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Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

La dernière chance de MAM

Vendredi 15 Décembre 2006

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne


Michèle Alliot-Marie ne pourra pas, de toute façon, faire pire que lors du premier forum de l’UMP, où ses interventions furent plus désastreuses les unes que les autres. Pas une émotion, pas une idée originale. Rien que des banalités du genre « remettre l’homme au cœur du système ». Elle a enfilé les perles comme un collier pour se pendre, se présentant en libérale sociale démocrate modérée et non en gaulliste engagée, ce qu’elle prétendait être face à un Sarkozy qu’elle aurait enfermé dans sa caricature droitière. Mais c’est le présidentiable de l’UMP qu’elle a ainsi mis en valeur puisqu’il est apparu en contraste tellement plus affûté, tellement mieux préparé, ayant réponse à tout et se gardant, surtout, de tout libéralisme échevelé.

Vous comprenez que les sarkozystes ont tenu à ce que Michèle Alliot-Marie ne lâche pas la compétition en route puisque la comparaison lui est si favorable – les sondages, d’ailleurs, le confirment, MAM ne perce pas et conforte, au contraire, Sarkozy. Alors, en dépit de ses récriminations et de ses plaintes contradictoires, il lui a été tout concédé pour de forum lyonnais puisque, de toute façon, les sarkozystes ne lui accordent pas la moindre chance. Elle figurera donc à égalité de préséance, de présence, de temps de parole, avec le candidat déclaré qui, de toute manière, l’a toujours tenue en très piètre estime.

Pour Sarkozy, MAM est une fausse valeur, elle a été une présidente du RPR inexistante, un ministre de défilé, une autorité d’enseigne devant qui les militaires se mettent au garde-à-vous mais c’est Chirac, chef des Armées, qui faisait la politique de Défense. Enfin, son « gaullisme de pacotille », je cite, l’a toujours énervé et ses cachotteries dans l’affaire Clearstream l’ont carrément exaspéré. Bref, Sarkozy ne tient pas le ministre de la Défense pour une concurrente redoutable et c’est peut-être sa chance, sa toute petite chance, car elle n’a jamais été meilleure que lorsqu’on la sous-estimait. C’est ainsi qu’elle avait conquis la présidence du RPR, alors que quasiment personne, et surtout pas Chirac, ne l’attendait à ce niveau.C’est ainsi aussi qu’elle a failli s’imposer à Matignon en remplacement de Jean-Pierre Raffarin sans qu’on la voie venir, à l’exception de Dominique de Villepin qui lui a soufflé le poste in extremis.

MAM est une bûcheuse, une besogneuse qui, depuis sa plus petite enfance, a tout pris au sérieux, même les distractions. Et son absence d’originalité fait qu’on ne la remarque pas, alors que c’est une accrocheuse, une teigneuse, une fille de résistants, avec l’orgueil des travailleurs obscurs, qui, par exemple, s’est toujours refusée à traiter avec les conseillers chiraquiens, exigeant de ne parler qu’au Président lui-même. Mais cet orgueil l’a isolée, elle n’a pas d’entourage fort, si ce n’est son compagnon, le député Patrick Ollier, qui est son homme de l’ombre et a bien du mérite parce que, comme Ségolène Royal, MAM a son caractère. Mais ça ne lui suffira pas pour s’imposer, pas plus que sa prétention à l’héritage gaulliste qu’elle n’a que timidement fait fructifier ces dernières années, au point qu’il lui est difficile de faire illusion. Certes, elle a écrit un livre, Le Chêne qu’on relève, où, à part le titre qui faisait référence à Malraux, on ne relevait pas grand-chose. Elle-même, d’ailleurs, s’est toujours opposée à la relève, aux rénovateurs par exemple.

Il faudra qu’elle se sorte les tripes et se torde la cervelle, qu’elle s’arrache, elle qui est verrouillée de partout, si elle veut être entendue dans ce parti tout entier acquis à la cause du chef Sarkozy et fait pour le porter, lui, et lui seul, à l’Elysée. Pourtant, les candidats gaullistes disposent d’un espace. Sur les institutions, sur l’Europe, sur la France, sur le rythme des réformes, sur la République égalitaire, sur la politique d’indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, il y a des mots à dire, des désaccords à affirmer avec Sarkozy. Une femme, en théorie, est même particulièrement bien placée puisque « le temps des femmes est venu » comme l’a dit Bernadette Chirac, et qu’il n’y en a pas d’autres, à droite, qui existent dans l’opinion. Mais MAM fait partie de ces femmes qui n’ont jamais soutenu le mouvement d’émancipation des femmes. Elle a même, selon Roselyne Bachelot, « participé à leur tchadorisation en politique », s’opposant aux lois sur la parité, refusant même de reconnaître que les femmes peuvent se heurter à des difficultés spécifiques. Aujourd’hui, elle évolue, elle marche moins au carré, elle porte même des étoffes plus chatoyantes, des tenues moins vert-de-gris et pourrait – qui sait ? – changer ses lunettes hublot. Elle tente de féminiser ses propos, ses préoccupations et de se présenter comme la meilleure adversaire d’une Ségolène Royal, qu’un Nicolas Sarkozy très macho, homme des Bois, même s’il est de la Ville, ne saurait affronter. Mais il est bien tard pour celle qui a toujours voulu se faire appeler Madame le ministre de la Défense, comme si elle avait nié une partie essentielle de son identité.

Nicolas Domenach
Tags : mam
Rédigé par Nicolas Domenach le Vendredi 15 Décembre 2006 à 13:11



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