Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Mon système va craquer

Jeudi 18 Janvier 2007

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Et voilà les premiers craquements, les failles peut-être d’un système bi-partisan usé et contesté. Ce que l’on veut, ce que l’on entend, le ras-le-bol d’un duo trop dominant Ségo-Sarko commence à se manifester très concrètement dans certaines enquêtes d’opinion. Ainsi, selon le sondage CSA-Le Parisien de ce matin, les deux principaux candidats perdent des points. Ségolène Royal d’abord enregistre une chute sévère avec moins 5 % des voix, mais Nicolas Sarkozy perd également 2 % des intentions de vote, alors que tout l’orchestre médiatique joue pour lui depuis plusieurs jours. Certes les deux champions du PS et de l’UMP demeurent à des niveaux élevés, 30 % pour Sarkozy, 29 % pour Ségolène Royal, mais leur recul conjoint confirme les signes de rejet enregistrés précédemment puisque, rappelez-vous, plus de la moitié des Français récusent l’idée d’un second tour Royal-Sarkozy. Et le premier à profiter de ce rejet est François Bayrou, Bayrou le béarnais, Bayrou le fils d’agriculteur, Bayrou le « Croquant » qui fait craquer le carcan. 9 % des voix selon l’institut CSA mais 12 % selon l’IFOP qui, dans Paris Match, le place devant Jean-Marie Le Pen (11 %) !

L’estimation bien sûr est contestée par les frontistes qui affirment toujours que leur leader est grandement sous-estimé. Mais s’il se confirmait que le présidentiable de l’UDF était en situation de devancer, voire de distancer celui du FN, alors ce serait une révolution : le vote républicain contre l’extrême droite, c’est Bayrou ! Je vous rappelle qu’à la même époque, en 2002, Bayrou tournait péniblement autour des 5 % des intentions de vote. Et le voilà qui double son score et qui se veut porté par une vraie dynamique.

« A chaque élection présidentielle, répète-t-il, il y a eu une surprise ». Car les Français refusent qu’on leur confisque le scrutin. En 1965, le peuple a contraint le majestueux de Gaulle au ballottage. En 1981, il a viré le président sortant « le pharaon » Valéry Giscard d’Estaing. En 2002, il a propulsé Le Pen au second tour, mais en 2007 Le Pen a vieilli, et Bayrou se verrait bien être « La » surprise, puisque la situation s’est aggravée alors que gauche et droite sont partis dans une bataille de boules puantes fiscales - car l’argent a une odeur - qui donnera aux électeurs envie d’aller respirer ailleurs.

Ajoutons que le président du l’UDF a mûri, a épaissi. Il a pris des baffes et donc du cuir et une détermination qui lui a permis de larguer les amarres avec les compromissions, avec son camp d’origine, la droite sociale-chrétienne. Il a compris que pour l’emporter, il faudrait être le candidat anti-puissants, David qui s’attaque aux Goliath de la finance et de la communication. Le porte-voix des sans voix, le défenseur des humbles, des petites gens. Alors, Bayrou a attiré d’abord des électeurs aisés et maintenant du tout venant ; bien sûr des gens de droite comme de gauche, et le risque est grand de volatilité qui coûta cher à Jean-Pierre Chevènement en 2002. Car le leader souverainiste lui aussi avait été estimé à plus de 10 % avant de chuter à 5 %. Mais la situation économique et sociale s’est détériorée et le rejet du condominium gauche-droite est devenu plus radical.

Les Français recherchent des solutions alternatives : Bayrou, on l’a vu, mais ce pourrait être aussi Nicolas Hulot qui doit annoncer lundi s’il sera ou non candidat. L’opinion le souhaite. Il y a quinze jours, je vous disais que le télé écologiste était plus désireux de bien vivre que de se présenter à la présidentielle. Il voulait simplement faire signer son pacte écologique. Or celui-ci a été paraphé par la plupart des partis et Hulot ne s’en interroge pas moins très, très sérieusement. Car rien ne lui garantit que les partis tiendront leurs engagements s’il ne leur impose pas un rapport de force puissant. Une bonne partie de son entourage le pousse car ses proches sentent que le système bi-partisan est en train de turbuler et que c’est le moment, qu’il faut foncer. Alors je ne vous dis pas, certes que tout est possible qu’il y aura un second tour Bayrou-Hulot, d’autant qu’il y a dans beaucoup de têtes le traumatisme du 21 avril 2002 qui renforce les deux partis dominants. Mais je crois qu’il faut se forcer à penser l’impensable, ne serait-ce que par hygiène intellectuelle et politique. Car la pensée et l’histoire n’avancent pas forcément à un rythme binaire gauche-droite !

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Jeudi 18 Janvier 2007 à 14:16



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