Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

La droite la plus folle du monde

Mercredi 11 Octobre 2006

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne


Quelles folies mes amis ! Il y a des jours où le chroniqueur politique se demande s’il n’a pas la berlue, s’il a bien vu ce qu’il a vu. Prenez la journée d’hier, je me suis pincé au point d’en avoir les bras tout bleus. Imaginez un peu l’inimaginable, ce spectacle inouï : Jacques Chirac vantant le dialogue social, exigeant qu’aucune réforme ne soit décidée sans les partenaires sociaux et célébrant la réussite de nos services publics et de notre modèle social dont Sarkozy ne cesse de dire qu’il est caduc et injuste. Ce n’était donc pas une vieille bande d’actualité des années 1994-95, ce n’était pas le « Chi », c’était bien le Président de la République française, un peu vieilli, un peu voûté par plus de onze années d’un règne où il semblait avoir été englouti par la fracture sociale qu’il avait justement stigmatisée. Jacques Chirac était donc vivant et bien vivant, alors que Nicolas Sarkozy l’omniprésent était exceptionnellement absent, ce qui en soi déjà était dément.

Le ministre de l’Intérieur avait la migraine. Un bulletin de santé immédiatement exploité par les diafoirus chiraquiens qui expliquaient à qui voulait l’entendre que ce garçon décidément n’avait pas de nerfs et qu’aux moindres critiques, aux premiers articles de presse défavorables, à la plus petite saute de vent sondagière, il se faisait porter pâle. Bref, Sarkozy ne supportait les contrariétés que quand il les provoquait. Et ce n’était pas tout ! L’on apprenait que lors du petit-déjeuner de la majorité à Matignon, le Premier ministre avait poussé l’insolence folle jusqu’à s’interroger sur son absence dans le débat sur le génocide arménien et sur l’efficacité contre-productive des opérations policières grand spectacle. Mais ensuite au Parlement, l’ambiance se dégradait encore davantage, les sarkozystes en réunion de groupe dénonçant ces excellences traîtresses qui, à découvert ou à couvert, faisaient le jeu de Ségolène Royal. Le président du groupe UMP Bernard Accoyer allait jusqu’à tancer le Premier ministre en personne, lui enjoignant de maintenir l’ordre dans son gouvernement.

Dominique de Villepin lui répondait très poliment d’aller se faire voir, autrement dit qu’il défendait ses convictions jusqu’au bout. A la suite de quoi, les troupes parlementaires du sarko-unioniste Bernard Accoyer allaient éclater dans les couloirs du parlement en factions rivales qui en venaient aux mots comme on en vient aux mains. Les sarkozystes criant à l’assassin parce qu’on osait mettre leur chef en discussion et en compétition, les villepinistes, eux, s’indignaient tout aussi vertueusement que des libéraux prétendument adeptes de la libre concurrence puissent s’indigner de sa manifestation. Et pendant que les piques et les flèches volaient de partout, pendant que certains s’époumonaient en criant « Halte au feu », on entendait un député UDF des Hauts-de-Seine sarkozystes Pierre-Christophe Baguet crier comme si on l’égorgeait « à l’injustice », « au meurtre », parce qu’il était exclu de son groupe parlementaire pour avoir soutenu le champion du camp d’en face, Nicolas Sarkozy. Ça ne paraît pas totalement anormal. Mais c’est vrai que l’exclusion est exceptionnelle dans cette famille politique à la tolérance traditionnelle mollasonne et élastique. Seulement l’UDF est devenue un parti révolutionnaire avec François Bayrouge, on y reviendra. La démocratie chrétienne n’est plus la démocratie chrétienne et la droite n’est plus dans la droite, c’est ça qui est vraiment fou. Il y a des droites qui s’affrontent. On s’y prend, on s’y surprend à débattre alors qu’on a l’habitude seulement de se déchirer. A gauche, on est davantage coutumier de ces confrontations viriles. On sait les contenir. Ou presque. Car pendant que cette fièvre gagnait la droite, on pouvait entendre voler à gauche d’autres noms d’oiseaux du genre « Ségo-zozo » ou « Ségo-Zéro » ou pire encore « Ségo-facho », Ségolène héritière de cette gauche nationale-sociale qui a collaboré pendant la guerre. Rien que cela !

Eh oui, on peut toujours trouver plu fou que soi !

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mercredi 11 Octobre 2006 à 11:58



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