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Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne


Les gaullistes, les vrais, se retrouvent aujourd’hui sur la tombe du Général de Gaulle. Il y aura Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie, Jean-Louis Debré et quelques autres fidèles même les plus jeunots comme le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan mais pas Nicolas Sarkozy qui n’a pas été invité par l’Elysée à célébrer le 36e anniversaire de la mort du fondateur de la Ve République. Il faut dire que le Président de la République, le Premier ministre et la ministre de la Défense ne sont pas seulement venus fleurir une sépulture illustre ni poser la première pierre d’un mémorial du souvenir. Les Chiraco-gaullistes sont sur le pèlerinage de la guerre. Leur rassemblement est une déclaration d’hostilité au président de l’UMP qui leur paraît apostat-traitre à leur foi et à leur père spirituel. Ils sont venus à Colombey les deux Eglises comme on entre en résistance.

Il faut dire qu’il en faut de la résistance pour survivre à ce déplacement dans ce village de Haute-Marne. Les nuages y grondent toujours des orages à venir. Le vent de l’Histoire vous gèle au cou. Les compagnons de la Libération des durs à cuire avaient même cessé de s’y rendre tous les ans car ils y revenaient de moins en moins nombreux. Il y bruine, il y tourmente en permanence. Vous savez, il y a cette histoire célèbre de Georges Bernanos rendant visite à de Gaulle pour déjeuner avec lui. Comme ce sont deux êtres pudiques, le silence s’installe et Bernanos finit par se lever, par aller à la fenêtre et par constater : « Il pleut ». Et le Général de lever les bras et de s’exclamer : « Eh oui. Il pleut… » C’est ça le Génie du lieu. André Malraux en a même fait un livre, Le chêne qu’on abat. Chirac lui, devait en faire des images et un discours. Des images d’abord, celles de silhouettes élancées à la hauteur du Général et de ses descendants comme l’Amiral de Gaulle qui culmine à l’instar de son père autour du mètre 93. Chirac fait un mètre 90, Villepin un mètre 92, Michèle Alliot-Marie est plus petite mais elle porte des talons et elle aussi fait escabeau des Grandes valeurs gaullistes qu’à leurs yeux Nicolas Sarkozy injurie. Le Président de la République devrait les rappeler officiellement en mettant en avant l’exigence de cohésion nationale, l’indépendance et la grandeur de la France et enfin la force des institutions de la Ve République qu’il y aurait tant de risques à vouloir mettre à bas.

Bref, la rupture sarkozyste serait une rupture avec le gaullisme, ce que va tenter de démentir le soir même à Saint-Etienne Nicolas Sarkozy dans un de ses grands discours fondateurs, sur la mondialisation cette fois. Il devrait y faire claquer des mots tricolores lui aussi. La France, la volonté, l’action et la capacité à dire non comme le fit « l’Homme du non ». Il pourrait aussi exhumer ses souvenirs d’enfance quand son grand-père adoré le hissait sur ses épaules aux Champs-Elysée le 14 juillet pour voir défiler le Général de Gaulle dont la prestance étoilée le faisait rêver. Nicolas Sarkozy pourrait aussi rappeler qu’il s’est engagé en politique avec Jacques Chaban-Delmas quand d’autres le poignardaient. Bref il va se dire gaulliste, tout le monde est gaulliste aujourd’hui mais certains le sont plus que d’autres. Ils le jureront sur sa tombe, les porteurs de la vraie croix de Lorraine.

Nicolas Domenach
Tags : de gaulle
Rédigé par Nicolas Domenach le Jeudi 9 Novembre 2006 à 11:35



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