Dominique de Villepin est en mouvement. Vous me direz que c’est un pléonasme. C’est vrai que ce garçon qui sait pourtant tenir la pose gravement immobile et demeurer hiératique comme il sied à un chef d’Etat, ce garçon-là se veut toujours en éveil, à l’initiative. Il lui arrive de parcourir les couloirs de Matignon en poussant son fameux cri de guerre : « Action, réaction. Allez, on se bouge. » Villepin est bougiste comme Sarkozy. Mais son « bougisme » se veut calme. Il faut surprendre l’adversaire, le prendre de vitesse, l’attaquer par la gauche quand il vous guette par la droite, le déborder par en haut surtout parce qu’on vous attend toujours par en bas. « Il faut prendre de la hauteur, répète-t-il, là où les autres ne pourront pas vous suivre ». A contrario, parfois attaquer au ras des pâquerettes.
On vient d’avoir l’exemple de cette stratégie du Blitzkrieg avec la volée de bois vert, pardon, la volée de mesures écologiques, que Dominique de Villepin a annoncée, ou plutôt infligée d’abord à ses concurrents comme on donne la leçon. C’était sans doute des mesurettes, il n’empêche, le Premier ministre a pris tout le monde de vitesse en surfant sur la vague de Monsieur Hulot. Il a réussi à faire les premiers titres des journaux éclipsant, et le voyage de Sarkozy en Algérie, et la sortie du programme libéralo-marshmallow de l’UMP qui a fait les bouche-trous de papier. Il ne s’agissait pas pour le chef du gouvernement simplement que d’occuper l’espace médiatique dans le souci compréhensible de ne pas être marginalisé. Villepin ne s’est pas non plus donné des allures écologiques parce qu’il aurait enfin compris parmi les premiers et pour cause que là-haut, là où il culminait, l’air était particulièrement pollué. Non, ses ambitions sont plus élevées.
Chirac était roseau repeint en fer, Villepin est un homme de fer repeint en vert pour la bonne cause, la grande cause, l’élection présidentielle. De son poste qui est un poste clef, il ne laissera pas passer une occasion de peser et même de s’immiscer dans cette compétition. Il faut, il faudra compter avec lui. Il n’y aura pas un jour sans une initiative. Non seulement parce qu’il est persuadé que Matignon permet et exige cet activisme salvateur mais aussi parce qu’un espace politique existe que lui offre la droitisation et le manque d’envergure présidentielle de Sarkozy. Cet espace, Dominique de Villepin ne va avoir de cesse de l’élargir en poussant d’autres candidats en avant comme MAM pour casser le monopole de Sarkozy mais aussi en apparaissant comme le meilleur défenseur du modèle social français qui implique liberté-égalité-fraternité. Fraternité cette valeur que mésestime le programme UMP.
Mais pour la première fois aussi les villepinistes qui se réunissent régulièrement à Matignon, ses proches ont été priés de réfléchir aux conditions d’une candidature socialiste du chef. Ils n’ont pas reçu de feuille de route précise mais le feu vert qu’ils attendaient depuis si longtemps. Autrement dit une espérance, une cause, une foi. Alors, certes, ces croisés-là ne sont pas nombreux, une poignée tout au plus. Et on leur a bien sûr demandé le secret le plus absolu. Donc n’en disons rien sinon qu’ils vivent dans la mythologie gaullienne de la résistance. Cette mythologie qui, en 1995, leur aurait permis avec Chirac de battre Balladur remaquillé en « pétainiste » et en « collabo ». Pour eux il suffit de grands hommes, des hommes rares, pour sauver la France. L’armée de l’ombre ensuite suivra !