|
|
Vendredi 22 Décembre 2006
La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé
Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.
La journée d’hier, à Bordeaux, fut un rêve pour Nicolas Sarkozy. Sa candidature est apparue incontestable aux plus éminents membres de la famille UMP. Il s’est imposé avec son talent aiguisé, sa force affûtée, son art oratoire désormais maîtrisé, il s’est imposé sans discussion, c’est le cas de le dire, car ce troisième et dernier forum de l’UMP fut tout sauf un débat. Pour qu’il y ait eu un débat, il aurait fallu des débatteurs et notamment une débattrice. Or dès la première des confrontations, il était apparu que Michèle Alliot-Marie avait peut-être de la bonne volonté, mais qu’elle n’avait pas « la » volonté, cette volonté de fer, de feu et de folie qu’il faut pour prétendre à la présidence de la République. Même quand on ne se rase pas, il faut y penser matin midi et soir, et y songer la nuit, être toujours en éveil, perpétuellement tendue vers ce but. Or si le ministre de la Défense est de la revue, elle n’était pas prête pour cette bataille-là ! Sans doute, de faire semblant de la livrer lui a permis de donner du poids à son futur ralliement et de négocier sa place pour l’avenir, ce dont il a sûrement été question lors du dîner qu’elle a partagé, avant-hier, avec son compagnon, le député Patrick Ollier, Nicolas et Cécilia Sarkozy comme le révèle Laurent Bazin sur son blog.
Nicolas Sarkozy a ramené M.A.M a sa raison du plus fort et, sans difficulté, a obtenu très aisément le soutien empressé de Jean-Pierre Raffarin - qui a endossé le rôle de bateleur du chef, jouant avec plaisir les chauffeurs de salle sarkozyste avec des allures de Jean-Pierre Foucault et les lunettes de Bernard Pivot pour montrer qu’il relevait le niveau… Mais, plus gratifiante encore pour Nicolas Sarkozy fut l’allégeance du Seigneur de Bordeaux, le fantôme de la droite, sa mauvaise conscience, Alain Juppé, tout gris d’habit, de peau, de propos. Des propos de prêcheur fort décevant : « n’ayez pas peur, sermonna-t-il, n’ayez pas peur de la mondialisation, n’ayez pas peur de la vie », comme si lui-même n’avait pas peur au point de renoncer à tout discours fort, prophétique, transcendantal, au point de plier non pas le genou mais le cerveau, (c’est pire), devant Nicolas Sarkozy à qui il concédait que « la rupture s’imposait…. » à condition de respecter le bilan, et d’abord le sien. Le présidentiable de l’UMP jubilait et lui donnait du « cher Alain » long comme le bras, qui semblait s’allonger encore pour l’envelopper et traverser toute la salle jusqu’à le saisir dans son fauteuil, où il se tassait sans pouvoir lui échapper.
Décidément c’était pour Sarkozy une journée de rêve avec, à Paris, Dominique de Villepin qui ne sortait pas des bureaux du pôle financier, comme si les juges allaient enfin exaucer son vœu à peine secret de mise en examen du Premier ministre, afin que celui-ci lui débarrasse l’horizon. Car seul Villepin et Chirac lui obscurcissent encore l’avenir immédiat. Mais « ils ne pourront plus m’arrêter », dit Sarkozy, qui se sent quasiment sacré comme s’il avait déjà été désigné par l’UMP. C’est sa force aussi à ce seigneur de la guerre : il ne doute pas. Plus exactement, il fait comme si, car « douter c’est provoquer la défaite ». Telle est la leçon que lui a apprise un autre « Shogun » : Jacques Chirac.
