la République ! L’actuel occupant du trône, Jacques Chirac, a tenu à rappeler fermement d’abord à Michèle Alliot-Marie à qui il a interdit d’accompagner Nicolas Sarkozy à Londres aujourd’hui où il est prévu qu’il rencontre Tony Blair. « Ce n’est pas la place du ministre de la Défense », lui a rappelé le chef de l’Etat en aparté avant le dernier Conseil des ministres. Sa place est à côté du Président, du chef des armées, pas à côté d’un présidentiable en déplacement de campagne et qui piétine les plates-bandes de son domaine réservé. Qu’allait-il faire d’ailleurs à Londres ce présidentiable qui le tient si peu informé de ses déplacements ? « Je croyais vous faire plaisir en emmenant Michèle Alliot-Marie. Mais je fais ce que je veux », lui a répondu en substance Sarkozy mécontent qu’à son âge et à son niveau Chirac veuille encore lui tirer les oreilles comme quand il était petit et qu’il travaillait mal en classe, ce qui était assez fréquent.

Or, dans le séminaire gouvernemental d’hier, les sarkozystes et Sarkozy lui-même ont dû encore subir quelques leçons de comportement sans pouvoir s’en offusquer car l’union est à ce prix. L’ombrageux, l’indocile doit subir des remontrances comme s’il était un Hooligan. Dominique de Villepin a commencé par tancer le porte-parole du candidat de l’UMP et ministre de la Santé, Xavier Bertrand, qui avait souligné les inconvénients du CNE alors que le présidentiable Sarkozy avait annoncé qu’il s’en inspirerait. Une gaffe, une boubourde, une montebourde… que Xavier Bertrand corrigeait le soir même. Un Xavier Bertrand qui arbore la cravate quand il est ministre de la Santé et qui l’enlève quand il joue son rôle de porte-parole. Mais d’enlever le haut ainsi ne suffit pas pour le chef du gouvernement. Je vous rassure, il ne demande pas aux sarkozystes d’enlever le bas mais il réclame d’abord et avant tout des ministres qu’ils exercent leur fonction jusqu’au bout et qu’ils démissionnent s’ils ne le peuvent pas.

Villepin leur a en outre rappelé et à Sarkozy en particulier qu’il ne fallait pas mélanger les genres ni confondre les budgets. C’est la gauche qui va être contente. Sarkozy, lui, baissait la tête. Il est contraint de subir admonestations et remontrances jusqu’au bout. Et il lui en faudra de la patience car, aujourd’hui encore à Rambouillet, pour sa conférence de presse mensuelle, le Premier ministre, exclu de la course présidentielle, va rappeler que celle-ci ne peut pas être gagnée sans lui ni sans son excellent bilan ! L’œuvre gouvernementale, surtout en matière sociale mais également économique est le socle de la victoire future… Plus question, plus du tout, du tout question, de rupture. C’est en s’appuyant sur l’action villepinienne que Sarkozy a une chance de l’emporter. A condition aussi qu’il continue d’infléchir, de villepiniser son discours devenu, il est vrai, beaucoup plus laïc et républicain, beaucoup plus gaulliste qu’avant.

Bref, ce qu’il y a de bon aujourd’hui dans Sarkozy, c’est Villepin. Un Villepin qui se tient pour le plus expérimenté des stratèges en matière de bataille présidentielle. Toute modestie mise à part… il estime avoir déjà remporté deux présidentielles, Chirac n’étant qu’accidentel dans ses aventures. Et un, et deux, et trois, zéro… Villepin gagnera celle-ci si Sarkozy l’écoute, si Villepin « gère son cerveau », selon le mot qui lui était attribué à propos de Chirac. Mais le grand Jacques a toujours eu la faculté inouïe de faire croire aux autres qu’il n’était qu’un benêt, qu’il n’était qu’un pauvre paysan avec du foin dans les sabots et du persil dans les oreilles. Sarkozy, lui, déteste passer pour un sot et ne supporte plus les mentors, encore moins les énarques de palais ministériels, les poètes hugoliens qui hurlent à la lune, les traîneurs de sabre de salon, ceux qui n’ont jamais osé affronter le terrain. Mais le présidentiable a besoin de tout le monde, y compris de Villepin, alors il suit en silence, il cajole même en privé. Sarkozy « bouchonne le pur-sang Villepin, comme il dit, afin d’éviter les ruades, de l’endormir ». La seule difficulté, c’est que l’animal est insomniaque. Il dort debout quelques heures par nuit et la poésie, hélas pour Sarkozy, ne suffit pas à remplir ses veilles ni à calmer son énergie.

