Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Un rêve et … un cauchemar

Vendredi 22 Décembre 2006

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


La journée d’hier, à Bordeaux, fut un rêve pour Nicolas Sarkozy. Sa candidature est apparue incontestable aux plus éminents membres de la famille UMP. Il s’est imposé avec son talent aiguisé, sa force affûtée, son art oratoire désormais maîtrisé, il s’est imposé sans discussion, c’est le cas de le dire, car ce troisième et dernier forum de l’UMP fut tout sauf un débat. Pour qu’il y ait eu un débat, il aurait fallu des débatteurs et notamment une débattrice. Or dès la première des confrontations, il était apparu que Michèle Alliot-Marie avait peut-être de la bonne volonté, mais qu’elle n’avait pas « la » volonté, cette volonté de fer, de feu et de folie qu’il faut pour prétendre à la présidence de la République. Même quand on ne se rase pas, il faut y penser matin midi et soir, et y songer la nuit, être toujours en éveil, perpétuellement tendue vers ce but. Or si le ministre de la Défense est de la revue, elle n’était pas prête pour cette bataille-là ! Sans doute, de faire semblant de la livrer lui a permis de donner du poids à son futur ralliement et de négocier sa place pour l’avenir, ce dont il a sûrement été question lors du dîner qu’elle a partagé, avant-hier, avec son compagnon, le député Patrick Ollier, Nicolas et Cécilia Sarkozy comme le révèle Laurent Bazin sur son blog.

Nicolas Sarkozy a ramené M.A.M a sa raison du plus fort et, sans difficulté, a obtenu très aisément le soutien empressé de Jean-Pierre Raffarin - qui a endossé le rôle de bateleur du chef, jouant avec plaisir les chauffeurs de salle sarkozyste avec des allures de Jean-Pierre Foucault et les lunettes de Bernard Pivot pour montrer qu’il relevait le niveau… Mais, plus gratifiante encore pour Nicolas Sarkozy fut l’allégeance du Seigneur de Bordeaux, le fantôme de la droite, sa mauvaise conscience, Alain Juppé, tout gris d’habit, de peau, de propos. Des propos de prêcheur fort décevant : « n’ayez pas peur, sermonna-t-il, n’ayez pas peur de la mondialisation, n’ayez pas peur de la vie », comme si lui-même n’avait pas peur au point de renoncer à tout discours fort, prophétique, transcendantal, au point de plier non pas le genou mais le cerveau, (c’est pire), devant Nicolas Sarkozy à qui il concédait que « la rupture s’imposait…. » à condition de respecter le bilan, et d’abord le sien. Le présidentiable de l’UMP jubilait et lui donnait du « cher Alain » long comme le bras, qui semblait s’allonger encore pour l’envelopper et traverser toute la salle jusqu’à le saisir dans son fauteuil, où il se tassait sans pouvoir lui échapper.

Décidément c’était pour Sarkozy une journée de rêve avec, à Paris, Dominique de Villepin qui ne sortait pas des bureaux du pôle financier, comme si les juges allaient enfin exaucer son vœu à peine secret de mise en examen du Premier ministre, afin que celui-ci lui débarrasse l’horizon. Car seul Villepin et Chirac lui obscurcissent encore l’avenir immédiat. Mais « ils ne pourront plus m’arrêter », dit Sarkozy, qui se sent quasiment sacré comme s’il avait déjà été désigné par l’UMP. C’est sa force aussi à ce seigneur de la guerre : il ne doute pas. Plus exactement, il fait comme si, car « douter c’est provoquer la défaite ». Telle est la leçon que lui a apprise un autre « Shogun » : Jacques Chirac.

Quelques mots quand même pour saluer des combattants dans la douleur, ces militants de la gauche de la gauche, ces écologistes, ces anarchistes, ces trotskystes, ces mouvementistes, ces altermondialistes à l’énergie chaleureuse et infatigable qui ont mené tant et tant de combats. Ils en ont même remporté et de quelle façon, puisqu’ils ont triomphé avec le « non » au référendum sur la Constitution Européenne. Tous ceux-là ont rêvé d’un autre monde, un autre monde politique notamment et une autre force à la gauche de la gauche sociale-démocrate. Leur rêve est désormais brisé. Les apparatchiks, pour leurs intérêts partisans, les ont tués. Les apparatchiks de Lutte Ouvrière, puis ceux de la Ligue Communiste Révolutionnaire et enfin ceux du PC leur ont donné le coup de grâce. Les antilibéraux ont fini par être écrasés entre le marteau et la faucille. Le PC, pour sauver sa marque abîmée, a imposé sa secrétaire nationale aux allures d’infirmière, Marie-George Buffet, qui a le charisme d’une sœur piqûre et ne dépasse pas les 2% d’intentions de vote selon les sondages. Les militants sincères et naïfs de la gauche de la gauche ont désormais à traverser le désert, en se demandant pourquoi et pour qui ils vont voter, alors que leurs électeurs, les nonistes ont déjà choisi, et se retrouvent sur Royal mais aussi sur Sarkozy et Le Pen. Ils rumineront aussi cette question : pourquoi les forces antilibérales sont-elles à ce point mal en point ? Attac est en péril, Laurent Fabius est naufragé et le rassemblement mouvementiste a désormais éclaté. Il ne leur reste que ces éclats de rêve comme des poussières d’étoile pour guider leur longue, très longue marche.

Nicolas Domenach
Tags : mam
Rédigé par Nicolas Domenach le Vendredi 22 Décembre 2006 à 14:28



Commentaires


RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile