Avant d’aller voter, et même avant de lire les programmes électoraux, les citoyens devront se poser la question suivante : quelles seront les marges de manœuvre du nouveau (ou de la nouvelle) président (présidente) de la République. Les mêmes citoyens iront sur le site de la Banque centrale européenne (BCE) pour lire le
dernier discours de son président, Jean-Claude Trichet. Pour une meilleure compréhension, il faut savoir que Trichet parlait le 5 octobre à Paris, dans les locaux de la Banque de France, dont il fut un gouverneur. Huit mois avant l’échéance électorale, ses propos sont généraux, mais situent bien quelles sont les « contraintes » auxquelles se heurteront les futurs élus, en matière de revenus comme de finances publiques.
Pour les revenus : «Plus fondamentalement, compte tenu du dynamisme de la croissance du PIB en volume observé au cours des derniers trimestres et des signaux encourageants émanant du marché du travail, une progression des salaires plus importante que prévu constitue UN RISQUE SUBSTANTIEL (c’est nous qui soulignons, NDLR)
à la hausse pour la stabilité des prix. Dans ce contexte, il est essentiel que les partenaires sociaux conservent un comportement responsable, ce qui vaut en particulier dans un environnement plus favorable à l’activité économique et à l’emploi».
Traduction : la croissance reprend, mais les salariés ne doivent pas en voir la couleur, sinon la BCE augmentera les taux d’intérêts ce qui aura pour effet de freiner la croissance, et donc l’emploi. Cela n’empêche pas le même président de la BCE, dans le même discours de noter
« la nette amélioration de la rentabilité des entreprises et de l’efficacité du capital ».
On aimerait, après cela connaître l’opinion de Laurent Fabius, DSK et Ségolène Royal sur leur vision d’une politique salariale dont l’Insee (
voir post précédent) a démontré suffisamment qu’elle avait laminé en dix ans les classes moyennes et populaires.
Sur les finances publiques : « Dans tous les cas les recettes exceptionnelles provenant d’une croissance plus forte que prévu doivent être consacrées à l’accélération de la réduction des déficits ou à l’augmentation des excédents ».
Traduction : la politique budgétaire n’a plus qu’un axe, celui de la réduction des déficits.
Mais quel est l’avis de Nicolas Sarkozy qui a déjà promis 18 milliards de dépenses nouvelles (voir le site
debat2007.fr avant même d’avoir arrêté son programme et a proclamé, lors de la convention UMP sur l’économie en 2005, son intention de baisser les prélèvements obligatoires de 4 points de PIB (soit 72 milliards d’euros), pour les ramener à la moyenne européenne ?
Ou de DSK, qui dimanche dernier affirmait que son ambition était de
« stabiliser la dette publique au niveau actuel » dans l’intention évidente de garder des marges de manœuvre pour pratiquer la politique de croissance forte qu’il appelle de ses vœux ?
Si ce post parvient aux candidats, nous publierons les éventuelles réponses, qui intéressent le débat public. A moins que, quel que soit notre vote, le président, le vrai, ce soit Jean-Claude Trichet ?