Quelques mots quand même pour saluer des combattants dans la douleur, ces militants de la gauche de la gauche, ces écologistes, ces anarchistes, ces trotskystes, ces mouvementistes, ces altermondialistes à l’énergie chaleureuse et infatigable qui ont mené tant et tant de combats. Ils en ont même remporté et de quelle façon, puisqu’ils ont triomphé avec le « non » au référendum sur la Constitution Européenne. Tous ceux-là ont rêvé d’un autre monde, un autre monde politique notamment et une autre force à la gauche de la gauche sociale-démocrate. Leur rêve est désormais brisé. Les apparatchiks, pour leurs intérêts partisans, les ont tués. Les apparatchiks de Lutte Ouvrière, puis ceux de la Ligue Communiste Révolutionnaire et enfin ceux du PC leur ont donné le coup de grâce. Les antilibéraux ont fini par être écrasés entre le marteau et la faucille. Le PC, pour sauver sa marque abîmée, a imposé sa secrétaire nationale aux allures d’infirmière, Marie-George Buffet, qui a le charisme d’une sœur piqûre et ne dépasse pas les 2% d’intentions de vote selon les sondages. Les militants sincères et naïfs de la gauche de la gauche ont désormais à traverser le désert, en se demandant pourquoi et pour qui ils vont voter, alors que leurs électeurs, les nonistes ont déjà choisi, et se retrouvent sur Royal mais aussi sur Sarkozy et Le Pen. Ils rumineront aussi cette question : pourquoi les forces antilibérales sont-elles à ce point mal en point ? Attac est en péril, Laurent Fabius est naufragé et le rassemblement mouvementiste a désormais éclaté. Il ne leur reste que ces éclats de rêve comme des poussières d’étoile pour guider leur longue, très longue marche.
Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Vendredi 22 Décembre 2006 à 14:28
La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé
Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne
Il y en a pour qui c’est Noël avant Noël. Ainsi la famille Dominati, la « Dominastie » comme on disait, ce clan corse-parisien vient de bénéficier d’une décision de justice particulièrement clémente. Alors que le juge a reconnu que le patriarche Jacques Dominati ancien député maire UDF du IIIème arrondissement avait été « le bénéficiaire de manœuvres frauduleuses » et que ces manœuvres ont « porté atteinte à la sincérité du scrutin », ce retraité a été relaxé puisqu’il « n’existe aucun élément matériel permettant de l’incriminer de manière probante ». Bref, il y a bien eu de faux électeurs qui ont été recrutés pour truquer le scrutin, mais aucune preuve n’a pu être apportée contre Jacques Dominati ni contre son fils Laurent Dominati conseiller UMP de Paris et ancien député, qui n’ambitionne que de le redevenir.
En revanche, l’autre fils, Philippe Dominati, sénateur non-inscrit, a été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour avoir participé trop activement au recrutement de ces électeurs étrangers à l’arrondissement. Mais comme c’est Noël, ce parlementaire, très sympathique au demeurant, échappe à l’inéligibilité en raison de l’ancienneté des infractions puisque la justice a mis 17 ans à instruire ces faits qui remontent à 1989. Et c’est ainsi qu’en cette période de grâce une famille a été réunie pour les fêtes et a retrouvé l’espoir de jouer un rôle, pas le même qu’autrefois. Je vous rappelle que les Dominatis ont tenu Paris avec Chirac, à qui ils ont notamment permis de réaliser le grand chelem en 1989. On notera aussi que quelques lampistes ont écopé de peines plus lourdes mais ceux qui ont servi au plus haut niveau le président de la République ont été comme lui-même épargnés.
Il y a donc une justice, une certaine justice, qui fait comme on le sait qu’on est condamné plus sévèrement si l’on tague une mairie, si l’on crie « mort aux vaches » devant un commissariat, que si l’on escroque la démocratie !
Enfin, c’est donc la période des cadeaux à Paris et pour Jean de Gaulle et l’UMP également. Vous connaissez le petit-fils du général de Gaulle, Jean, c’est une silhouette célèbre, celle de son arrière grand-père, une silhouette élancée qui a donné l’illusion de la « hauteur » aux réunions publiques du RPR puis de l’UMP. « Et je salue ici le descendant du Général, qui avec nous entra en résistance pour la France… » Il n’y avait pas de meeting réussi sans l’ombre filiforme du Grand Chef qui, en récompense, a été propulsé député du XIIème arrondissement. Il vient d’être nommé conseiller maître à la Cour des Comptes. Joli cadeau et félicitation à celui qui a dû beaucoup souffrir d’avoir porté sa Croix de Lorraine, ce nom aussi illustre. Vous imaginez, chaque fois qu’il téléphonait pour réserver une table de restaurant : « C’est pour de Gaulle … » « Et moi c’est Napoléon » lui répondait-on en raccrochant. Un calvaire et des états de service de figurant qui méritaient une promotion pareille… Mais cette nomination à d’autres explications plus secrètes.
