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Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Les Verts sont dans le rouge

Lundi 4 Décembre 2006

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne
Alors que toute la France se met au vert, les Verts restent dans le rouge. Je ne dis pas ça parce que leur congrès se passe à Bordeaux mais parce qu’à force de tourner en rond, ils tournent à l’aigre. Le congrès des écologistes de gauche qui s’est tenu ce week-end n’a été qu’une caricature des précédents congrès qui étaient eux-mêmes caricaturaux.

Pourtant l’aspiration écologiste est générale dans ce pays. Pourtant la pré-campagne de Nicolas Hulot renforce encore cette aspiration, car le télé écologiste avec son charisme et son savoir-faire médiatique remporte un succès qui pourrait en favoriser d’autres. Pourtant encore la droite ne cesse de démentir dans les faits les envolées lyriques alarmistes de Jacques Chirac comme ses promesses, le pouvoir se faisant retoquer ses plans anti-pollution par Bruxelles pour insuffisance ou supprimant les taxes anti-pollution qui avaient été annoncées par le Premier ministre. Pourtant toujours, la gauche, productiviste, ne dispose pas d’une forte crédibilité en dépit du passé de Ségolène Royal, et le projet socialiste reste singulièrement pauvre en la matière.

Eh bien, alors que leur candidate Dominique Voynet culmine à 2 % d’intentions de vote, cette urgence politique et écologique n’a pas empêché les Verts de se disputer jour et nuit pendant 48 heures pour des queues de cerises. Eux qui prétendaient réinventer la vie en général et la vie politique en particulier se conduisent comme les pires des pires apparatchiks.

Il y a bien sûr une gauche, une droite, un centre. Il y en a qui ont la carotte bio entre les dents et restent des antilibéraux, farouches partisans de José Bové même s’il n’est plus candidat. Il y a les planeurs, petites fleurs et petits oiseaux, huiles essentielles et tisanes astringentes, les amateurs de grands espaces qui veulent médiaplaner avec Hulot et en ont ras-le-bol de tourner autour de leur piquet de tente du Larzac comme la chèvre de M. Séguin. Il y a les fondamentalistes du parti qui crient à la trahison dès qu’ils voient un nouveau visage blanc. C’est de toute façon le règne de la suspicion généralisée, chacun soupçonnant l’autre de vouloir vendre la maison, enfin ce qu’il en reste, au Parti socialiste voire à la droite. Chacun voulant aussi une part du gâteau, voire quelques miettes, ce qui explique qu’on coupe les cheveux et les poireaux en quatre et dans les discussions interminables où l’on y comprend goutte, tant coassent les grenouilles vertes qui, comme le dit Dominique Voynet veulent se faire plus grosses que le bœuf.

On aura compris cependant qu’à l’arrachée l’unité des Verts aura été préservée et que la candidate écologiste, pour y parvenir, aura sacrifié son secrétaire national Yann Wehrling qui aura réussi l’exploit de rester inconnu à son poste. Il sera remplacé par un espoir du parti, la conseillère municipale de Villeneuve Saint-Georges, la jeune (31 ans) Cécile Duflot, une reinette qui avait fait 3e dans la bataille pour l’investiture verte. Voynet aura bien besoin de son renfort pour faire décoller sa campagne qui se traîne. Cette candidate est en effet plombée par ses pseudos soutiens comme par son passé puisqu’elle a déjà été en course lors de l’élection présidentielle et ministre de l’Ecologie, ce qui n’a pas laissé que de bons souvenirs puisqu’elle a été souvent battue dans les arbitrages et a oublié de revenir de vacances pendant la catastrophe de l’Erika. Mais cette nageuse de compétition a de la résistance et de la suite dans les idées. Elle va s’accrocher et ne désespère pas de profiter de l’effet Hulot quand celui-ci renoncera à se présenter, ce qui est inévitable croit-elle. Voynet pense également, malgré l’effet 21 avril, tirer bénéfice de l’usure qu’elle pressent de la candidature de Ségolène Royal qu’elle a aussi connu ministricule et qu’elle a du mal à imaginer dans ce rôle de candidate à l’élection présidentielle ayant de fortes chances de l’emporter.

Paradoxalement, Voynet peut aussi compter sur le Parti socialiste car elle représente chez les Verts la tendance dite modérément « foldingue » avec qui il est possible de discuter et de passer un accord de gouvernement. Les socialistes se préoccupent en effet du second tour. Il leur faut un réservoir de voix pour transformer l’essai du premier tour. Si Voynet restait à 2 % et Marie-George Buffet idem, leur sort dépendrait alors des reports des voix qui se seraient portées sur François Bayrou et sur Jean-Marie Le Pen. Inutile de vous dire qu’on étudie dès à présent ces fameux reports : 25 % de voix lepénistes par exemple se retrouvant sur Ségolène Royal au second tour actuellement.

Mais il faudrait tout de même que Voynet fasse un effort, que les Verts parlent plus d’écologie que des 35 heures ou des sans papiers, comme s’ils faisaient un complexe social qui les rend muets sur l’écologie. C’est difficile, disait-elle, « d’avancer avec des boulets aux pieds ». Surtout lorsqu’on a entrepris de faire du ski nautique tiré par Nicolas Hulot. Pourtant ça plane pour lui, mais ça plouffe pour elle.

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Lundi 4 Décembre 2006 à 12:59



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