Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne
Voilà un anniversaire que l’UMP ne va pas fêter. Et pourtant c’est le sien. Il y a 30 ans, le 5 décembre 1976, naissait officiellement à la porte de Versailles le RPR chiraquien issu de l’UDR, le mouvement gaullo-pompidolien. Ce fut une de ces grandes messes, un rassemblement spectaculaire.
50 000, 60 000, 100 000 personnes. Le Grand ordonnateur était Charles Pasqua, qui avait fait ses classes comme vendeur-chef chez Ricard et savait comment faire pour « bourrer » les urnes et les salles. On appelait ça la démocratie des autocars, le « petit Charles » payait les sandwiches, le déplacement et l’apéro au populo qui « montait » à Paris. Le RPR à l’époque c’était comme le disait Malraux « le métro à 5 heures » : du gros pardessus, de l’anorak et du petit manteau ; de la casquette, du béret et du chapeau. Des secrétaires, des artisans, des prolos, des paysans, des patrons petits, grands et moyens, pas d’abord, surtout des pharmaciens, des dentistes et des médecins comme dans les salles UMP aujourd’hui où au moins vous pouvez faire un malaise à l’aise. Et tout ce monde, les barons comme la piétaille, communiait devant la Croix de Lorraine ainsi qu’au souvenir du Général de Gaulle et de Georges Pompidou dont les portraits immenses, géants, trônaient sur la scène pendant que dans la salle claquent les drapeaux tricolores et ce cri de « Chirac, Chirac, Chirac », leur champion, qui avait démissionné de Matignon.
L’on communiait aussi dans la détestation du Président Valéry Giscard d’Estaing, ce bourgeois qui postillonnait sa particule, cet usurpateur qu’on entendait chasser demain pour récupérer le bien de la famille, l’Elysée.
Les Giscardiens leur rendaient bien cette détestation. Le lendemain de ce congrès fondateur, il n’y eut pas une seule ligne dans les journaux. Car il n’y eut pas de journaux. On savait faire de la politique à l’époque. Le ministre de l’Intérieur, le giscardien Michel Poniatowski avait lancé sa police contre les grévistes du Parisien alors « libéré » et par solidarité les ouvriers des messageries parisiennes avaient refusé de distribuer la presse.
Ça n’empêchera pas le RPR, ce parti bonapartiste tout entier construit autour de son chef et pour son chef de connaître la destinée que l’on sait. La conquête de la mairie de Paris, puis beaucoup plus tard Matignon et enfin l’Elysée. Le parti chiraquien décidant de se transformer, de s’ouvrir à toutes les familles de la droite pour gagner l’élection de 2002. Mais, c’est là que je voulais en venir. Sous les atours de l’union, c’est toujours le même mouvement centralisé, césariste, soucieux d’efficacité et structuré autour d’un leader. Ce devait être Alain Juppé, mais quelques contrariétés judiciaires l’ont contraint à laisser une place dont Nicolas Sarkozy s’est emparé avec la vivacité et la puissance que l’on sait.
Le RPR s’est donc sabordé en 2002 à la porte de Versailles, mais l’UMP parti bonaparto-sarkozyste s’est renforcé, sans jamais donner le jour à ces fameux courants dont Alain Juppé aurait aimé le doter. Ce qui fait qu’on y a pas, qu’on y a jamais eu la culture du débat, mais du combat et que les centristes comme les libéraux n’y sont que des invités, à qui on pique de temps en temps des idées dans l’air du temps, justement mais en tenant leurs auteurs à l’écart. Au point que ceux-ci ont dû s’unir en une démarche commune officielle pour que Nicolas Sarkozy les prenne davantage en considération. Le patron à promis, puisqu’il jure que le moment de l’ouverture est venu, qu’à l’UMP on va enfin confronter les points de vue. Et un, et deux et trois débats… Sur la liberté, l’égalité, la fraternité. Ce n’est qu’un début pour les télés. Un tout petit début pour faire pièce à la gauche, un simulacre de débat plutôt qui va mettre en scène, c’est le mot, des leaders RPR, essentiellement Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie ex-présidente du Mouvement justement. Les autres jouent les utilités afin d’amuser le tapis médiatique jusqu’au grand rendez-vous du 14 janvier qui se tiendra… à la Porte de Versailles. Avec combien de personnes ? Plus de 100 000, évidemment car l’UMP ce n’est pas le RPR de Chirac, c’est beaucoup mieux, c’est le parti de Nicolas Sarkozy !