Le Blog de la Rédaction

Les billets quotidiens de la rédaction de Marianne sur l'élection présidentielle de 2007

100% Brut n°7

Mercredi 29 Novembre 2006

100% brut, par Philippe Cohen et Alain Léauthier

Le blug de Philippe Cohen et Alain Léauthier


Euro fort, campagne faible
Ce devrait être l’une des questions clefs de la campagne : la croissance européenne n’est-elle pas plombée par l’euro fort, dont la surévaluation est au moins de 30%, voir bien davantage si l’on compare l’euro à la monnaie chinoise, elle-même sous-évaluée de 30% au moins face au dollar ? Quel bilan de l’euro depuis sa création en 2001 ? Pourquoi la croissance a-t-elle été plus faible dans les pays de l’euro que dans les pays européens restés en dehors de la monnaie unique ?

Alors que même les ténors du Medef manifestent leur inquiétude, aucun « grand » candidat ne s’empare de ce thème. Normal, les uns et les autres considèrent que ce n’est plus du ressort de la France, et donc qu’il s‘agit simplement de s’adapter à cette contrainte « librement choisie ». Au mieux ils rédigeront le énième communiqué en faveur d’un « gouvernement économique », concept stupide d’ailleurs, puisqu’il s’agit bien de politique.

Quant aux euro-orthodoxes, leur contre-argument le plus entendu est le suivant : la force de l’euro n’est pas un problème puisque l’Allemagne continue de réaliser de bonnes performances à l’export. Ce qui ne résiste pas à l’analyse : exportateur de biens d’équipements, l’Allemagne est quasiment en position de monopole vis à vis des puissances émergentes pour lesquelles l’investissement en biens de production est vital.

Temple solaire communiste
A la fin d’une émission sur France Inter, un dirigeant communiste m’a fait part de sa consternation de voir le PCF s’obstiner à tenter d’imposer Marie-Georges Buffet au mouvement anti-libéral. « Une véritable nécrose, provoquée par ceux qui veulent absolument sauver leur fauteuil de maire. » Un vrai suicide car si le PCF recueille, comme c’est prévisible s’il y a multiplicité des candidatures, moins de 4% des voix, les socialistes seront en très bonne position pour leur imposer un véritable diktat électoral aux législatives et aux municipales. Alors que dans le cas inverse, si le PCF pouvait se prévaloir d’une position de force dans un bloc anti-libéral à 15%, il est probable qu’il obtiendrait bien davantage du PS. Une arithmétique électorale évidente, mais que les dirigeants communistes ignorent, eux qui viennent d’approuver la candidature de Marie-Georges à la quasi-unanimité, négligeant la grogne qui monte dans les comités anti-libéraux … et dans les rangs mêmes du Parti.

Et que dire de l’incroyable sectarisme d’Olivier Besancenot ! Le choix de Ségolène Royal par le PS offre un véritable boulevard à la gauche de la gauche si elle savait s’unir. Mais Olivier Besancenot et la LCR préfèrent s’offrir ce qu’ils appellent déjà « une revanche historique sur les staliniens du PCF » que de construire avec lui un rapport de force avantageux avec la gauche dite « réformiste ». Là encore, leur pauvre argument – le PCF refuse de s’engager à ne pas participer au gouvernement – ne trompera personne, au moins dans la mouvance militante. Rien n’empêcherait un accord laissant chacun des partenaires libres de s’engager ou pas dans un gouvernement de gauche. Mais en menant une stupide gué-guerre contre Buffet, Besancenot est persuadé que sa gueule d’amour lui permettra de devancer Mamie Buffet. De la Haute politique en somme ! Bové en raserait sa moustache, tandis que Trotsky, lui, doit faire la rotative dans sa tombe mexicaine….

Et si Sarko attendait 2012 ?
Cette semaine, chacun retient son souffle dans les rédactions : Nicolas Sarkozy va-t-il être candidat ? Où et quand va-t-il se déclarer ? Pour faire patienter leurs lecteurs, qui doivent se ronger les sangs du fait de cet intolérable suspens, Le Monde et Le Figaro nous repassent en boucle les images sepia des grandes candidatures de la Vè République ! Voilà comment des arbres meurent pour rien ! La vraie raison de ces palinodies ? Les membres du cercle rapproché de Nicolas 1er se sont épanchés sur la vraie difficulté à créer du suspens ou de la surprise là où,manifestement, il n’y en aura pas. La seule possibilité de surprendre, pour Nicolas Sarkozy serait de renoncer à sa candidature et de proclamer que la France a cessé de le mériter. Ça aurait vraiment de la gueule ! Mais ça n’arrivera que quand il aura mordu la poussière ! C’est tout le problème d’un candidat « tout com » comme Sarko : comme il a tout dit, tout fait, et son contraire depuis quatre ans, sa seule façon de surprendre serait maintenant de se prendre les pieds dans son propre tapis. Et là, croyez-moi, on sera bon public !

Philippe Cohen
Rédigé par Philippe Cohen le Mercredi 29 Novembre 2006 à 11:07



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