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Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Des cadeaux pour les fêtes

Jeudi 21 Décembre 2006

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne
Il y en a pour qui c’est Noël avant Noël. Ainsi la famille Dominati, la « Dominastie » comme on disait, ce clan corse-parisien vient de bénéficier d’une décision de justice particulièrement clémente. Alors que le juge a reconnu que le patriarche Jacques Dominati ancien député maire UDF du IIIème arrondissement avait été « le bénéficiaire de manœuvres frauduleuses » et que ces manœuvres ont « porté atteinte à la sincérité du scrutin », ce retraité a été relaxé puisqu’il « n’existe aucun élément matériel permettant de l’incriminer de manière probante ». Bref, il y a bien eu de faux électeurs qui ont été recrutés pour truquer le scrutin, mais aucune preuve n’a pu être apportée contre Jacques Dominati ni contre son fils Laurent Dominati conseiller UMP de Paris et ancien député, qui n’ambitionne que de le redevenir.

En revanche, l’autre fils, Philippe Dominati, sénateur non-inscrit, a été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour avoir participé trop activement au recrutement de ces électeurs étrangers à l’arrondissement. Mais comme c’est Noël, ce parlementaire, très sympathique au demeurant, échappe à l’inéligibilité en raison de l’ancienneté des infractions puisque la justice a mis 17 ans à instruire ces faits qui remontent à 1989. Et c’est ainsi qu’en cette période de grâce une famille a été réunie pour les fêtes et a retrouvé l’espoir de jouer un rôle, pas le même qu’autrefois. Je vous rappelle que les Dominatis ont tenu Paris avec Chirac, à qui ils ont notamment permis de réaliser le grand chelem en 1989. On notera aussi que quelques lampistes ont écopé de peines plus lourdes mais ceux qui ont servi au plus haut niveau le président de la République ont été comme lui-même épargnés.

Il y a donc une justice, une certaine justice, qui fait comme on le sait qu’on est condamné plus sévèrement si l’on tague une mairie, si l’on crie « mort aux vaches » devant un commissariat, que si l’on escroque la démocratie !

Enfin, c’est donc la période des cadeaux à Paris et pour Jean de Gaulle et l’UMP également. Vous connaissez le petit-fils du général de Gaulle, Jean, c’est une silhouette célèbre, celle de son arrière grand-père, une silhouette élancée qui a donné l’illusion de la « hauteur » aux réunions publiques du RPR puis de l’UMP. « Et je salue ici le descendant du Général, qui avec nous entra en résistance pour la France… » Il n’y avait pas de meeting réussi sans l’ombre filiforme du Grand Chef qui, en récompense, a été propulsé député du XIIème arrondissement. Il vient d’être nommé conseiller maître à la Cour des Comptes. Joli cadeau et félicitation à celui qui a dû beaucoup souffrir d’avoir porté sa Croix de Lorraine, ce nom aussi illustre. Vous imaginez, chaque fois qu’il téléphonait pour réserver une table de restaurant : « C’est pour de Gaulle … » « Et moi c’est Napoléon » lui répondait-on en raccrochant. Un calvaire et des états de service de figurant qui méritaient une promotion pareille… Mais cette nomination à d’autres explications plus secrètes.

Entre Jean de Gaulle et plusieurs responsables de la droite une guerre civile ravageait depuis des années le XIIème arrondissement, au point que la mairie en a été perdue, alors que l’électorat y est très bourgeois. Pour les prochaines municipales c’est un arrondissement clef sans le gain duquel l’Hôtel de Ville de la Capitale ne saurait être emporté. Il fallait donc « débarquer » de Gaulle en ayant l’air de le promouvoir. C’est fait. Joyeux Noël, et ayons une pensée charitable pour ces pauvres sénateurs qui à l’initiative du groupe socialiste avaient voté une indexation sur l’inflation de leurs indemnités. Coup de colère du président de l’Assemblée Nationale Jean-Louis Debré qui trouvait indécent que les parlementaires s’octroient cette indexation qui est refusée aux fonctionnaires. Une telle libéralité auto-accordée quand la grande pauvreté s’invite dans le débat public ! Aussi la commission mixte paritaire Assemblée-Sénat a renoncé cette revalorisation. Les sénateurs devront se contenter de leurs indemnités de fonction de 6897 euros mensuels, auxquels il faut ajoute une indemnité de frais de représentation de 6228 euros. On se demande si Médecins du monde ou les « Don Quichotte » ne devraient pas installer des tentes de premier secours dans la cour du Sénat, pour éviter que les sénateurs ne partent eux aussi chanter leur colère à Gstaad !

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Jeudi 21 Décembre 2006 à 12:43



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