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mardi 30 Janvier 2007 à 15:28

L’Europe escamotée

Lundi 29 Janvier 2007

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Il s’est passé un événement inouï vendredi dernier et dont les grands médias français n’ont pas ou peu rendu compte alors que la plupart des journaux européens en faisaient leurs grands titres. Cet événement incroyable que trois jours plus tard L’Humanité hisse à sa Une, c’est la réunion à Madrid des 18 pays amis de la Constitution qui ont décidé de se retrouver sans la France et la Hollande qui avaient voté non et en présence de la présidence allemande. Ce qui en soi est une grande première dans l’Histoire de la Communauté où jamais la France, pays fondateur n’a été exclue d’une assemblée de cette importance. On n’imagine pas un instant que Giscard, Mitterrand, Pompidou, de Gaulle aient pu laisser l’Histoire européenne se faire sans eux. Ils auraient soufflé leur colère, tempêté, tornadé, balayé comme fétus de paille ces insolents qui se permettaient de prétendre décider de l’avenir de l’Europe sans nous et de nous imposer leurs exigences pour demain.

S’il fallait une preuve de notre perte d’influence et de la triste fin de règne de Chirac, la voici. Car le camp du oui après s’être consulté en Espagne a décidé de ne pas en rabattre, d’imposer un traité plus large. Les « ouistes » exigent un traité non pas à minima mais à maxima et tout cela soutenu par la présidence allemande qui veut pour juin prochain arriver à des conclusions dont s’emparera ensuite une conférence intergouvernementale avant les élections européennes de 2009. Autrement dit, le dossier européen sera un des premiers que devra affronter le prochain Président ou la prochaine Présidente de la république. Or ni l’une ni l’autre n’ont rien dit ou quasiment. Sarkozy et Royal qui battent la campagne pour le moment au ras du gazon, ainsi que la plupart des autres candidats ont dégagé l’Europe en touche. Seuls Nicolas Dupont Aignan, Marie-George Buffet et François Bayrou veulent mettre l’Europe, qu’ils soient pour ou contre, au centre de leur démarche. L’Europe divise, l’Europe déchire les deux grands partis et leurs champions s’échinent donc à ne pas trop en parler pour ne pas raviver les vieilles plaies. Nicolas Sarkozy a pris une position minimaliste en se prononçant pour une petite Europe avec une constitution à minima mais dont ne veulent plus les amis du oui. Alors, inutile de vous dire que le présidentiable de l’UMP est très embêté et qu’il doit avec ses conseillers comme Pierre Lellouche rencontrer très prochainement Tony Blair puis Angela Merkel afin de dégager une position commune qu’il puisse développer ensuite dans son futur discours de politique étrangère.

Après le camouflet, la gifle de Madrid, disent ses proches, on ne peut plus ne rien dire, même si l’on sait qu’au risque de perdre des électeurs en sortant à découvert sur cette question. Il ne faudrait donc pas totalement désespérer. On ne cachera pas l’Europe sous le tapis comme de la poussière. A gauche, un homme comme Pierre Moscovici, ancien ministre des Affaires étrangères croit aussi que Ségolène Royal devra aller plus loin sur cette question car la France a toujours été une force de proposition et que les socialistes, compte tenu de l’importance de la crise de l’Europe élargie à 27, ne s’en sortiraient pas par des invocations magiques du style : « Il faut dépasser le oui et le non ». Dépasser ce clivage, mais comment ? Mais par quelles propositions ? Par quels projets ?

Jean-Louis Bianco, son directeur de campagne, a annoncé que ça allait décoiffer, qu’on verrait ce qu’on verrait le 11 février. On ne demande qu’à voir mais en étant inquiet car les conseillers de Ségolène Royal en matière d’Europe sont aussi divers que Pierre Moscovici donc, mais aussi Elisabeth Guigou ou le souverainiste Jean-Pierre Chevènement. Enfin Ségolène Royal consulte Jacques Delors dont elle fut proche, donc il ne faut pas totalement désespérer.

En attendant, c’est un autre grand boulevard, une avenue de l’Europe même, qui est grande ouverte devant François Bayrou qui a toujours placé la Communauté au cœur de son projet. Encore faudrait-il que le présidentiable du centre nous dise clairement quelle Europe il veut incarner. Car une certaine Europe est morte le 29 mai 2005. Alors vive l’Europe d’accord, mais laquelle ? « That is the question » qu’on n’évitera pas pendant la campagne !

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Lundi 29 Janvier 2007 à 13:02

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Chaud devant, ça va bouillir ! François Fillon contre François Hollande, voilà une rencontre sur France 2 ce soir qui promet d’être explosive. Et pas seulement parce que les deux hommes portent le même prénom et que dans ces cas-là on trouve toujours qu’il y en a un de trop. Mais si François compte bien mettre François à terre et le piétiner, c’est parce que le climat de la campagne a singulièrement changé et que ces deux-là ont ce soir beaucoup à prouver. Ils ont chacun une revanche à prendre et entendent l’imposer aux dépends de l’autre qui est une figure symbolique de l’Armée d’en face.

