Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.


Chaud devant, ça va bouillir ! François Fillon contre François Hollande, voilà une rencontre sur France 2 ce soir qui promet d’être explosive. Et pas seulement parce que les deux hommes portent le même prénom et que dans ces cas-là on trouve toujours qu’il y en a un de trop. Mais si François compte bien mettre François à terre et le piétiner, c’est parce que le climat de la campagne a singulièrement changé et que ces deux-là ont ce soir beaucoup à prouver. Ils ont chacun une revanche à prendre et entendent l’imposer aux dépends de l’autre qui est une figure symbolique de l’Armée d’en face.

Commençons par le conseiller très spécial de Nicolas Sarkozy : François Fillon, l’ancien ministre des Affaires sociales puis de l’Education du gouvernement Raffarin a été viré comme un malpropre, alors que Chirac lui avait fait miroiter les plus hautes responsabilités. Un simple coup de fil du Président, brutal : « il n’y a pas de place pour toi dans le gouvernement de Dominique. » Un licenciement expéditif genre CPE. Villepin se montrait tout aussi laconique, Fillon en a été profondément humilié, meurtri d’avoir été pris pour un petit garçon à cause de ses airs polis de gendre idéal. On ne le craignait pas on ne le respectait pas suffisamment pour prendre des égards envers lui. Il a alors juré de se venger, est passé avec armes et bagages, réseaux et compagnons du séguinisme défunt du côté de Sarkozy avec un objectif : s’imposer comme le futur Premier ministre du présidentiable de l’UMP. Pour cela, il n’a pas chômé.

Fillon a tout fait, il a accouché du programme du parti, il a renforcé ses liens avec les syndicats, il a couru à pied avec le ministre de l’Intérieur. Cet obligeant a su se rendre indispensable et aujourd’hui se trouve effectivement en pôle position dans la course à Matignon loin, très loin devant MAM, Pierre Méhaignerie ou Xavier Bertrand. Il lui faut encore montrer ce soir face à Hollande qu’il est devenu aussi dur qu’il le prétend, qu’il est capable de se battre au corps à corps et pas seulement d’échanger des arguments distingués. Alors ce soir, ce débat combat, il l’a préparé comme jamais en faisant appel à ses équipes choisies, rodées pour Matignon. Car il sait que François Hollande est un adversaire redoutable, vif, drôle, méchant au besoin et qui, lui aussi, a bien des choses à prouver.

Le premier secrétaire du PS doit remobiliser ses troupes mais aussi montrer qu’il est au-dessus de son adversaire, se venger du destin qui n’a pas voulu de lui comme candidat à la présidence de la République. Le compagnon de la candidate en est humilié, profondément. Ce devait être lui et c’est elle qui a été choisie, elle qu’il estime avoir toujours dominé de la tête et des épaules. De la tête surtout même s’il la trouve belle, résolue, intuitive, mordante.

Mais, à ses yeux, Ségolène a toujours manqué de beaucoup de choses et notamment d’humour, ce qui est un défaut d’intelligence. Elle ne l’en a pas moins magistralement écarté et sa blessure est à vif. Il compte bien se venger contre qui passe à sa portée. Et montrer qu’il est le général en chef, et même le chef général, qu’il peut sauver une campagne mal partie, qu’il faut commencer à parler fort à la gauche pendant qu’elle babille à la France. Le temps du combat est venu. Le temps des hommes, son temps. Ils en ont convenu en comité de campagne hier au PS où ils sont enfin sortis de l’abattement qui les avait gagnés depuis le congrès d’intronisation de Sarkozy. Le succès de cette cérémonie et le braconnage de Sarkozy sur leurs terres idéologiques les avaient littéralement sidérés. Et les sondages confirmant que la droite était majoritaire en France, que Ségolène ne serait pas élue au premier tour et enfin ses bévues, ses gaffes et ses « gaffounettes » exploitées par les sarkozystes affûtés entraînés pour le combat de rue électoral. Toutes ces mauvaises nouvelles les avaient plongés dans la dépression. « On est enfoncés », se lamentaient les responsables de la campagne qui décidaient hier de la contre-attaque. « Sus à Sarkozy ». Feu sur le ministre de l’Intérieur. Et le patron du PS compte ce soir pilonner tous azimuts afin d’arracher les socialistes à leur déprime. Une bataille électorale dans leur culture machiste, ce n’est pas un thé participatif à 5 heures, c’est la poursuite de la guerre par d’autres moyens. Fillon, Hollande veut donc le volatiliser, le disperser façon puzzle. Et réciproquement…

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Jeudi 25 Janvier 2007 à 13:19



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