Une déclaration est toujours un événement même si elle est attendue. Comme pour un mariage, c’est l’engagement d’une vie qui se joue et c’est bien ce qu’a dit Sarkozy, et en ce sens il l’a bien dit, mais d’une drôle de façon, enfin « drôle… » comme s’il était impressionné par le rôle qu’il allait endosser, comme si l’acte lourd, grave l’impressionnait encore. Il n’a pas répondu directement ainsi que l’avait fait François Mitterrand en 1988 qui à la question « êtes-vous candidat à l’élection présidentielle ? » avait simplement lâché un « oui » direct et ému. Là Nicolas Sarkozy s’est cru obligé d’ajouter « ma réponse est oui… ». « Ma réponse… » Il se regarde marcher vers son destin. Encore une minute monsieur le bourreau…
Sarkozy joue effectivement sa vie et il en a conscience. J’imagine ensuite que vous n’avez pas été surpris par le fait que le candidat à la candidature, mais qui s’adressait à tous les Français, veuille donc que ceux-ci soient plus heureux, plus riches, mieux éduqués que notre démocratie soit plus démocratique et que la France soit plus France, tout cela montre qu’il a plutôt bon fond. Et il ne vous aura pas échappé non plus que ce postulant à la magistrature suprême a singulièrement recentré son propos. Il parle de la droite encore un peu, mais beaucoup du centre, alors qu’avant c’était sa fierté, c’était son credo qu’il égrenait en permanence, psalmodiant sur tous les tons « je suis de droite, je suis de droite », tandis que maintenant il commence par privilégier « les Français les plus fragiles ». Il n’oppose plus les travailleurs aux feignants, les vieux aux jeunes, les policiers aux magistrats.
Le candidat Sarkozy est devenu rassembleur. Il a pris en compte le danger que représente Ségolène Royal ainsi que les mises en garde de Chirac. Il donne des gages d’ailleurs, c’est une autre surprise, à un Président de la République qu’il ne compare plus à Louis XVI et dont il ne dit plus pis que pendre. Certes Sarkozy réclame une « Présidence responsable », ce qui sous-entend que l’actuel Président est irresponsable, mais en même temps, il se dit « fidèle à son histoire et fier de son bilan », qu’il va donc porter, assumer pendant la campagne. Et ce sera lourd. Mais voilà, Sarkozy a fini par entendre et Chirac et une partie des conseillers chiraquiens ainsi que Cécilia Sarkozy et quelques autres proches qui plaidaient pour « un inéluctable rapprochement ».
Il faudra que le ministre de l’Intérieur fasse encore bien du chemin, qu’il courbe davantage la nuque qu’il a raide, et qu’il avance des propositions sociales plus nettes, elles sont prêtes, dit-on. Nous sommes donc très loin encore d’une alliance en bonne et due forme, mais sa « rupture tranquille » signe cette volonté selon certains proches du chef de l’Etat. Le problème c’est que la « rupture » du coup est devenue un concept creux et qu’elle ne s’applique plus que dans le style. Car il refuse d’être qualifié de libéral, d’atlantiste et de communautariste.
Le candidat Sarkozy ne serait donc qu’un pragmatique volontariste mouvementiste français, ce qui reste pour le moins vague. Comme il n’aime pas le vague, ça lui donne le mal de mer, il va annoncer dans les semaines à venir des directives et des propositions à la faveur d’un débat qui aurait l’air d’être un débat. Car c’est une des autres surprises induites par sa déclaration de candidature. Puisqu’il veut s’ouvrir, le présidentiable de l’UMP va faire comme au PS, une primaire, ou tout au moins quelque chose qui en a l’apparence. Il a convaincu Michèle Alliot-Marie, affirment certains de ses proches, de se prêter au jeu. A la vérité, elle n’aurait pas le choix, car si le ministre de la Défense ne se compte pas, elle disparaît. Les sarkozystes assurent que MAM pourrait faire 30% des voix en fédérant toutes les oppositions. On peut imaginer qu’ils ont les moyens de lui garantir ce score qui éviterait à Sarkozy un peu démocratique plébiscite. Ce spectacle d’un affrontement courtois homme-femme permettrait peut-être de dissiper le sortilège Ségolène Royal. Car les médias veulent du neuf. Il suffit d’une bonne mise en scène qui pourrait occuper tout le début décembre. Mais en même temps gare aux scénarios qui dérapent. MAM n’est jamais partie à la bataille pour perdre et enfin dans cette histoire c’est encore une fois la femme qui devrait être battue. Même avec des fleurs, ce n’est pas bien vu !