Commençons par le conseiller très spécial de Nicolas Sarkozy : François Fillon, l’ancien ministre des Affaires sociales puis de l’Education du gouvernement Raffarin a été viré comme un malpropre, alors que Chirac lui avait fait miroiter les plus hautes responsabilités. Un simple coup de fil du Président, brutal : « il n’y a pas de place pour toi dans le gouvernement de Dominique. » Un licenciement expéditif genre CPE. Villepin se montrait tout aussi laconique, Fillon en a été profondément humilié, meurtri d’avoir été pris pour un petit garçon à cause de ses airs polis de gendre idéal. On ne le craignait pas on ne le respectait pas suffisamment pour prendre des égards envers lui. Il a alors juré de se venger, est passé avec armes et bagages, réseaux et compagnons du séguinisme défunt du côté de Sarkozy avec un objectif : s’imposer comme le futur Premier ministre du présidentiable de l’UMP. Pour cela, il n’a pas chômé.

Fillon a tout fait, il a accouché du programme du parti, il a renforcé ses liens avec les syndicats, il a couru à pied avec le ministre de l’Intérieur. Cet obligeant a su se rendre indispensable et aujourd’hui se trouve effectivement en pôle position dans la course à Matignon loin, très loin devant MAM, Pierre Méhaignerie ou Xavier Bertrand. Il lui faut encore montrer ce soir face à Hollande qu’il est devenu aussi dur qu’il le prétend, qu’il est capable de se battre au corps à corps et pas seulement d’échanger des arguments distingués. Alors ce soir, ce débat combat, il l’a préparé comme jamais en faisant appel à ses équipes choisies, rodées pour Matignon. Car il sait que François Hollande est un adversaire redoutable, vif, drôle, méchant au besoin et qui, lui aussi, a bien des choses à prouver.

Le premier secrétaire du PS doit remobiliser ses troupes mais aussi montrer qu’il est au-dessus de son adversaire, se venger du destin qui n’a pas voulu de lui comme candidat à la présidence de la République. Le compagnon de la candidate en est humilié, profondément. Ce devait être lui et c’est elle qui a été choisie, elle qu’il estime avoir toujours dominé de la tête et des épaules. De la tête surtout même s’il la trouve belle, résolue, intuitive, mordante.

Mais, à ses yeux, Ségolène a toujours manqué de beaucoup de choses et notamment d’humour, ce qui est un défaut d’intelligence. Elle ne l’en a pas moins magistralement écarté et sa blessure est à vif. Il compte bien se venger contre qui passe à sa portée. Et montrer qu’il est le général en chef, et même le chef général, qu’il peut sauver une campagne mal partie, qu’il faut commencer à parler fort à la gauche pendant qu’elle babille à la France. Le temps du combat est venu. Le temps des hommes, son temps. Ils en ont convenu en comité de campagne hier au PS où ils sont enfin sortis de l’abattement qui les avait gagnés depuis le congrès d’intronisation de Sarkozy. Le succès de cette cérémonie et le braconnage de Sarkozy sur leurs terres idéologiques les avaient littéralement sidérés. Et les sondages confirmant que la droite était majoritaire en France, que Ségolène ne serait pas élue au premier tour et enfin ses bévues, ses gaffes et ses « gaffounettes » exploitées par les sarkozystes affûtés entraînés pour le combat de rue électoral. Toutes ces mauvaises nouvelles les avaient plongés dans la dépression. « On est enfoncés », se lamentaient les responsables de la campagne qui décidaient hier de la contre-attaque. « Sus à Sarkozy ». Feu sur le ministre de l’Intérieur. Et le patron du PS compte ce soir pilonner tous azimuts afin d’arracher les socialistes à leur déprime. Une bataille électorale dans leur culture machiste, ce n’est pas un thé participatif à 5 heures, c’est la poursuite de la guerre par d’autres moyens. Fillon, Hollande veut donc le volatiliser, le disperser façon puzzle. Et réciproquement…

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Jeudi 25 Janvier 2007 à 13:19

Ségolène Royal peut-elle rebondir ?

