Encore un livre sur Paris, encore une somme sur la capitale, telle fut ma première pensée lorsque je reçus « Une histoire de Paris par ceux qui l’ont fait ». Soyons franc, je ne connaissais pas l’auteur, et je n’avais pas lu ses biographies remarquées de Victor Hugo, Balzac, ou Rimbaud. Graham Robb, tel est son nom, était pour moi un inconnu. Une lacune, cela peut arriver, mais de cette ampleur, j’ai du mal à me le pardonner. J’ai appris depuis qu’il a publié en 2007 un livre intitulé « La découverte de la France », non traduit à ce jour ; j’ai découvert que cet ennemi farouche de la bagnole aurait enfourché 22 000 kilomètres à vélo pour l’écrire. Et que bien loin d’être un historien enfermé dans l’étude du passé, il aime superposer les époques. Graham Robb en effet est un historien littéraire qui aime son temps. Il pratique une sorte d’histoire sédimentaire emprunte de précision, il a le goût du détail et le sens de la narration, à vous couper le souffle, à faire pâlir de honte les paysans de Paris, les flâneurs, et les lecteurs de Louis Chevalier ou Éric Hazan réunis.
Je vous l’assure, cette nouvelle histoire de Paris a quelque chose d’insolite. L’auteur est tellement imprégné de la ville, de ses héros anonymes, des personnages célèbres, qui ont hanté ses rues et ses avenues, qu’il vous fait regretter de n’être pas anglais pour l’apprécier. Et surtout ne pensez pas qu’il boude la banlieue, il consacre un chapitre à la reconstitution du terrible incident de Clichy-sous-Bois, où des adolescents poursuivis par la police, trouvèrent la mort en se réfugiant dans le poste de transformation. Robb à la vérité est un pèlerin du monde moderne. Il ouvre son périple par une visite au Palais-Royal. Là où le lieutenant Bonaparte en 1787 perdit son pucelage chez une demoiselle occupant une sorte de garnis. Il s’achève par une ascension du col de La Chapelle, dont Robb regrette qu’il ne soit pas indiqué sur la carte de l’IGN. Entre temps, il nous emmène au bout du monde, avec des récits qui se passent en 1848 à Paris comme en 1968 à Nanterre. Dans un chapitre intitulé « L’homme qui sauva Paris », il rend hommage à Charles-Axel Guillaumot, inspecteur des Carrières, à qui l’on doit le plus grand transfert de parisiens trépassés que l’on eût vu de mémoire d’homme en 1786. Il s’étonne que l’homme qui construisit les catacombes n’apparaisse dans aucune histoire de Paris. Plus loin, il nous promène parmi l’entrelacs de venelles blotties entre les Tuileries et le Louvre, le jour où Marie-Antoinette tenta de rejoindre le roi dans sa fuite.