Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

Chirac toujours prêt !

Mardi 31 Octobre 2006

La chronique de Nicolas Domenach sur I-Télé

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne


Voilà un président de la République qui rajeunit. A mon avis, il va participer incessamment à un concours de rap ou de hip hop. Il se démultiplie puisqu’à peine arrivé d’un long voyage en Chine, il donne une longue interview au Figaro où il livre les chiffres, les bons chiffres évidemment du chômage. Le livreur, c’est le Premier ministre en général ou le ministre des Affaires Sociales. Ce n’est pas le grand patron. Mais Chirac tient à montrer qu’il est aux affaires, plus vivace, plus entreprenant que jamais, au point que Nicolas Sarkozy devrait s’inquiéter peut-être pour sa présidence de l’UMP voire du Conseil Général des Hauts-de-Seine…

Mais sans aller jusque-là, l’interview du Président de la République est un triple avertissement au ministre de l’Intérieur que Chirac se paie le luxe de féliciter pour son action mais dans son seul secteur ministériel très délimité. Pour le reste, le chef de l’Etat rappelle au jeunot qu’il faudra compter avec lui jusqu’au bout, ce terme, c’est lui Jacques Chirac qui le fixera en décidant s’il le souhaite de se représenter. Le chef de l’Etat se laisse la porte de l’Elysée ouverte, refuse le calendrier partisan de l’UMP et rappelle sa conception gaullienne de l’élection présidentielle : la rencontre entre un homme et le peuple. Il ne se laissera donc pas pousser à la retraite car il n’est pas du genre à taquiner le gardon ni à jouer à la Canasta avec maman ! « Tout est possible » rappelle-t-il, et même, et d’abord, sa candidature. Sa vie, c’est la politique, qu’il exerce avec un certain bonheur aujourd’hui en rappelant Nicolas Sarkozy à ses devoirs d’unités et de rassemblements que le patron de l’UMP doit privilégier.

La leçon chiraquienne ne manque pas de sel puisque ce sont les chiraquiens justement, à savoir Jean-Louis Debré, Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin qui ont porté les coups les plus rudes ces derniers temps. Mais comme le chef de l’Etat est au-dessus de la mêlée, il use de son statut privilégié avec une certaine jubilation. Il rappelle chacun à ses responsabilités et à ses devoirs tout en couvrant de fleurs le Premier ministre dont il salue « l’action résolue » ce qui est une manière aussi de rappeler à Nicolas Sarkozy que Villepin restera sinon un concurrent du moins une menace, en particulier s’il est soutenu par le chef de l’Etat.

Or depuis quelques jours, la rumeur de la rupture entre les deux hommes avaient galopé dans tout Paris. Il avait suffi que le chef de l’Etat réfute l’idée villepillienne d’ouverture du Conseil des ministres aux caméras pour que la machine a désinformé fonctionne à plein régime. « Entre Dominique et Jacques, c’était fini ! » D’ailleurs la rupture remontait au CPE où le Président avait dû soutenir à contre-cœur son chef de gouvernement. Une partie de l’Elysée, passé au Sarkozysme de raison ou d’ambition, faisait tout pour accréditer le divorce. Sauf que c’est mal connaître les deux hommes. Chirac et Villepin en ont trop vu, trop connus. Ils sont liés indissolublement jusqu’à l’élection présidentielle. Ils feront cause commune contre Sarkozy. Et Villepin le répète en privé, même si Chirac appartient pour lui au vieux monde politique, il fera tout pour que son aventure connaisse une conclusion heureuse.

Autrement dit, ils ont partis lié, parce que Villepin sait que Chirac est hanté par un remord et pour cause : la fracture sociale que le premier Chirac avait diagnostiquée et qu’il n’a pas été capable de refermer. C’est son reproche intime plus encore c’est sa blessure. Quand il se confie à ses proches, le président en effet ne regrette pas trop, il pourrait pourtant, les opportunités manquées, son incapacité à rénover la vie politique par exemple. Il est plutôt content d’avoir maintenu la paix civile, une certaine manière tempérée de vivre ensemble. Mais « sa douleur », comme il dit ce sont ces fractures sociales, géographiques, siliques qui se sont aggravées et creusées et il entend consacrer toutes ses dernières forces à les réduire. D’ici la fin de son quinquennat et même au-delà. Car pour Chirac il n’y a de retraite éternelle, après la mort. C’est du moins ce qu’il voudrait croire et faire croire. Ce radical laïque a cette religion de l’immortalité par l’action dont on ne saurait connaître la fin puisqu’à la fin, on est mort.

Nicolas Domenach
Rédigé par Nicolas Domenach le Mardi 31 Octobre 2006 à 16:01



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