Ah comme je vous sens, comme je nous sens tenté de se moquer de ces petits qui font de la politique comme les grands, ce qui n’est pas un compliment. On pourrait ridiculiser ces gauches de la gauche très très « gauches » qui ne parviennent pas à se mettre d’accord sur un candidat commun, ces trotskystes, ces alter-mondialistes, ces écologistes, ces communistes, ces socialistes radicaux, ces hyperdémocrates qui donnent des leçons de démocratie directe à la terre entière et s’embrouillent dans les manœuvres d’appareils les plus obscures. Oui, on se gausserait volontiers. Mais il faut résister à la tentation, être économe de son mépris, compte tenu du nombre de nécessiteux et parce qu’en politique après tout, les perdants du jour peuvent être les gagnants de demain et parce qu’enfin il y a dans cette mouvance des forces qui existent même si elles se paralysent. Ces forces ce sont d’abord des milliers de militants qui ont l’expérience d’un combat victorieux, celui qu’ils ont décroché en portant le non au référendum. A chaque réunion publique, ils remplissent des salles de fervents d’une cause antilibérale qui veulent croire qu’un nouvel espace s’ouvre aujourd’hui à eux avec l’avènement de la social-démocrate blairiste Ségolène Royal qui droitiserait le PS.
Cet espace ce serait même un boulevard où s’engouffrerait un candidat alter susceptible d’être présent au second tour. Rien que cela ! Ajoutons que certaines et certains des leaders ne manquent pas de talent. La preuve, plusieurs d’entre eux sont des invités réguliers d’i>Télé, notamment de l’émission « N’ayons pas peur des mots ». Quelques uns y ont acquis une certaine notoriété comme l’ex-chanteuse du groupe enfantin Abbacadabra, nièce de sénateur de gauche, petite fille de député de droite, fille de comédien et de chanteur, bref, elle est faite pour le spectacle, j’ai nommé la féministe et conseillère de Paris proche du PC, Clémentine Autain. Il y a aussi le ténor socialiste Jean-Luc Mélenchon, un des derniers barytons de meetings qui sait soulever une salle de la colère sociale qui l’habite. Cependant ces deux battants et débattants ne semblent pas en mesure de s’imposer à leurs camarades et néanmoins amis qui se disputent jalousement le droit de représenter cette mouvance mouvente et émouvante si elle n’était dérisoire, minable reconnaissent-ils même pas leur incapacité à sacrifier leurs intérêts particuliers au profit de l’intérêt collectif.
Chacun défend d’abord sa pomme et sa petite boutique. Les trotskystes de la LCR veulent se compter avec leur postier Olivier Besancenot qui parle clair et a l’avantage de ressembler encore à une pub Calvin Klein face à Arlette Laguiller qui aurait mérité une douce retraite au bord de la mer Rouge. Il y a bien sûr pipe en bois et tête de fer, l’anarchiste paysan José Bové qui ne veut pas entendre parler de Buffet froid, qui a le charisme d’une planche à repasser. Tatie Marie-Georges qui détricote la nuit avec les membres du PC ce que ses camarades mouvementistes tricotent le jour. Autrement dit, les communistes ont entrepris de noyauter les collectifs antilibéraux afin d’empêcher toute autre candidature, selon les bonnes vieilles méthodes staliniennes qui ont fait leurs preuves. Il est vrai que le PC a des élus à défendre et une stratégie d’alliance avec le PS, qui les conforte évidemment, stratégie que refuse l’extrême-gauche. Cette ligue de clivage casse évidemment toute démarche unitaire. Mais il est désormais un autre obstacle qui se dresse devant eux. Un obstacle de taille. Cet obstacle, c’est Ségolène Royal ou plutôt la dynamique qui l’accompagne. Le mouvement aujourd’hui ce n’est pas la gauche de la gauche, c’est la candidate socialiste qui mord sur leur électorat jeune, féminin et populaire. Par sa « démocratie participative », elle déborde même la gauche par la gauche. Les anti-libéraux peuvent toujours crier en sautant comme des cabris « nous sommes la vraie gauche, nous sommes la vraie gauche », et l’accuser d’être le blairisme et l’ordre moral, sur le terrain, c’est autour d’elle, avec elle, que se mène le débat, que se poursuit le combat. Peut-être cela changera-t-il ? Peut-être la colère sociale comme les abeilles avant l’orage pourra s’abattre un jour sur elle aussi. Mais pour l’instant, elle est la reine des abeilles, la Dame toute blanche, vous l’avez vue hier soir sur TF1 avec son collier autour du cou comme un de ces colliers de pâtes que les enfants offrent pour la fête des mères. Avec un tel talisman, elle est intouchable. Au moins aujourd’hui.