Entre Jean de Gaulle et plusieurs responsables de la droite une guerre civile ravageait depuis des années le XIIème arrondissement, au point que la mairie en a été perdue, alors que l’électorat y est très bourgeois. Pour les prochaines municipales c’est un arrondissement clef sans le gain duquel l’Hôtel de Ville de la Capitale ne saurait être emporté. Il fallait donc « débarquer » de Gaulle en ayant l’air de le promouvoir. C’est fait. Joyeux Noël, et ayons une pensée charitable pour ces pauvres sénateurs qui à l’initiative du groupe socialiste avaient voté une indexation sur l’inflation de leurs indemnités. Coup de colère du président de l’Assemblée Nationale Jean-Louis Debré qui trouvait indécent que les parlementaires s’octroient cette indexation qui est refusée aux fonctionnaires. Une telle libéralité auto-accordée quand la grande pauvreté s’invite dans le débat public ! Aussi la commission mixte paritaire Assemblée-Sénat a renoncé cette revalorisation. Les sénateurs devront se contenter de leurs indemnités de fonction de 6897 euros mensuels, auxquels il faut ajoute une indemnité de frais de représentation de 6228 euros. On se demande si Médecins du monde ou les « Don Quichotte » ne devraient pas installer des tentes de premier secours dans la cour du Sénat, pour éviter que les sénateurs ne partent eux aussi chanter leur colère à Gstaad !
Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Jeudi 21 Décembre 2006 à 12:43
Mercredi 20 Décembre 2006
La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé
Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne
Les réformes au feu, Villepin au milieu. Pour la majorité des députés sarkozystes, le gouvernement doit désormais se mettre définitivement en vacances et tant pis pour les engagements solennels pris par Jacques Chirac. Il n’est plus question pour ces élus de laisser des « ministres irresponsables », je cite, déstabiliser avec les annonces baudruches la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Premier visé, un ministre sarkozyste, ce qui ne manque pas de sel, Thierry Breton qui a lancé sans précaution cette idée montgolfière de prélèvement des impôts à la source. Des députés sont pour, d’autres sont contre, bref ça crée de la division au sein de la droite et tout ça pour une très hypothétique évolution qui n’interviendrait qu’en 2009.
Alors rogne et grogne chez les parlementaires qui sont interpellés par des électeurs désorientés, préoccupés par d’autres soucis de vie quotidienne. Et colère plus encore contre Gilles de Robien le ministre de l’Education qui, quatre mois avant les élections, lance les enseignants dans la rue en prétendant allonger la durée de leur temps de travail. Certains élus rappellent que les maladresses « mamouthesques » de Claude Allègre avaient largement contribué à la défaite de Lionel Jospin en 2002. Pour gagner une élection, il faut commencer par ne pas mobiliser le camp adverse contre soi, et il n’est pas recommandé non plus de démobiliser son camp par une fausse réforme de la justice comme celle qui vient d’être votée devant trois pelés et quatre députés. Une réforme qui, après la passion soulevée par l’affaire Outreau, ne peut que susciter des déceptions, le ressentiment aussi des professions judiciaires, et jeter la suspicion sur les promesses du candidat Sarkozy.
Car tous ces effets d’annonce gouvernementaux, comme la conférence des revenus et de l’emploi tenue très récemment avec les syndicats, jettent le trouble à droite. Villepin donne l’impression de vider le programme du candidat Sarkozy de sa substance concrète et de ne lui laisser que les promesses en l’air et les rodomontades campagnardes, ce tintamarre de grands sentiments et d’engagements verbaux comme on en a entendu dans les Ardennes, où Sarkozy a retrouvé les accents du « Chi » de 1995 en promettant d’éradiquer la pauvreté comme la mauvaise herbe. Comme son aîné, mieux que lui, il chassera la maladie, les cauchemars, la mort ! Quand on pense à la présidentielle en se rasant, il vient toujours un moment où on rase gratis, et où on ne veut pas que le jeu soit perturbé par un Premier Ministre hors jeu pour la première fois depuis 1988. Le président du groupe parlementaire UMP Bernard Accoyer a donc demandé très officiellement de cesser les effets d’annonce, de ne plus en rajouter dans le travail législatif, de mettre son hyperactivité en veilleuse. Certains souhaitent par exemple que le gouvernement renonce à la discussion d’un projet de loi sur le statut pénal du chef de l’Etat.
