Ce week-end, sera en théorie celui des grandes confrontations. A droite tout d’abord. Et un et deux et trois débats… L’UMP organise le premier d’entre eux à la Défense ce samedi afin de montrer qu’il n’y a pas qu’au PS qu’on peut, qu’on sait débattre et que le parti de Nicolas Sarkozy s’est ouvert, s’est modernisé, qu’il est véritablement devenu un parti pluraliste. Disons-le tout net, à priori ce débat n’est qu’un simulacre de débat, une mise en scène pour occuper le terrain médiatique. L’UMP n’a jamais fait vivre les sensibilités libérales, centristes, gaullistes que ce parti est censé rassembler. C’est bien l’héritier du RPR, mouvement bonapartiste, centralisé tout entier rassemblé autour d’un chef qu’il faut porter à l’Elysée. Hier, c’était Chirac, aujourd’hui, c’est Sarkozy. L’UMP est structurée pour le combat et non pour le débat, susceptible de déranger quand il est esquissé.
La fiction peut tourner à la friction et à l’affliction. On l’a vu récemment quand Nicolas Sarkozy a publiquement tancé MAM qui s’était aventurée, sous les sifflets, à évoquer quelques désaccords avec le patron. Cette fois, toutes les garanties ont été prises pour éviter les incidents et donner l’illusion d’une véritable confrontation d’arguments entre les militants, les élus, le candidat déclaré à la candidature Nicolas Sarkozy et la candidate très hypothétique Michèle Alliot-Marie, qui dit avoir la volonté de se présenter. Mais j’avoue n’avoir jamais vu dans ses yeux cette flamme de folie, de volonté qu’on trouve dans le regard de Sarkozy ou de Royal. En tout cas, elle prend ces forums pour l’épreuve du feu justement. S’ils allument les brasiers dans l’opinion, alors elle s’enflammera et se lancera. En tout cas, elle s’essaiera donc à débattre un peu et, qui sait, les débats, c’est comme les allumettes, on ne joue pas toujours impunément avec. A trop faire semblant de débattre, sous la loupe des médias qui plus est, il pourrait arriver, même dans ce parti où tout est verrouillé, que les mots s’embrasent, surtout qu’on va se disputer pour prendre la parole et se faire bien voir du chef comme des téléspectateurs, alors à vos postes !
Les débats de la gauche eux ne seront pas filmés. Les médias ne s’en préoccupent guère qui voudraient réduire l’élection à un duel Ségo-Sarko, Sarko-Ségo. Pourtant ce qui se joue ce week-end à Saint-Ouen est important pour la gauche et pour la France où le courant antilibéral est puissant, comme on l’a vu lors de la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne. Or ces forces qui étaient pourtant portées par la victoire n’ont pas réussi à l’entendre jusqu’ici. Et c’est quasiment pour elles le week-end de la dernière chance. Soit les intérêts de boutique l’emportent et le PCF impose Marie-George Buffet comme il tente de le faire par tous les moyens depuis des semaines et le mouvement antilibéral restera croupion, rabougri, coincé entre la gauche révolutionnaire de Besancenot-Laguillier et la gauche de gouvernement, la gauche utile de Royal. Buffet avec son côté suranné, tantine de province, ne devrait pas dépasser les 2 % des voix, ce qui, on s’en doute, exaspère tous les non-communistes, mais une partie des communistes également.
Aussi une solution tente de voir le jour. Elle a le visage neuf de la féministe trentenaire apparentée communiste, Clémentine Autain. L’union a une toute petite, petite chance de se faire derrière cette trentenaire qui est tombée dans la marmite politique toute petite et que les téléspectateurs d’Itélé connaissent bien puisque cette fille de chanteur et d’actrice connaît le spectacle et n’a pas froid aux yeux, qu’elle a très bleus. Clémentine Autain pense que dans l’Union les antilibéraux peuvent viser les 6, 7, 8% car ils rassemblent les trotskystes et toutes ces poussières de l’hypergauche. La moindre de leur réunion en province attire un monde fou. Les antilibéraux sont une des surprises possibles, et je peux vous dire qu’au PS on suit de près leurs débats pourtant obscurs, notamment sur la participation à ce gouvernement de gauche qu’envisage le PC mais que refusent la plupart des non-communistes. C’est là une de leurs contradictions internes qu’ils auront du mal à surmonter, même s’ils en disputaillent jusqu’au petit jour.
Enfin, il y a cet autre débat dont les codes aussi échappent à beaucoup. C’est le dialogue singulier que tente de retrouver Dominique de Villepin avec l’opinion. Jour après jour, il s’y emploie. On l’a vu hier encore à Canal Plus, on le verra aujourd’hui aussi dans l’Hérault. Le Premier ministre qui est libéré de la menace Clearstream et du poids des suspicions alimentées par ses adversaires, cet « homme libre » comme il se présente, s’est d’abord attaché à convaincre les Français qu’il avait tiré les leçons de son échec du CPE ; ensuite ce chef du gouvernement, en symbiose avec le Président, a tenté et tente de montrer, contre l’UMP, qu’il est possible de gouverner jusqu’à la fin du quinquennat. Enfin Dominique de Villepin veut comme Chirac peser jusqu’au bout et jouer si possible sa carte. Pour cela, il lui faut reconquérir l’opinion. Villepin a regagné 15 points, mais il est encore loin du compte de la popularité. Mais cet homme-là est habité par une drôle de maladie. Il a une confiance hallucinante en lui. Il croit dans son destin. Il parle toujours haut et fort. Même dans le désert, il paraît qu’il y a de l’écho.