Les réformes au feu, Villepin au milieu. Pour la majorité des députés sarkozystes, le gouvernement doit désormais se mettre définitivement en vacances et tant pis pour les engagements solennels pris par Jacques Chirac. Il n’est plus question pour ces élus de laisser des « ministres irresponsables », je cite, déstabiliser avec les annonces baudruches la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Premier visé, un ministre sarkozyste, ce qui ne manque pas de sel, Thierry Breton qui a lancé sans précaution cette idée montgolfière de prélèvement des impôts à la source. Des députés sont pour, d’autres sont contre, bref ça crée de la division au sein de la droite et tout ça pour une très hypothétique évolution qui n’interviendrait qu’en 2009.
Alors rogne et grogne chez les parlementaires qui sont interpellés par des électeurs désorientés, préoccupés par d’autres soucis de vie quotidienne. Et colère plus encore contre Gilles de Robien le ministre de l’Education qui, quatre mois avant les élections, lance les enseignants dans la rue en prétendant allonger la durée de leur temps de travail. Certains élus rappellent que les maladresses « mamouthesques » de Claude Allègre avaient largement contribué à la défaite de Lionel Jospin en 2002. Pour gagner une élection, il faut commencer par ne pas mobiliser le camp adverse contre soi, et il n’est pas recommandé non plus de démobiliser son camp par une fausse réforme de la justice comme celle qui vient d’être votée devant trois pelés et quatre députés. Une réforme qui, après la passion soulevée par l’affaire Outreau, ne peut que susciter des déceptions, le ressentiment aussi des professions judiciaires, et jeter la suspicion sur les promesses du candidat Sarkozy.
Car tous ces effets d’annonce gouvernementaux, comme la conférence des revenus et de l’emploi tenue très récemment avec les syndicats, jettent le trouble à droite. Villepin donne l’impression de vider le programme du candidat Sarkozy de sa substance concrète et de ne lui laisser que les promesses en l’air et les rodomontades campagnardes, ce tintamarre de grands sentiments et d’engagements verbaux comme on en a entendu dans les Ardennes, où Sarkozy a retrouvé les accents du « Chi » de 1995 en promettant d’éradiquer la pauvreté comme la mauvaise herbe. Comme son aîné, mieux que lui, il chassera la maladie, les cauchemars, la mort ! Quand on pense à la présidentielle en se rasant, il vient toujours un moment où on rase gratis, et où on ne veut pas que le jeu soit perturbé par un Premier Ministre hors jeu pour la première fois depuis 1988. Le président du groupe parlementaire UMP Bernard Accoyer a donc demandé très officiellement de cesser les effets d’annonce, de ne plus en rajouter dans le travail législatif, de mettre son hyperactivité en veilleuse. Certains souhaitent par exemple que le gouvernement renonce à la discussion d’un projet de loi sur le statut pénal du chef de l’Etat.
Et Dominique de Villepin en s’adressant aux parlementaires leur a répondu hier très officiellement « Tintin ». Non, le chef du gouvernement ne les a pas emmenés visiter la grande exposition Hergé à Beaubourg mais il les a promenés au fil d’un discours très lyrique sur l’intérêt de la France, de la Nation, et donc de la majorité en commençant par leur parler de Noël puisqu’ils avaient les boules, si j’ose dire. « Noël, c’est quelque chose de magnifique, leur a-t-il prêché, il faut se tendre la main. A Noël, il faut faire litière de ses frustrations, de ses amertumes, de ses jalousies » et il a remercié ceux qui ont servi nuit et jour à commencer par Jean-Pierre Raffarin. Car chacun demain sera comptable du bilan de ce quinquennat… « Mais pour gagner en 2007, a-t-il rappelé, il faudra agir jusqu’au bout et apporter un supplément d’âme contre les sectaires, les égoïsmes ». Applaudissements. Voilà, le paquet cadeau était ficelé, les parlementaires emballés jusqu’à la session de janvier. Et Villepin va poursuivre sa mission puisqu’il y croit et que les sondages montrent que les Français le veulent dans l’action. Ah, croyez donc surtout qu’il y aura une trêve des confiseurs. Ce serait croire au Père Noël.