Et Dominique de Villepin en s’adressant aux parlementaires leur a répondu hier très officiellement « Tintin ». Non, le chef du gouvernement ne les a pas emmenés visiter la grande exposition Hergé à Beaubourg mais il les a promenés au fil d’un discours très lyrique sur l’intérêt de la France, de la Nation, et donc de la majorité en commençant par leur parler de Noël puisqu’ils avaient les boules, si j’ose dire. « Noël, c’est quelque chose de magnifique, leur a-t-il prêché, il faut se tendre la main. A Noël, il faut faire litière de ses frustrations, de ses amertumes, de ses jalousies » et il a remercié ceux qui ont servi nuit et jour à commencer par Jean-Pierre Raffarin. Car chacun demain sera comptable du bilan de ce quinquennat… « Mais pour gagner en 2007, a-t-il rappelé, il faudra agir jusqu’au bout et apporter un supplément d’âme contre les sectaires, les égoïsmes ». Applaudissements. Voilà, le paquet cadeau était ficelé, les parlementaires emballés jusqu’à la session de janvier. Et Villepin va poursuivre sa mission puisqu’il y croit et que les sondages montrent que les Français le veulent dans l’action. Ah, croyez donc surtout qu’il y aura une trêve des confiseurs. Ce serait croire au Père Noël.
Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mercredi 20 Décembre 2006 à 12:15
Mercredi 20 Décembre 2006
La campagne à l'économie, par Hervé Nathan
Par Hervé Nathan, rédacteur en chef à Marianne.
Il était temps qu’on parle un peu des impôts. Pour une raison de bon sens citoyen : aucun programme, aucune promesse de candidat qui cherche à soigner un peu soit-il les maux dont souffre la société n’est possible sans finances publiques, et donc sans les moyens de remplir les caisses. C’est désagréable, mais c’est ainsi. En moins d’une semaine, deux événements majeurs ont mis la question des impôts dans le débat, et créent un joyeux désordre, au PS comme à l’UMP.
Le premier est l’annonce de l’exil fiscal de Johnny Hallyday. La star part en Suisse, à Gsdaat, la station la plus huppée des Alpes, et peut-être du monde. Un paradis pour milliardaires. Pour Nicolas Sarkozy, c’est à l’évidence une contre-publicité puisque Johnny figurait en bonne place (à côté de Doc Gyneco, qui serait lui-même redevable de 700 000 euros au fisc), au premier rang du meeting de Marseille, avec force accolade pour le président de l’UMP. Toute la droite s’est désolidarisée du chanteur, depuis Copé, jusqu’à Chirac, qui à Bruxelles, commentait : « si j’apprécie l’artiste, je regrette l’attitude du citoyen ». On le comprend : l’UMP vient de voter une réforme fiscale d’ampleur, très favorable aux hauts revenus, dont Marianne (numéro 501) a rendu compte largement. Toute la droite est contre Johnny… sauf un irréductible, Sarkozy lui-même. Très crâne, le candidat a soutenu que le départ de Johnny posait le problème… de la fiscalité française, accusée de pousser « les talents » au départ.