Mercredi 24 Janvier 2007

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Pour un peu, les députés sarkozystes interprèteraient la danse du scalp. A leurs yeux qui brillent d’excitation guerrière, leur adversaire est à terre et ne se relèvera pas. Ségolène Royal ou la reine de la « Boubourde », l’impératrice des gaffes ! Trop de bévues disqualifieraient la candidate socialiste pour l’exercice de la magistrature suprême. « Pas besoin de se casser la tête, se réjouissent ces élus, Ségolène Royal se démolit toute seule ». Ils y travaillent quand même hardiment, rôdés par les années de lutte contre l’ennemi chiraquien. Ils exploitent chaque fêlure pour en faire une faille, chaque faille pour en faire une fracture. Tous contre elle, en piqué. L’effet masse-critique est impressionnant comme on l’a vu dans ce pas de deux du Québec transformé en faux pas. Dans leurs circonscriptions, les militants de droite applaudissent, cette démolition en criant « on va gagner, on va gagner ». Il règne dans leurs rangs une euphorie contagieuse depuis la cérémonie d’intronisation de Sarkozy comme candidat de l’UMP. Le combat a changé d’âme.

Il y a trois semaines, les élus sarkozystes redoutaient le pire, la division chez eux et la suprématie en face. Or voilà qu’ils ont pour un congrès réussi et quelques enquêtes favorables, le moral de vainqueurs. Il faut dire que les socialistes l’ont perdu ce moral. Ils l’ont dans les chaussettes, tout en bas comme ces joueurs de foot fatigués, désespérés. C’est même du PS que partent les coups les plus durs tantôt contre la candidate, tantôt contre son compagnon, tantôt encore contre ce couple impossible qui les désarçonne. La polémique sur les impôts lancée par François Hollande, l’absence de propos forts de Ségolène Royal et la multiplication de ses écarts lors de ses voyages à l’étranger et enfin un dispositif de campagne branquignol ont pour le moins désorienté les socialistes. En outre, la démocratie participative ce n’est pas leur truc. Ils veulent combattre pour un chef et contre un adversaire.

Les militants sont d’abord des soldats qui n’entendent pas confondre la campagne avec un dîner ou un thé de gala. Et tout ce qui faisait la force de Ségolène Royal vire à la faiblesse. Son autorité est tournée en autoritarisme, sa morale en moralisme, sa fraîcheur en sottise, ses maladresses d’expression ne sont plus une marque de proximité mais une preuve de pensée bégayante, son désir d’écoute passe pour absence de propos et son refus des règles archaïques pour une dérobade ; son couple moderne devient un arrangement cynique de bourgeois arrivistes. Bref la campagne de Ségolène Royal est sapée, déstabilisée par ses propres « camarades » qui s’affolent vite. Pourtant quelques-uns et quelques-unes gardent la tête froide autour de Ségolène Royal, qui tente de reprendre les choses en main. On l’a vue, on va la voir. La candidate est la patronne, et elle compte bien imposer son autorité à tous, y compris à son compagnon François Hollande qui devra jouer son rôle, rien que son rôle de premier secrétaire du PS. Il doit mobiliser le parti, la gauche et sabrer Sarkozy. Tous deux feront campagne chacun de leur côté, mais aussi ensemble car ils doivent envoyer ces signes de bonne entente, de complicité qui ont tout manqué depuis son investiture comme candidate.

Un défaut de symbolique qui alimente toutes les rumeurs sur la Toile. Une note interne du QG de campagne de Ségolène Royal le confirme : les rumeurs folles sur les mensonges du couple Royal-Hollande, sur leurs maîtresses et amants prétendus n’ont jamais atteint un tel niveau. Alors, on y répond beaucoup par la dérision. « Ségolène couche avec Sarkozy c’est bien connu » et « Hollande avec Delanoé c’est sûr c’est de notoriété publique ». Mais l’ironie humoristique ne suffit pas à contenir les clapotis du clabaudage si peu net d’Internet. Le couple veut mettre les choses au clair et contre-attaquer plus harmonieusement mais aussi plus politiquement, en mettant en valeur la fameuse démocratie participative dont les royalistes assurent qu’elle connaît un succès considérable sur le terrain. Simplement il ne faut pas être myope et « savoir voir pour deviner ce mouvement profond». De même faudrait-il voir un peu plus loin que les sondages du jour qui ne montrent aucune progression de Sarkozy, voire un tassement. Simplement l’électorat d’extrême droite aujourd’hui se reporte en masse sur lui. Demain, ce sera une autre affaire. Demain, en février, en mars commencera la vraie campagne pour une gauche contrainte de se rassembler. Ségolène Royal serait dans le bon tempo. A l’inverse, Sarkozy comme Balladur autrefois serait parti trop tôt. Maintenant qu’il est en tête, le présidentiable de l’UMP va subir à son tour le vent pleine face. Vous avez remarqué, il est glacé ce blizzard ? Alors qu’il ne peut s’empêcher de faire le faraud, de se croire arrivé. L’on dit pourtant de lui que celui qui mène en janvier se plante en février. Et que les derniers seront les premiers… C’est ce qu’on dit !

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mercredi 24 Janvier 2007 à 16:08
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