Paris revisité par ses protagonistes


Rédigé par Philippe Petit le Jeudi 2 Septembre 2010 à 17:01 | 0 commentaire(s)

Aujourd’hui dans L'essai du jour : «Une histoire de Paris par ceux qui l'ont fait», de Graham Robb, Flammarion…


(couverture du livre de Graham Robb, «Une histoire de Paris par ceux qui l'ont fait»)
(couverture du livre de Graham Robb, «Une histoire de Paris par ceux qui l'ont fait»)
Encore un livre sur Paris, encore une somme sur la capitale, telle fut ma première pensée lorsque je reçus « Une histoire de Paris par ceux qui l’ont fait ». Soyons franc, je ne connaissais pas l’auteur, et je n’avais pas lu ses biographies remarquées de Victor Hugo, Balzac, ou Rimbaud. Graham Robb, tel est son nom, était pour moi un inconnu. Une lacune, cela peut arriver, mais de cette ampleur, j’ai du mal à me le pardonner. J’ai appris depuis qu’il a publié en 2007 un livre intitulé « La découverte de la France », non traduit à ce jour ; j’ai découvert que cet ennemi farouche de la bagnole aurait enfourché 22 000 kilomètres à vélo pour l’écrire. Et que bien loin d’être un historien enfermé dans l’étude du passé, il aime superposer les époques. Graham Robb en effet est un historien littéraire qui aime son temps. Il pratique une sorte d’histoire sédimentaire emprunte de précision, il a le goût du détail et le sens de la narration, à vous couper le souffle, à faire pâlir de honte les paysans de Paris, les flâneurs, et les lecteurs de Louis Chevalier ou Éric Hazan réunis.    

Je vous l’assure, cette nouvelle histoire de Paris a quelque chose d’insolite. L’auteur est tellement imprégné de la ville, de ses héros anonymes, des personnages célèbres, qui ont hanté ses rues et ses avenues, qu’il vous fait regretter de n’être pas anglais pour l’apprécier. Et surtout ne pensez pas qu’il boude la banlieue, il consacre un chapitre à la reconstitution du terrible incident de Clichy-sous-Bois, où des adolescents poursuivis par la police, trouvèrent la mort en se réfugiant dans le poste de transformation. Robb à la vérité est un pèlerin du monde moderne. Il ouvre son périple par une visite au Palais-Royal. Là où le lieutenant Bonaparte en 1787 perdit son pucelage chez une demoiselle occupant une sorte de garnis. Il s’achève par une ascension du col de La Chapelle, dont Robb regrette qu’il ne soit pas indiqué sur la carte de l’IGN. Entre temps, il nous emmène au bout du monde, avec des récits qui se passent en 1848 à Paris comme en 1968 à Nanterre. Dans un chapitre intitulé « L’homme qui sauva Paris », il rend hommage à Charles-Axel Guillaumot, inspecteur des Carrières, à qui l’on doit le plus grand transfert de parisiens trépassés que l’on eût vu de mémoire d’homme en 1786. Il s’étonne que l’homme qui construisit les catacombes n’apparaisse dans aucune histoire de Paris. Plus loin, il nous promène parmi l’entrelacs de venelles blotties entre les Tuileries et le Louvre, le jour où Marie-Antoinette tenta de rejoindre le roi dans sa fuite. 

Paris revisité par ses protagonistes
Puis il endosse l’habit du romancier pour nous conter la carrière de Vidocq à la fin de l’Empire et sous la Restauration. Il nous parle de la première agence de détective privé sise galerie Vivienne à Paris. Il fascine le lecteur avec sa description du Quartier Latin dans les années 1840. Au travers du portrait d’Henry Murger, l’auteur des « Scènes de la vie de Bohême », il fait revivre les grisettes et les actrices. Mais avec les portraits croisés du photographe Marville (1816-1879) et du baron Hausmann, il atteint des sommets. S’appuyant sur les clichés du premier et les notes du second, il confronte deux tempéraments à l’aune de la modernisation de la capitale. Graham Robb entre chez les morts comme dans un moulin. Il met en scène le désarroi de Madame Zola le jour où elle reçut une lettre lui apprenant le 10 novembre 1891 que Jeanne Rozerot, son ancienne femme de chambre et couturière, a eu deux enfants de son mari. Il entre dans la chambre de Marcel Proust. François Mitterrand fait une apparition à la brasserie Lipp l’année de la fusillade des jardins de l’Observatoire. Jean-Paul Sartre converse avec Greco sur une banquette du Flore. On pourrait craindre les clichés, nous prenons la température. D’une ville bâtie sur du sable et des flaques, il crée ses propres tableaux. 
Du grand art… 

Chronique du 2/09/2010
6 heures 41/ France Culture
Dans l’émission : Pas la peine de crier



A propos de l'auteur

Philippe Petit

Philippe Petit
Comment réintéger la science et la technique dans la culture commune ? Comment constituer des passerelles entre la philosophie et la culture ambiante ? Comment penser la justice, la métaphysique et les religions ? Comment tracer des frontières entre les disciplines ? Comment se situer à la croisée des savoirs et de l’actualité ? Cela revient à se demander comment prescrire des idées et tenter de résoudre des problèmes… à la marge : sans être forcément correct, ni incorrect.