Disons-le tout de suite, en l’occurrence, l’argument est faux. La Suisse, est tout simplement un paradis fiscal à nos portes. Alors que les citoyens helvétiques payent de lourds impôts, le droit du pays réserve aux riches étrangers un traitement particulier : imposition sur le train de vie apparent (en gros, le nombre de mètres carrés du logement) après une négociation à l’amiable avec le percepteur. Impossible de lutter contre une telle concurrence, sauf à supprimer complètement tout impôt en France. Par ailleurs, si Johnny, qui dit « en avoir marre de payer des impôts comme tous les Français », a des problèmes d’argent, c’est, apparemment, bien moins à cause du fisc que de son producteur historique Universal Music, à qui il réclame devant les prud’hommes 60 millions (oui millions) d’euros. Et tout le monde sait aussi que le chanteur a soutenu longtemps un train de vie extravagant, en entretenant une tribu de pique-assiettes…
Voici donc le désarroi fiscal installé à droite par un chanteur de rock : le président de l’UMP désavoue tous les parlementaires du parti, qui ont voté en bloc la réforme fiscale, en jurant qu’il n’y reviendrait pas. D’ailleurs le programme de l’UMP ne prévoit pas d’autres baisses d’impôts. Quant à Sarkozy lui-même, il refuse de démanteler l’ISF et prévoit une exonération des droits de succession, sauf pour les 10% les plus fortunés, dont on peut penser que Johnny en fait partie. Le désarroi est accentué lorsque Villepin et Breton lancent la retenue à la source. Comme ils ne sont plus au pouvoir que pour 5 mois, cela signifie qu’ils transmettent le bébé à leurs successeur. Or là aussi, la retenue à la source n’est pas dans le programme de l’UMP, mais dans celui du PS. Et pour cause, les socialistes y voient un moyen technique de parvenir à la fusion CSG-impôt sur le revenu, avec une option, la suppression du quotient familial. Du coup, Alain Lambert qualifie la proposition de Breton (une année de non-déclaration des revenus en 2008) de « non constitutionnelle ». Ambiance.
Le deuxième événement est venu secouer la gauche. François Hollande dans un entretien au Monde a réaffirmé un engagement du PS, celui de « revenir sur toutes les baisses d’impôts sur le revenu qui ont été accordées sur les tranches supérieures du barême ». Pas de chance, Le Monde a tronqué son titre. Du coup la droite cartonne sur le retour de la gauche « impôtphile ». Thierry Breton, ce mardi, lors de sa conférence de presse trimestrielle, s’en est donné à cœur joie. « Je suis littéralement effondré, parce que malheureusement, il est sérieux », s’est faussement indigné le Ministre des finances. Et d’ajouter : « dire qu’on va augmenter les impôts ça revient à dire qu’on va baisser le pouvoir d’achat de tous les Français, qu’on veut casser la consommation et la croissance. Autant dire qu’on veut des chômeurs en plus ! ». Le plus cocasse, c’est que dans la même conférence de presse, le ministre s’en est pris à l’UMP qui prévoit le retour à l’équilibre des finances publiques en 2012, alors que lui-même a envoyé à Bruxelles, quelques semaines auparavant, l’engagement de la France d’y parvenir en 2010. Interrogé par les journalistes, Breton affirme que pour atteindre ce but, il faut cesser… de baisser les impôts. !
On le voit, la question des impôts, sous des apparences techniques, est au cœur de la politique, et donc de la campagne. On aurait tort de s’arrêter à une polémique d’aussi courte vue. La question des impôts et de leur répartition demeure un discriminant entre la gauche et la droite.
Si François Hollande « préempte » la démocratie participative voulue par Ségolène Royal, en assénant d’un coup le programme, il pose deux jalons importants pour la campagne.
D’abord, en avertissant que les « prélèvement obligatoires ne baisseront pas », à la fois à cause du poids de la dette publique, et de l’ampleur des réformes à faire (retraites, formation, recherche, etc…). La France n’a plus de marges de manœuvres budgétaires. Et la réduction des déficits publics est une véritable nécessité si l’on veut éviter les recettes vraiment libérales qui conduiront à l’effondrement de la protection sociale, et à l’impuissance de l’Etat. Donc l’effort fiscal, aussi désagréable soit-il, est encore nécessaire.
Ensuite, il reste à répartir cet effort selon « un ordre juste ». C’est peut-être ce qu’a voulu exprimer François Hollande, s’il propose d’imposer davantage les plus riches (les tranches supérieures de l’impôt) pour baisser d’autres prélèvements (à prélèvements obligatoires constants). Mais on aimerait que ce soit Ségolène Royal, gardienne de la formule magique, qui nous explique comment elle compte s’y prendre.
