Voilà une sombre affaire qui risque de se terminer sombrement. Faute d’aigle on attrape des buses, un auditeur, un journaliste mis en examen. Tout ça pour ça. Voilà une histoire qui comme tant de ces histoires qui se sont succédées ces dernières années va laisser l’impression poisseuse qu’on épargne les puissants. Pourtant ceux-là ne se sont pas ménagés, du moins en privé. Cela fait des semaines, des mois que Nicolas Sarkozy est persuadé avoir été victime d’une tentative de déstabilisation de la part de Dominique de Villepin qui, avec la complicité active ou passive de Chirac, aurait tenté de le faire plonger. Cela fait des semaines, des mois que le Premier ministre est convaincu non seulement que le patron de l’UMP n’est pas pour rien dans cette affaire Clearstream mais qu’il l’a utilisée pour le mettre à terre alors qu’il était affaibli par l’échec du CPE. Bref, les deux hommes en ont gardé, en gardent une rancune, une haine tenace. Il n’y aura pas de jugement de la justice, mais eux se sont jugés à jamais. Pour Sarkozy, cette épreuve-là est aussi importante, aussi fondatrice que l’affaire Markovic, cette cabale montée contre Georges Pompidou et son épouse qui contribua à sa détestation des gaullistes historiques et même à sa prise de distance définitive avec de Gaulle. Pour Villepin, Sarkozy est définitivement disqualifié comme homme d’Etat. Ils pourront peut-être encore se sourire des lèvres en public, dans le cœur ils auront toujours la grimace Clearstream.
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Hulot, maître du temps
Il ne fallait pas prendre le chouette Hulot pour un enfant de Marie. C’est un rapace qui ne lâche rien. Les politiciens qui pensaient balader le boy-scout, le gobe-mouches, le jobard comme Chirac l’a promené pendant des années, ces cyniques naïfs doivent en rabattre. C’est l’ingénu qui mène le bal avec ses yeux de mer non polluée et le rapport de force implacable qu’il a su établir.
Comment voulez-vous résister à l’homme le plus populaire de France qui a fait décoller à ce point sa courbe de popularité ? On ne résiste pas frontalement à 87 % d’opinions favorables, on ouvre sa porte, on tend une main verte. Mais quand il la prend, Hulot attrape tout le bras et le reste. C’est l’effet de serres de ce rapace. Il ne lâche et ne lâchera rien.
Hulot a compris avec Chirac que les grands mots c’était bien, mais qu’il fallait avoir l’appui de l’opinion et de réseaux structurés pour imposer le bras de fer aux politiciens. Il va donc faire signer un pacte écologique à Bayrou, Voynet, Royal et Sarkozy mais il n’en restera pas là. Ce télé écologiste que les professionnels ont cru sans relief, sans profondeur comme un écran plat va imposer aux autres des engagements précis pour obtenir un changement de logique et entraîner le pays dans une dynamique de développement durable. Si les candidats déclarés ne souscrivent pas à ces engagements-là, alors Hulot entrera en lice. Il n’en a aucune envie, c’est ce qui lui donne sa force. Personne ne soupçonne Hulot d’ambitions troubles. Chacun sait que s’il récolte des signatures d’élus aujourd’hui, c’est parce qu’il est en mission pour sauver la planète. Il n’est pas discrédité pour ambitions troubles. Ce Nicolas n’est pas comme l’autre. Il n’a pas la politique qui lui coule comme lave en fusion dans les veines. Il ne jubile pas de ce rôle historique qu’il assume, il ne jouit pas de faire danser ces politiques sur une terre brûlante. C’est simplement par devoir qu’il assume douloureusement ce qui donne d’autant plus de poids à sa parole qu’elle est débarrassée des relents affairistes ou carriéristes. Comment voulez-vous résister à ce croisé qui comme superman est un homme volant mais avec les pieds par terre et sa philosophie de la vie se résume ainsi : « il faut vivre chaque seconde comme si c’était la dernière car le bonheur n’attend pas… » ?