Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Pour un peu, les députés sarkozystes interprèteraient la danse du scalp. A leurs yeux qui brillent d’excitation guerrière, leur adversaire est à terre et ne se relèvera pas. Ségolène Royal ou la reine de la « Boubourde », l’impératrice des gaffes ! Trop de bévues disqualifieraient la candidate socialiste pour l’exercice de la magistrature suprême. « Pas besoin de se casser la tête, se réjouissent ces élus, Ségolène Royal se démolit toute seule ». Ils y travaillent quand même hardiment, rôdés par les années de lutte contre l’ennemi chiraquien. Ils exploitent chaque fêlure pour en faire une faille, chaque faille pour en faire une fracture. Tous contre elle, en piqué. L’effet masse-critique est impressionnant comme on l’a vu dans ce pas de deux du Québec transformé en faux pas. Dans leurs circonscriptions, les militants de droite applaudissent, cette démolition en criant « on va gagner, on va gagner ». Il règne dans leurs rangs une euphorie contagieuse depuis la cérémonie d’intronisation de Sarkozy comme candidat de l’UMP. Le combat a changé d’âme.

Il y a trois semaines, les élus sarkozystes redoutaient le pire, la division chez eux et la suprématie en face. Or voilà qu’ils ont pour un congrès réussi et quelques enquêtes favorables, le moral de vainqueurs. Il faut dire que les socialistes l’ont perdu ce moral. Ils l’ont dans les chaussettes, tout en bas comme ces joueurs de foot fatigués, désespérés. C’est même du PS que partent les coups les plus durs tantôt contre la candidate, tantôt contre son compagnon, tantôt encore contre ce couple impossible qui les désarçonne. La polémique sur les impôts lancée par François Hollande, l’absence de propos forts de Ségolène Royal et la multiplication de ses écarts lors de ses voyages à l’étranger et enfin un dispositif de campagne branquignol ont pour le moins désorienté les socialistes. En outre, la démocratie participative ce n’est pas leur truc. Ils veulent combattre pour un chef et contre un adversaire.

Les militants sont d’abord des soldats qui n’entendent pas confondre la campagne avec un dîner ou un thé de gala. Et tout ce qui faisait la force de Ségolène Royal vire à la faiblesse. Son autorité est tournée en autoritarisme, sa morale en moralisme, sa fraîcheur en sottise, ses maladresses d’expression ne sont plus une marque de proximité mais une preuve de pensée bégayante, son désir d’écoute passe pour absence de propos et son refus des règles archaïques pour une dérobade ; son couple moderne devient un arrangement cynique de bourgeois arrivistes. Bref la campagne de Ségolène Royal est sapée, déstabilisée par ses propres « camarades » qui s’affolent vite. Pourtant quelques-uns et quelques-unes gardent la tête froide autour de Ségolène Royal, qui tente de reprendre les choses en main. On l’a vue, on va la voir. La candidate est la patronne, et elle compte bien imposer son autorité à tous, y compris à son compagnon François Hollande qui devra jouer son rôle, rien que son rôle de premier secrétaire du PS. Il doit mobiliser le parti, la gauche et sabrer Sarkozy. Tous deux feront campagne chacun de leur côté, mais aussi ensemble car ils doivent envoyer ces signes de bonne entente, de complicité qui ont tout manqué depuis son investiture comme candidate.

Un défaut de symbolique qui alimente toutes les rumeurs sur la Toile. Une note interne du QG de campagne de Ségolène Royal le confirme : les rumeurs folles sur les mensonges du couple Royal-Hollande, sur leurs maîtresses et amants prétendus n’ont jamais atteint un tel niveau. Alors, on y répond beaucoup par la dérision. « Ségolène couche avec Sarkozy c’est bien connu » et « Hollande avec Delanoé c’est sûr c’est de notoriété publique ». Mais l’ironie humoristique ne suffit pas à contenir les clapotis du clabaudage si peu net d’Internet. Le couple veut mettre les choses au clair et contre-attaquer plus harmonieusement mais aussi plus politiquement, en mettant en valeur la fameuse démocratie participative dont les royalistes assurent qu’elle connaît un succès considérable sur le terrain. Simplement il ne faut pas être myope et « savoir voir pour deviner ce mouvement profond». De même faudrait-il voir un peu plus loin que les sondages du jour qui ne montrent aucune progression de Sarkozy, voire un tassement. Simplement l’électorat d’extrême droite aujourd’hui se reporte en masse sur lui. Demain, ce sera une autre affaire. Demain, en février, en mars commencera la vraie campagne pour une gauche contrainte de se rassembler. Ségolène Royal serait dans le bon tempo. A l’inverse, Sarkozy comme Balladur autrefois serait parti trop tôt. Maintenant qu’il est en tête, le présidentiable de l’UMP va subir à son tour le vent pleine face. Vous avez remarqué, il est glacé ce blizzard ? Alors qu’il ne peut s’empêcher de faire le faraud, de se croire arrivé. L’on dit pourtant de lui que celui qui mène en janvier se plante en février. Et que les derniers seront les premiers… C’est ce qu’on dit !

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mercredi 24 Janvier 2007 à 16:08



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