Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne


JJSS, sa signature elle-même était un éclair. Il avait la chaleur, l’énergie vitale, l’électricité créatrice qui lui a fait lancer L’Express dont il fit un des premiers news avec sa compagne François Giroud. Une de ses compagnes car c’était un homme éclair pour les femmes aussi qu’il illuminait, qu’il irradiait. Il était beau, il était lumineux. Il les faisait flasher comme il faisait flasher les Français qui l’ont vu en moderniste face au gaullisme pesant. Il était fasciné par les nouvelles technologies, par les Etats-Unis au point d’écrire Le Défi américain qui fut un best-seller mondial.

Et ce « Kennedy français », comme on l’appela, se lança en politique tel un éclair aussi. Gagnant à l’américaine la ville de Nancy, mais il parlera et agitera trop vite pour notre vie politique. Ministre des réformes de Chirac, il se fera virer au bout de quelques jours car opposé aux essais nucléaires. Une énergie qui lui faisait concurrence, la sienne était créatrice. Puis, il ira se brûler à Bordeaux contre le gaulliste Jacques Chaban-Delmas. Mais j’ajouterai que ce fut un éclair pour moi aussi car il a illuminé mon enfance. Mon père qui dirigeait la revue Esprit, s’était engagé contre la guerre d’Algérie. Ils étaient peu alors. Et l’OAS téléphonait la nuit, menaçant de faire sauter la maison. Seuls quelques hommes, rares, comme Pierre Vidal-Naquet ou JJSS appelaient pour dire : « Tenez bon ». Alors il méritait au moins cet hommage éclair.


Chevènement : le vieux lion rugit encore
Il ne faut pas tirer les moustaches du lion de Belfort. Car Jean-Pierre Chevènement rugit encore. Certes la crinière a blanchi. Mais à 67 ans, le président d’honneur du MRC demeure chatouilleux sur certains principes: « un homme politique qui se respecte, dit-il, ne se laisse pas marcher sur les pieds » qu’il a sensibles et après tout, ajoute-t-il, « j’ai l’âge qu’avait le Général de Gaulle quand il est revenu aux affaires en 1958… » Jean-Pierre Chevènement a tout de même assez de distance pour sourire quand il se compare au glorieux Général. Ses rêves étoilés, son ambition de devenir le recours se sont évanouis lors de la dernière élection présidentielle où après avoir cru réussir une percée victorieuse, il s’est fait laminer par « les médias et le système », dit-il, pour finir à 5 % des voix. Chevènement en est resté meurtri, blessé mais point abattu, en tout cas résolu à ne pas se laisser marcher dessus symboliquement ou réellement.

C’est ainsi que ce vieux lion ne supporte pas cette dégradation de passer pour bouc émissaire, de la défaite de Jospin qui était assez grand pour perdre lui-même. Et la fatwah qui a ensuite été lancée par les socialistes contre les chevènementistes lui a été odieuse. Récemment encore, alors même que le PS négociait avec le Parti radical et offrait une trentaine de circonscriptions pour éviter la candidature de Christiane Taubira, François Hollande n’a pas téléphoné depuis l’été. Pas un contact, rien sinon l’espoir de garantir une circonscription, celle de Belfort. Et aucune discussion comme si Chevènement n’existait pas, n’avait pas une histoire commune depuis 42 ans avec la SFIO. Comme si les Français n’avaient pas comme lui voté non au référendum à 55%. Des Français dont la colère, dont l’espérance ne seraient pas représentés, tant la gauche de la gauche paraît frappée de folie suicidaire. Quant au PS, Chevènement ne fait guère crédit à Fabius et ses sympathies pour l’autoritaire Ségolène ne lui en font pas moins dénoncer le programme socialiste insuffisant à gauche, trop peu républicain et même trop peu européen au sens d’une Europe des nations.

Bref vous l’aurez compris, Jean-Pierre Chevènement va faire comme s’il se présentait, c’est la loi du bluff pré-présidentiel. Il a les hommes, il aura les signatures, il en compte déjà 300 et ses amis comme les ennemis de la gauche lui fourniront le reste. Sa campagne, promet-il, sera courte mais elle sera encore plus courte assurent certains de ses proches. Si on l’entend enfin, si l’on prend en compte ses exigences, de fait comme de forme. Si on ne l’entend pas, alors, Chevènement ira jusqu’au bout. C’est un caractère, pour ne pas dire un caractériel, cet ancien ministre qui a démissionné trois fois d’un gouvernement de gauche pour désaccord de fond. Alors pour les socialistes, pour François Hollande d’abord, son annonce de candidature peut être une mauvaise nouvelle car elle fait ressurgir le spectre de l’émiettement. Certes, les cyniques calculateurs au contraire espèrent l’effet de rassemblement, comptant sur le traumatisme du 21 avril et sur des sondages accablants pour Chevènement. Certains même espéraient une contagion à droite puisque cette multiplication de candidatures à gauche libérerait les chiraco-gaullistes soucieux d’être présents dans cette compétition et de déstabiliser Nicolas Sarkozy. Bref l’éventuelle entrée en lice de Chevènement comme celle de Nicolas Hulot va brouiller les cartes pendant plusieurs semaines obligeant ceux qui se veulent les postulants sérieux à se transcender pour ne pas être grignotés voire boulottés par les troubles fêtes. Il va falloir que Sarkozy et Royal, si c’est elle, grandissent s’ils ne veulent pas être rabougris par les petits.

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mardi 7 Novembre 2006 à 13:32



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