Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Les deux trouble-fêtes

Lundi 13 Novembre 2006

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne


Bayrou-Le Pen, voilà les trouble-fêtes, les dissidents, les deux candidats anti-système qui ont éclipsé tous les autres comme Buffet, les deux candidats du peuple trahi qui en appellent à la révolte contre les élites et d’abord contre le pouvoir bipartisan PS-UMP, UMP-PS. Et en dépit du tam-tam dominant Ségo-Sarko, Sarko-Ségo, ils sont sûrs d’être entendus Bayrou et Le Pen, ils sont certains que les Français ne veulent pas d’une pièce écrite à l’avance et dont le dénouement se ferait sans eux. Le président de l’UDF comme celui du FN sont persuadés qu’il y aura une insurrection dans les urnes et l’un comme l’autre s’imaginent au second tour.

Les lepénistes évidemment sont les plus sûrs de leur affaire. Car s’ils ont craint un moment l’impact de Sarkozy sur leurs électeurs, aujourd’hui force est de constater que le ministre de l’Intérieur ne mord pas sur l’électorat frontiste. Avec des estimations qui tournent autour de 14 % à 16 %, Jean-Marie Le Pen se situe à 4 points au-dessus de ses estimations de novembre 2002. Et l’insécurité n’ayant pas été jugulée, pas plus que la mondialisation n’a été maîtrisée, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.

Surtout que le tribun populiste, en dépit des années, demeure redoutable même s’il fatigue plus vite et entend moins bien. Ce n’est pas toujours léger, c’est même souvent lourd, mais ça fait rire, ça fait mouche, guêpe, frelon qui pique Sarkozy la girouette, le caméléon, Ségolène la gaffeuse, lady nunuche, la fée gribouille. Lui qui n’a jamais gouverné, contrairement à Bayrou, excelle toujours à parler au nom des Français d’en bas qui veulent prendre leur revanche contre les bobos babas d’en haut qui les humilient. Même s’il fait partie de l’establishment, le succès est garanti et il n’a rien à craindre d’un Villiers qui, lui, porte sa chevalière sur le front et sur ses mots : « quand Villiers dit zut, raconte Le Pen, moi je dis merde et ça s’entend… »

Bayrou aussi ça s’entend, même s’il n’emploie pas de gros mots. Ce n’est pas le genre. Son style, c’est plutôt le guide inspiré moral pour ses héritiers de la démocratie chrétienne. Le président de l’UDF célèbre un prêche devant les fidèles transcendés. La voix est grave, émue, le geste retenu. Le doigt se lève parfois comme pour invoquer le ciel. Il a le costume gris du prédicateur, la cravate bleue pour l’espérance. Il y a les hommes, les femmes et les enfants qui communient tous ensemble. Une foule comme on n’en a jamais vu totalement exaltée quand ils stigmatisent ce faux duel Ségo-Sarko qui est un vrai duo.

Et l’enthousiasme les gagne quand Bayrou se redresse et prend de la hauteur pour dénoncer la démocratie d’opinion qui est une démocratie à genoux et en appeler à une démocratie de conviction. Ce n’est plus Saint François d’Assise. C’est Saint François Debout qui refuse de laisser à l’extrême droite l’incarnation de l’alternative. Et la salle s’est levée également pour crier « Bayrou Président ». Ceux-là ont la foi et malgré les 7 à 12 % dans les sondages, ils s’y voient, ils s’y croient. Certains vous annoncent même un second tour Bayrou-Le Pen. D’ailleurs, le débat entre eux devrait avoir lieu jeudi sur France 2 comme une préfiguration de l’avenir. Quand on vous dit qu’ils ont la foi…

Nicolas Domenach
Tags : bayrou fn le pen udf
Rédigé par Nicolas Domenach le Lundi 13 Novembre 2006 à 18:00



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