Enfin une sortie de crise paraît avoir été trouvée pour les expulsés du squat de Cachan. Et c’est une bonne nouvelle à plus d’un titre. C’est une bonne nouvelle d’abord pour les 278 femmes, enfants et hommes qui vivaient dans des conditions détestables depuis de si longs jours et qui devraient si l’accord est définitivement conclu retrouver un toit, un feu, une foi même dans cette France qui n’est elle-même que lorsqu’elle est debout et fraternelle, lorsqu’elle a la paume ouverte plutôt que le poing fermé. C’est une bonne nouvelle ensuite pour le pays qui a une fâcheuse tendance à se rabougrir, à s’aigrir, à se diviser, à s’affronter. Car la situation est toujours aussi explosive dans les villes où les situations s’aggravent. François Rebsamen, le maire PS de Dijon, l’a dit hier sur le plateau, tout peut craquer à tout instant. Et la plupart des maires de banlieue le confirment car après les émeutes qui, l’an dernier, avaient mis le feu, la situation est toujours inflammable. Les surenchères entre la délinquance spectacle et la police leur font craindre le pire.
Il y a en permanence de l’affrontement dans l’air. Comme si le match, un match fou devrait reprendre incessamment entre les petits caïds d’un côté et le grand chef Nicolas Sarkozy de l’autre. Il y a de la testostérone dans l’air et c’est explosif. Or cette fois, Nicolas Sarkozy est parvenu à sortir de l’engrenage infernal grâce aux deux médiateurs qu’il avait nommés, son ami Patrick Gaubert, président de la Licra et Dominique Sopo, le président de SOS Racisme. Qu’ils soient parvenus à un accord, c’est donc une bonne nouvelle pour le ministre de l’Intérieur qui a repris la main alors qu’il l’avait perdue. Il était temps qu’il la retrouve la main, une main pacificatrice, rassembleuse, ouverte. Il était temps car son image commençait à se dégrader particulièrement chez les électeurs centristes dont il aura besoin au second tour. Il était temps parce qu’il était pris en tenailles entre le chef du gouvernement qui craignait que tout ça se termine mal et qui exigeait que soit réglée « cette situation inacceptable », et de l’autre côté s’exerçait la pression d’une gauche socialiste qui avait refusé les surenchères laxistes mais commençait de se mobiliser à l’exemple de Danièle Mitterrand, au nom de l’amitié et du « devoir d’assistance ».
En l’occurrence, Sarkozy aura retrouvé cette capacité de rebond qui lui avait fait dire « quand je me plante par la face nord, j’attaque par la face sud ».
On pourrait s’imaginer qu’il ne s’arrête pas en si bonne escalade. On pourrait espérer que la question de l’immigration soit arrachée des griffes des politiciens d’extrême droite et d’extrême gauche qui font commerce les uns de générosité, les autres de xénophobie.
Imaginez la droite et la gauche qui s’entendraient sur une politique commune de l’immigration afin que le sujet ne devienne pas un brûlot de campagne. C’est peut-être beaucoup demander aux présidentiables de l’UMP. Mais certains amis de Chirac lui en ont fait la demande express ainsi formulée : « Annonce donc que tu ne te représentes pas à l’élection présidentielle et convoque à l’Elysée les représentants de tous les partis afin de régler quelques questions essentielles pour la société comme l’immigration. Ainsi tu laisseras une vraie trace dans l’histoire ». Au fond, tout le monde pourrait se retrouver sur la nécessité de limiter l’immigration et de renforcer l’aide au développement. Un renforcement dont Chirac ne cesse de plaider la nécessité alors même que les aides françaises au développement n’ont cessé de diminuer en dépit de l’invention des taxes sur les billets d’avion. Jacques Chirac, qui est un bon gars, a écouté ces suppliques avec bienveillance. Mais l’on sait que comme tous les gens qui ont des problèmes d’ouïe il n’entend que ce qu’il veut. Lorsqu’on lui fait des compliments, il n’en perd pas une miette, mais quand ça devient plus délicat, quand on ose, rarement pourtant, quelques vérités gênantes, il fait celui qui n’entend pas. Il paraît alors qu’il faut crier très fort !