Hervé Nathan
Rédigé par Hervé Nathan le Mercredi 20 Décembre 2006 à 11:59
La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé
Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne
A quoi jouent Royal et Hollande ? Est-ce un duo ou un duel ? Un couple qui se découple ? Un tandem ? Un ménage qui déménage en tout cas…
Avec Royal-Hollande, nous sommes confrontés à une situation qui laisse pantois, perplexe, stupéfait, tant elle est inédite. Un couple en politique c’est déjà peu banal. Mais un couple en campagne présidentielle, c’est exceptionnel ! Surtout quand la complicité est faite de concurrence et quand la femme l’emporte sur son compagnon qui l’a sous-estimé, puis aidé. Ce dernier ne désespère toujours pas de s’imposer à sa façon, de prendre sa place, toute sa place et au-delà de premier secrétaire du parti socialiste qui n’a pas trimé 20 ans pour rien.
Prenez la séquence de ces derniers jours. Ségolène Royal prononce samedi un grand discours de la méthode en appelant à faire de la politique autrement, en allant à l’écoute des Français, avec des sourires, des nœuds dans les cheveux, des étoiles dans les yeux, des pique-niques, des bals musettes, de feux de camp, des concours de rock et de bonne humeur puisque le bonheur peut et doit être contagieux. Après ce discours de la campagne « youkaïdee, youkaïda », elle participe à une grande émission de télévision, Ripostes, où elle se garde de dire quoique ce soit de précis, où elle évite d’avancer des engagements concrets, afin de ne pas s’exposer trop tôt. Et le lendemain, badaboum, patatras ! Dans le journal Le Monde, François Hollande annonce, comme on part en croisade, le programme fiscal de la candidate, détaille la moindre mesure, comme pour mieux provoquer l’adversaire de cette droite qui, elle, veut toujours baisser les impôts des riches, quand la gauche une fois au pouvoir les augmentera, assure-t-il. Et pas un mot sur la seule proposition concrète que Ségolène Royal avait risquée : le revenu de solidarité active. Tout cela accompagné d’une photo d’un Hollande relooké de frais et de glamour, tel George Clooney dans la pub Nescafé. Comme s’il voulait relancer la primaire dans le couple. En tout cas, il fait sérieux et charmeur, futur ministre pour le moins, pas du tout secondaire ni abattu mais homme marchant vers des responsabilités suprêmes. Lesquelles ?
Qui fait quoi dans ce couple ? Assiste-t-on en direct à des scènes de ménage à répétition ? Car c’est tous les jours que se produisent des péripéties de cet acabit ou l’un dit noir et l’autre blanc comme sur la BCE, où l’une se fait morale et l’autre se montre cynique, où l’un parle au peuple de gauche qui veut en découdre et l’autre à la France qui voudrait recoudre. Papa pique et maman coud : les enfants électeurs vont-ils s’y retrouver ? Le premier, le député PS Jean-Christophe Cambadélis, s’en est alarmé en parlant de malaise et en se demandant s’il n’y avait pas de risque de contradiction. Si les socialistes, par exemple, devraient être dans l’écoute ou dans le combat. Et au fond chacun s’interroge pour savoir s’il s’agit d’une querelle d’amoureux et d’intérêt, où chacun se dispute en public mettant en avant sa logique. François Hollande celle du Parti socialiste et de son existence à laquelle il ne veut pas renoncer. Ségolène Royal celle de sa candidature au-delà du parti et de l’influence de son compagnon. Elle est condamnée à lui échapper, comme au PS. Il est obligé de la contrer, de la rattraper dans son intérêt et dans celui du parti.
Mais ceux qui croiraient à des déchirements publics et mortels, du genre de Richard Burton et Liz Taylor, risquent d’en être pour leurs frais. Déjà DSK et Fabius avaient cru à l’éclatement possible de ce couple. Ils pensaient fort probable que les diaboliques s’assassinent mutuellement puisqu’il n’y avait qu’un poste pour deux. Ils se sont trompés lourdement. Même si Hollande a attendu, voire espéré que son tour vienne, s’il n’a pas misé pendant plusieurs mois sur les chances réelles de la mère de ses quatre enfants, à l’arrivée ces deux-là n’en ont pas moins fonctionné en connivence. Et à leur façon, dure parfois, puisque le rapport de force y joue un rôle non négligeable, nous avons une version politique de Bonnie and Clyde qui s’apprêtent à réussir le casse électoral du siècle. Ce n’est qu’après, à l’heure du partage du magot, que les ennuis réels commencent.
Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mardi 19 Décembre 2006 à 14:06
|
|