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Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Ma déclaration

Lundi 27 Novembre 2006

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne


Voici la semaine de tous les suspens. Où ? Quand ? Comment ? Nicolas Sarkozy et François Bayrou vont-ils se déclarer candidats à l’élection présidentielle. On pourrait sourire en faisant remarquer qu’il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas savoir que ces deux hommes sont depuis des années, et même depuis toujours en piste pour l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy a fait savoir qu’il pensait à la magistrature suprême chaque matin en se rasant ce qui prouve qu’il a du poil au menton, manifestation pileuse d’une virilité qui lui permettrait de postuler à la plus haute magistrature. Quant à François Bayrou, ce démocrate chrétien n’est descendu de ses Pyrénées que pour escalader cette montagne sacrée du pouvoir suprême, fustigé par la droite, lapidé le lazzis par la gauche mais bien décidé à triompher de son chemin de croix. Pour autant, cette étape déclarative de candidature est indispensable et particulièrement délicate puisqu’elle tient tout à la fois de la déclaration de guerre, d’impôt et d’amour surtout. Il s’agit de faire sa demande dans des formes qui ne vous fassent pas rejeter.

C’est comme pour un mariage. Si le soupirant se rend chez le beau-père en débraillé avec des fleurs fanées ou s’il fait sa demande par video conférence de son bureau, ou pire encore par fax, alors là c’est planté. Pourtant, tout ça s’est déjà produit. Rappelez-vous Giscard en 1981 et Balladur en 1995, ces maladroits malotrus qui n’ont pas fait l’effort de sortir de leurs palais pour se présenter humblement devant le peuple et exprimer leur souhait d’être choisi avec l’humilité qui sied à cet exercice monarquo-républicain. Car pour recevoir les suffrages populaires qui vous placeront au-dessus du commun des mortels, il faut commencer par s’incliner très bas, jusqu’à terre devant les Françaises et les Français qui, ensuite, vous relèveront et vous élèveront s’ils vous trouvent digne d’eux-mêmes.

Et il faut choisir son moment avec soin : souvenez-vous de Jacques Chaban Delmas qui paiera très cher d’avoir voulu prendre ses concurrents de vitesse et d’avoir fait savoir par l’AFP qu’il se présentait à l’Elysée alors que le Président Georges Pompidou n’était pas encore enterré. Il est impératif de mettre les formes : souvenez-vous aussi de Lionel Jospin qui déclara sa flamme par un fax froid, dépourvu de toute humanité, de toute poésie. Tous ces décollages ratés, sans parler de celui de Michel Rocard qui était si peu assuré de ses mots et de ses pensées qu’il ne trouva pas le ton ni le regard juste, tous ces crashs, Bayrou et Sarkozy les ont parfaitement en mémoire, de même qu’à l’inverse certaines réussites comme le oui ému et télévisé de François Mitterrand en 1988 ou la déclaration d’Avignon de Chirac en 2002 par la Voix du Nord en 1995. Le futur Président prenait la capitale, les puissants par surprise en parlant au peuple, au plus près du peuple.

C’est évidemment ce que recherchent et François Bayrou et Nicolas Sarkozy. Le premier, le patron de l’UDF a ainsi renoncé à s’exprimer de Paris. Et pourtant les centristes en avaient visité des lieux, et des beaux, fleuris, arborés quasi bucoliques comme les jardins du Parc André Citroën. Le provincial avait aussi songé aux bateaux mouches voyageant sur le fleuve de la vie. C’est très romantique. Il a préféré parler de chez lui, de ses Pyrénées où plongent ses racines paysannes et celles du peuple de France. Puisqu’il s’agit de dire quand on courtise, ce que l’on aime dans cette France et comment on veut l’aimer encore davantage, puisqu’il s’agit aussi de prendre de la hauteur pour exprimer sa vision du pays, il parlera donc d’un de ses villages dont sa famille est originaire et qui ne manque pas d’élévation.

Mais tout le monde ne peut pas jouir d’un berceau familial planté entre ciel et terre. Nicolas Sarkozy a écarté aussi toute idée de s’adresser au pays du haut de la Tour Eiffel. Il hésitait encore sur le lieu, cherchant quelque chose de simple, d’humble même, eh oui, et de sexy. Ce sera sans doute jeudi prochain, le lendemain de l’anniversaire de Chirac, avec une télé taillée pour lui, le soir sur France 2. Pas question de s’exprimer du ministère de l’Intérieur, il faut éviter le côté prétentieux et chaise à porteur. « Il doit trouver, dit un de ses conseillers, une façon de confirmer sa candidature en surprenant et en s’« humanisant » », pas de meeting hurlant donc, pas de message SMS non plus. Mais il faut qu’il garde une certaine stature. Il mettra son bô costume, celui avec poutres apparentes et épaules renforcées, ainsi les Français verront enfin qu’il est taillé pour le job, qu’il est un homme de bien et qui a du bien, parce qu’il y a l’amour d’accord, et le désir très bien, mais pour l’électorat de droite en particulier, le prétendant doit aussi montrer qu’il a du coffre !

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Lundi 27 Novembre 2006 à 13:22



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