Pierre Marie Gallois, la mort d'un général


Rédigé par Philippe Petit le Lundi 23 Août 2010 à 19:11 | 8 commentaire(s)


Photo : site Radio Courtoisie
Photo : site Radio Courtoisie
Il est mort à 99 ans.
J’ai envie d’écrire dans la force de l’âge.
Il était né en juin 1911.
Je le reverrai toujours dans son grand salon, dépliant ses cartes sur un superbe tapis, pour nous expliquer la bataille du gaz, et les grands projets énergétiques des grandes puissances.
Avec un ami historien – Simon Kruk – nous étions venus faire un livre d’entretiens – « Le consentement fatal » paru en 2001-  avec ce grand géopoliticien.
Il s’agit de Pierre-Marie Gallois.
Ancien collaborateur de La France Libre et de Combat, où il tenait une rubrique aéronautique, ce combattant au tempérament royaliste était un immense pédagogue et un très grand professeur. Initiateur de la force de dissuasion française, ce stratège de la guerre froide qui fut un interlocuteur privilégié de Guy Mollet et du général de Gaulle, travailla avec Marcel Dassault.
Il avait cependant cessé de croire dans le destin de son pays.
En 1940, l’auteur du « Sablier du siècle » s’opposait à la barbarie nazie, il s’en prenait déjà dans ses articles de 1945 aux cadres constitutionnels trop rigides, au mur de l’Argent.
Il cherchait, dans la tourmente, comment donner un second souffle à l’Europe et prédisait déjà, sous les décombres de Hiroshima, la venue de la guerre dissuasive et de l’équilibre des forces.
La France disait-il alors a besoin d’une forte structure interne et d’une politique internationale efficace.
Elle ne supporte ni l’à-peu près économique, ni la fragmentation territoriale…
Plus près de nous, Gallois fut un ardent militant pour le non au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen.
En 1999, il avait écrit un livre au titre évocateur : « La France sort-elle de l’Histoire ? »
Chaque fois que nous rendions visite au Général, il nous accueillait d’un joyeux : « bonjour les enfants ! »
Ce voir ainsi nommé par lui nous faisait beaucoup rire…
Loin de partager toutes ses vues, notamment sur l’immigration, l’Irak, Milosevic, il avait sur le monde une vision élargie. Il était le Jacques Bainville (1879-1936) de la fin du XX siècle. Autrement dit un maître de la politique étrangère, qui pouvait se tromper, mais qui forçait à penser…
On continuera à lire ses livres, car il est un très grand penseur de la stratégie de sa génération.  
Sur le rapport entre la Chine et les Etats-Unis, sur la mondialisation, sur l’avenir de l’Europe, et sa longue histoire, sur l’OTAN, sur la Moyen-Orient, ses jugements étaient imparables…
Le théoricien de la force de frappe est mort.     
Il ne sera pas oublié.




A propos de l'auteur

Philippe Petit

Philippe Petit
Comment réintéger la science et la technique dans la culture commune ? Comment constituer des passerelles entre la philosophie et la culture ambiante ? Comment penser la justice, la métaphysique et les religions ? Comment tracer des frontières entre les disciplines ? Comment se situer à la croisée des savoirs et de l’actualité ? Cela revient à se demander comment prescrire des idées et tenter de résoudre des problèmes… à la marge : sans être forcément correct, ni incorrect.